‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 53 sur 252 · LE TERRITOIRE · texte numérisé non relu

LE TERRITOIRE

la vigne, l'olivier, le mûrier, le froment, y donnent les mêmes récoltes qu'aux jours de Lacédémone. Chaud le long des mers qui entourent le Péloponèse (1), le climat est rude sur les montagnes ou dans les vallées de l'intérieur. Les dentelures des côtes sont toujours favorables à la marine et à la piraterie, néanmoins le Péloponèse est encore un centre agricole comme du temps des guerres de Messénie. Les dénominations romaines, byzantines, turques du territoire ont disparu. Les vieilles provinces Helléniques, si chères àtous les Hellènes, Laconie, Messénie , Arcadie , Achaïe, Elide, Argolide, Corinthe subsistent encore. Mélange de vieux Hellènes, de quelques Romains, de Slaves, de Francs, de Turcs, la population est demeurée au fond grecque et, avec plus de sagesse politique, ce qui prouve que les Hellènes sont bien l'élément principal de la population, le Péloponèse pourrait redevenir une des plus heureuses régions de l'Europe orientale.

Telle était la Lacédémonie.

Aristote était, sans doute, fondé quand il disait que les institutions de la Crète étaient le prototype de celles des Lacédémoniens (2). Ce n'en est pas moins chez eux que ces institutions ont pris leur plein développement et qu'elles ont produit tous leurs fruits. Aussi la Crète n'a eu qu'un rôle secondaire à côté du rôle prépondérant qu'ils ont rempli dans l'histoire de la Grèce. A Lacédémone, comme en Crète, institutions politiques, institutions sociales, institutions fiscales forment un ensemble : on ne peut les séparer les unes des autres, on ne peut comprendre les unes sans les autres. Pour donner une idée claire et précise des institutions fiscales, il est, par suite, indispensable d'expliquer les conditions du milieu politique et social. Ce milieu n'a pas été créé par les lois de Lycurgue. Il leur est antérieur. C'est le résultat des traditions, des tendances, des efforts séculaires de la race dorienne elle-même. Lycurgue (3)

(1) Beulé, Etude sur le Péloponèse, 1855. Ces études contiennent une fraîche description du massif montag-neux de l'Arcadie , de l' Acliaïe , de l' Alphée [et de l'Elide, mais le ton est quelque peu bucolique.

(2) Politique, livre II, chap. vi. — Ottf. Muller, 2<' vol., 196.

(3) Sur Lycurgue, sa vie, son personnage si curieux, son reu^Te, l'école critique, représentée par Grote (liisc. of greece, 1" vol., chap. vi), n'a pas prévalu.

iZ LVCl'RGUE.

(vers 820 A. C.) aurait prescrit, d'après les conseils formels de l'oracle de Delphes, par des lois diverses, tout ce qui concernait le gouvernement, attribué aux seuls Spartiates; il aurait réglé le partage et la culture des terres, les rapports des divers éléments de la population entre eux , le maintien de l'égalité entre les Spartiates, la conservation des familles, l'éducation, le paiement de l'impôt; mais tous ces règlements avaient pour bases les institutions primitives des Doriens, leurs aptitudes militaires, leur goût pour l'association, leurs traditions aristocratiques (1). Lycurgue doit y avoir pris une grande part, toutefois les uns ont eu lieu avant lui, les autres après et successivement. Vainqueurs des populations qui occupaient, avant eux, le Péloponèse, les Doriens eurent à approprier leurs institutions primitives de manière à dominer le Péloponèse , sans l'asservir, car ils étaient tout à fait inférieurs en nombre; c'est cette appropriation qui a été principalement l'œuvre de Lycurgue. Il fallut assurer la suprématie militaire aux Doriens, plus tard les Spartiates, et obtenir le concours des populations vaincues, de manière à préparer l'hégémonie de Lacédémone (2) dans la Grèce entière. Comme le laisse entendre Otfried Muller, ces arrangements doivent être antérieurs à Lycurgue (3). L'œuvre de Lycurgue n'a dû consister qu'à donner sa forme et sa constitution définitives au gouvernement de Lacédémone et à établir les rapports des Spartiates entre eux.

Les populations péloponésiennes , dans ces arrangements , perdirent tout droit politique, mais elles durent fournir, de même que les Spartiates, le service militaire. Elles se composaient elles-mêmes de deux éléments distincts provenant de luttes an-

Consulter Curtius,!^"' vol., 221. — Claudio Jannet, Institutions de Sparte, p. 29. — Fustel de Conlanges, Cité antique, 81. — En sens opposé, &. Gilbert, traduction anglaise, p. 11. — Les constitutions de Sparte et d'Athènes, en allemand.

(1) O. Muller, ibirfcm, p. 12, 16, 64. 281. — Curtius, 1" vol., 128. — Gilbert, ibidem, p. 7. — Ces règlements formaient la grande Rhctra comme une cliarte , un pacte solennel.

(2) Dominer le Péloponèse sans l'asservir. — Curtius, ibid., \" vol., 355.

(3) Sur le partage des terres, 0. Muller, 2= vol., 195-197. — Claudio Jannet, 49-54,

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