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CHAPITRE VI. DE l'impôt dans l'lnde ANCIE.NWE

Le tableau des systèmes de l'imput dans les anciennes civilisations serait incomplet si une part n'y était réservée à l'Inde et à la Chine. Ce n'est pas que les institutions fiscales de ces deux groupes, si considérables, aient exercé aucune influence directe sur la constitution et les transformations des impôts des peuples ou des Etats du bassin méditerranéen; bien au contraire : les systèmes d'impôt de ces peuples ou de ces Etats se sont développe's dans des conditions tout à fait indépendantes. ]\Iais, à raison de cette séparation, même de cette indépendance, il ne peut être que d'un haut intérêt de connaître et de comparer les impôts de l'Inde et de la Chine, formant des milieux si éloignés, si différents et si importants. Les diversités doivent être mises en lumière ; les analogies intéresseront peut-être davantage, car elles augmenteront la puissance des règles qu'on peut déduire des rapports entre les institutions fiscales des divers peuples méditerranéens; elles démontreront que si les races, les climats, les territoires, les religions, les formes de gouvernement modifient les institutions, il existe d'autres causes qui tendent à leur imprimer la même forme et un caractère commun.

On possède des documents (1) d'une haute valeur sur les impôts dans rinde ancienne ; quant à la Chine on est un peu moins favorisé; non que les documents manquent, mais la plupart n'ont pas été mis à la disposition du public lettré européen.

Ces documents, pour l'Inde comme pour la Chine, se rappor-

(1) James Alill, Uistory oj India, t. 1, chap. iii, iv, v. — Lenormant, Manuel, t. 3,588, et surtout les lois de Manou (Isa oupanichad du yad-jour Vida) traduction par M. Fauthicr, Livres sacrés de l'Orient et Sacred Uooks.

36 LES lUCES ET LES CASTES.

tent à des époques beaucoup plus récentes que pour l'Egypte ou les empires des vallées du Tigre et de l'Euphrate, aussi sontils postérieurs aux temps primordiaux de la civilisation en Chine ou dans l'Inde. Pour l'une comme pour l'autre, ils ne sont pas antérieurs au x^ siècle avant l'ère chrétienne. Depuis longtemps, l'Egypte, la Chaldée, l'Assyrie, la Judée, la Phénicie étaient en possession d'une longue carrière historique et des documents s'y référant.

En ce qui est de l'Inde, la forme, l'étendue du territoire , les chaînes de montagnes qui le limitent, le coupent ou le traversent, les grands fleuves qui l'arrosent et le partagent ont été moins favorables à la formation de peuples et d'Etats autonomes , tels que ceux restreints mais puissants du Nil, du Tigre et de l'Euphrate. D'autres causes encore aidant, il n'y a pas eu dans l'Inde une civilisation unitaire et brillante comme celle de l'Egypte, militaire et conquérante comme les Assyriens et les Perses. Dans les temps anciens il ne s'est pas formé un grand empire dans l'Inde. Même aujourd'hui, sous la domination de l'Angleterre , on ne saurait dire que l'Inde constitue un empire.

Tout autre a été le caractère de la civilisation dans l'Inde. A diverses époques (1) , s'y sont superposées plusieurs couches de population, de sang, d'origines, de traditions, de mœurs, de religions, de tendances différentes. A l'arrivée de chacune de ces couches a correspondu un mouvement accusé dans la civilisation de l'Inde. Mais ces mouvements ont comme produit des stratifications qui se sont superposées sans se confondre. Il y a eu juxtaposition , il n'y a pas eu assimilation. Les couches du même mouvement, au lieu de recouvrir et d'absorber le tout, se sont à leur tour fractionnées. De là, d'abord, la formation de castes (2) qui coupent et partagent la population de l'Inde en plusieurs sections profondément accusées avec des origines, des mœurs, des traditions, des cultes dissemblables; de là, ensuite, un manque général d'unité et la formation d'une multitude d'Etats.

(1) Lenormant, Manuel. 3* vol., 41Ù.

(2) Sur les rapports des castes entre elles, sur leur valeur respective, le taiix des dommages ou injures (welirgeldj pour chacune d'elles (Manou, livi-e VIII,

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