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LA RÉPARTITION DU SOL

L'ancienneté de l'occupation du territoire et de son appropriation, l'antiquité' de la civilisation chinoise et de la forme du gouvernement, la succession des dynasties, la condition de la propriété privée, l'état de l'agriculture, l'ensemble des institutions, des mœurs, des traditions, tout cela est comme photographié, d'après le Chu-Ring, dans les entretiens de Mencius, dont le contrôle donne à cet antique document une valeur historique de premier ordre. Mencius ne montre pas, comme le fait le Chu-King, la constitution de tout l'empire : territoire, gouvernement, propriété, mais il explique comment tout a été ainsi constitué; c'est le commentaire du Chu-King.

Aussi est-il beaucoup plus complet pour la propriété (1), l'agriculture et les impôts. Il résulte des entretiens et réflexions de Mencius.

1° Que la propriété du territoire aurait à l'origine appartenu à l'Empereur, qui en aurait fait la répartition , dans diverses conditions aux grands feudataires, aux hauts fonctionnaires, aux ministres, aux mandarins, aux lettrés, aux populations agricoles (i); cette répartition successive est de la plus grande importance.

2o Que la terre servait en quelque sorte de monnaie — de moyen de paiement — les fonctionnaires qui avaient des appointements recevaient l'équivalent de ce qu'ils auraient eu en cultivant la terre.

Tout cela n'a rien de fabuleux, ni même d'extraordinaire, et, sauf l'influence des métaux précieux qui ont modifié les moyens de paiement ou d'attribution, tout cela se passe sous nos yeux en Amérique. Le sol des Etats-Unis est utilisé, réparti, distribué de la même manière; il est fait, au moyen de l'Homestead (2), des attributions analogues à celles qui avaient lieu dans l'ancienne Chine, d'après le Chu-King, en faveur des particuliers, de même qu'en faveur d'intérêts collectifs (3).

3° D'après les renseignements recueillis à Pékin, il y a en-

Ci) Mencius, livre II, chap. iv, p. 274. — Edition du Panthéon.

(2) Sur l'Homestead consulter le livre de M. Levasseur ï'Agricullure aux États-Unis , 1894, p. 458 et les ouvrages de MM. Vacher, Bureau, 1895.

(3) Mencius, ibid., p. 274.

viroQ 40 ans (1), par une mission ecclésiastique russe, ces distributions auraient eu é'galement en Chine un caractère collectif, soit celles aux grands vassaux, mentionnées si souvent dans le Chu-King et même dans Mencius, soit celles à huit familles principales (qui devaient être les tribus primitives chinoises , celles fixées les premières dans la vallée du Hoang-Ho), soit celles à des groupes agricoles dits Gun-Jan (2).

4° Faut-il attribuer à la constitution collective de la propriété foncière rurale, les plaintes formulées par Mencius sur l'état de la propriété privée à son époque, état qui condamne les populations à la famine et à la misère (3)? Nous reviendrons sur cet important problème en examinant l'état actuel de la propriété foncière rurale en Chine, les révolutions qu'elle a subies depuis l'ère chrétienne et les charges qu'elle supporte aujourd'hui.

0° On doit présumer d'après ces faits, et d'après la rareté actuelle des métaux précieux en Chine, que les impôts mentionnés a.u.Chu-King devaient être acquittés en nature. A cet égard le livre de Mencius contient des textes formels. Dans l'un d'eux le premier ministre du royaume de Soung, déclare qu'il est obligé d'exiger pour tribut le dixième des produits et qu'il n'a pu abroger les droits d'entrée aux passages des frontières et des taxes des marchés (4). Tous ces impôts existent encore en Chine. La dîme se payait en nature (o).

Dans un autre texte, Mencius lui-même fait observer que les barbares n'ont ni villes fortifiées, ni palais, ni maisons, ni temples consacrés aux ancêtres, ni cérémonies des sacriDces, ni festins, ni pièces en soie pour les princes, ni une foule de magistrats, d'employés de toute sorte à rétribuer et c'est pourquoi , en fait de taxe et d'impôts, ils ne paient que le vingtième du produit.

(1) Articles remarquables delà Revue germanique, t. 2, 1858.

(2) L'étabUssement des premières tribus chinoises sur le haut Hoang-Ho , leur provenance de la Tartarie chinoise sont favorables aux hypothèses de M. Terrien de la Couperie (Western originsof early chinèse civilisation), comparer l'article de M. Maspero (^Journal des Débats), 16 novembre 1894.

(3) ilencius, livre I, chap. i, p. 234.

(4) Mencius, liv. I, eh. vi, p. 253. Sur la taxe des marchés, p. 248.

(5) lUdcm, 278.

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