ASSISTANCE ET PLAISIRS
IV. Dépenses pc^rticulières : 1° l'assistance publique (1), spécialement aux blessés à la guerre, aux orphelins et même aux infirmes. Le citoyen admis à l'assistance recevait de 1 à 2 oboles par jour. C'était relativement l'assistance faite aux riches. L'esclave , il est vrai , était à la charge du maître; 2" les médecins , les artistes, les musiciens, les gymnases publics; 3" les sacrifices, très-lourde charge pour l'Etat; dans quelques-uns on immolait jusqu'à trois cents bœufs ; 4° les repas publics qui avaient lieu par tribu et par mois ; 5° les fêtes religieuses trèsnombreuses et très-coûteuses, notamment les Dionysiaques et les Panathénées; 6° les représentations théâtrales, si importantes et si célèbres à Athènes; 7° les Théories et les prix des grands jeux nationaux de la Grèce qui ont survécu à son indépendance et qui caractérisent la civilisation hellénique.
En somme, l'assistance et le plaisir gratuits étaient les deux causes des dépenses particulières. L'une et l'autre se touchent de près. L'habitude des fêtes a profondément pénétré dans la vie des Grecs. Toute une série de fonctionnaires dût y pourvoir; on désignait des ambassadeurs pour acheter au loin des taureaux et des chèvres. Bientôt il ne fut plus suffisant d'y assister. Périclès inventa le Théoricon des fêtes ou le salaire donné aux citoyens pour venir aux fêtes. Il était de 2 oboles. D'abord on le réserva pour le théâtre, chacun le recevait en entrant de même qu'il recevait le triobolon judiciaire en sortant. Puis on étendit la distribution du Théoricon aux repas publics (2) ; on finit par le donner pour toutes les fêtes. Plus de 18,000 personnes le recevaient. La théatrocratie de Platon était bien réelle. Beaucoup d'Athéniens vivaient littéralement du Triobolon et du Théoricon. Ils étaient sobres. La mesure de blé de l'esclave et l'opson (3) (part quotidienne de légumes, poissons, viande, fruits pour un homme évaluée à 2 oboles) leur suffisaient.
(1) Xénophon, Revenus, chap. ii, et SchœmaQn, Antiquités, 1 vol., 501. Platon arelevéavec raison l'importance de ce fait, l'assistance publique à Athènes. Lois, liv. V.
(2) Aristote, Politique, chap. ix, 4. Le repas publie était à Athènes le débris d'un état social disparu, de même que la dîme levée par certains temples comme rente foncière.
(3) Sur l'opson, Bœckh, liv. I, chap. xviii.
LES RESSOURCES DE l'ÉTAT. 103
§ 6. Les ressources de l'Etat (1).
Bœckh remarque qu'au fur et à mesure de l'extension du Triobolon et du Théoricon, les confiscations augmentèrent (2). Cela donne à réfléchir sur la démocratie athénienne. On confisquait les biens des riches pour amuser les pauvres; de même que les Pharaons , les rois d'Assyrie et de Perse. En quoi consistaient les ressources pour faire face à toutes les dépenses, normales et particulières?
Ces ressources se divisaient, comme les dépenses, en deux catégories distinctes : les revenus ordinaires et les revenus extraordinaires.
Les revenus ordinaires comprenaient : 1° les produits des biens de l'Etat; 2° les confiscations; 3" les prestations ordinaires; 4° les taxes des étrangers; 5o les frais de justice; 6° les droits de douane et de port; 7t> les tributs.
Les revenus extraordinaires comprenaient : 1° les prestations extraordinaires; 2° l'impôt sur le capital; 3° le butin de guerre; 4° les gains sur les monnaies; 5" les contributions forcées.
Nous allons passer successivement en revue les diverses sources de revenus, en réservant les impôts, les prestations, les contributions forcées pour la fin , sauf les confiscations qui , chez la plupart des peuples anciens, devaient parfaire.
L Les biens de l'Etat. — Athènes possédait un domaine considérable (3) que le peuple accroissait encore, de temps à autre, au moyen des confiscations. Ce domaine comprenait des propriétés rurales, des maisons, des esclaves; le tout était affermé à un fermier général qui sous-louait en détail. Les peaux des bêtes des sacrifices et des repas formaient un revenu assez élevé.
A diverses reprises le peuple eut recours à des monopoles temporaires : importation du blé, commerce du plomb, même le change (4).
(1) Gilbert, ibid., 350, 357.
(2) Sur les confiscations, voir ci-après, § 14.
(3) Bœckh, Sur le domaine de l'Etat, liv. III, chap. ii.
(4) Bœckh , 1" vol. p. 87, 88, 89.