‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 30 sur 252 · RICHESSE DE L EGYPTE · texte numérisé non relu

RICHESSE DE L EGYPTE

En s'en tenant aux évaluations de Saint-Jérôme, acceptées par M. Marquardt(l), le budget moyen de l'Egypte sous les Lagides peut être fixé à 84,400,000 fr. (2). Si l'on admet, avec M. Lumbroso, que ce total représentait probablement le 1/13 du revenu national, on trouve que ce revenu s'élevait à 1,260 millions. Réparti entre 7,500,000 Egyptiens, le prorata donne 168 fr. Ce prorata était bien supérieur à celui du revenu des sujets du grand Roi et justifie la haute réputation de richesse de l'ancienne Egypte.

Néanmoins le trait essentiel de l'Egypte sous l'administration romaine , c'est une résistance insurmontable au gouvernement étranger qui l'exploite. Elle devint le foyer le plus actif de l'opposition à Rome; Alexandrie, remplie de Juifs, surtout (3). Les Romains l'admiraient, la redoutaient, la ménageaient dans la mesure des nécessités de leur empire. Plusieurs empereurs la visitèrent et y séjournèrent longtemps. Il n'y eut jamais d'assimilation : ditîérence de race, différence de rehgion, différence de climat , différence de traditions. Toutefois la cause principale de lutte était économique, comme pour les Juifs. Sans doute, les Romains maintenaient Tordre, la paix extérieure, mais cela coûtait trop cher. C'était d'abord chaque année, chaque mois qu'il fallait expédier au dehors, à Rome, plus tard à Constantinople les plus nettes ressources de l'Egypte. Les impôts étaient consommés par les frumentaires romains aux dépens des Egyptiens, en nature, sans compter les envois en argent, en or, en produits fabriqués. Telle est, sans doute, la condition des Etats qui servent acLuellement des rentes aux capitalistes européens, lesquels les mangent joyeusement chez eux, à Nice, à Cannes' et partout; mais, au moins, une partie de ces renies appartient

(1) Page 293. Savoir en espèces 14,800 talents ; en nature l,500,uuO artabesde blé valant 500 talents; total 15.300 talents , soit 84,150,000 francs. L'artabe équivalait h 39 litres 40. D'après Hérodote le tribut de l'Egypte sous les Perses n'était en argent que de 700 talents de Babylone et de 700 talents en blé, plus la pêche du lac iMéris.

(2) Friedlander, cité par M. Marquardt , le porte même à 1G8,C47,0Û0 fr. mais sans détails.

(3) Alexandrie fut la seconde patrie des Juifs, Israël, 5« vol. 227-235. M. ilommsen évalue à 1 mUliun le nombre des Juifs en EgjTte sous les Flaviens.

34 OPPOSITION DE l'Egypte.

aux Etals qui les ont émises. En Egypte, c'était l'impôt lui-même, surtout en nature. Pas de compensation, nul espoir de retour. Quand Ptolémée Epiphane mourut, les prêtres égyptiens soumirent sa mémoire au jugement traditionnel. L'arrêt qui sanctifiait la mémoire du Pharaon portait : « considérant qu'il a supprimé « tout à fait quelques-uns des impôts attributs établis en Egypte « et qu'il a diminué le poids des autres (Ij. »

L'opposition de l'Egypte a exercé une très-grande influence sur l'histoire de l'humanité, à raison du concours qu'elle a prêté au Christianisme et au Mahométisme, les deux forces qui ont préparé et achevé la destruction de l'Empire romain.

Bibliographie. — Maspcro, Les origines, Egypte et Chaldée, 1894; Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient, t. 1; Méaard, Histoire des anciens peuples de l'Orient, p. 219 et s.; Maspero, Manuel d'histoire de l'Orient; Rawlinson, The fve great monarchies ; Reynier, Economie politique des Egyptiens ; Robiou, Mémoires sur l'Egypte, 1875; Lumbroso, Recherches sur l'économie politique de l'Egypte, 1870; Revillout, Chrestomathie égyptienne et nouvelle chrestomathie; Revue archéologique , 1880; Hérodote, traduction de M.'Rawliason et les notes; Diodore de Sicile; MommseQ, Hist. romaine, Hist. de la monnaie romaine, Hist. des provinces rotnaines (en allemand); Marquardt, Organisation financière des Romains, 228-329; Ouvrage substantiel pour les impôts; Simaika, La Province romaine d'Egypte, 1892. Remarquable travail fait par un docteur grec au Caire, en français. C'est un symptôme de temps nouveaux.

(1) M. Mommsen évalue qu'aux demiers temps des Lagides, l'Egypte ne payait qu'un tribut de 6,000 talents soit 23 millions marcs, Histoire des provinces de l'Empire romain, 560.

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