MINES DU LAURIUM ET DU SUNIUM
La plus précieuse ressource domaniale- était les mines d'argent du Laurium, dont les scories sont encore riches et les mines d'or de Scapté-Hylé en Thrace (1). Ces mines étaient données à bail perpétuel , par portions, moyennant un prix fixe et un vingt-quatrième du produit. Chaque exploitation constituait une propriété qui était mise en société et se transmettait réguhèrement. L'exploitation des mines était protégée par des lois sévères. Thucydide devait sa grande fortune à des mines d'or. Les mines étaient exemptes d'impôt. Xénophon a consacré la plus grande partie de son traité des revenus d'Athènes à établir un plan d'exploitation à fond des mines du Laurium et de Sunium. Il proposait d'y affecter 10,000 esclaves qui auraient produit à l'Etat 550,000 fr. (100 talents). Rien de curieux comme de suivre dans ses détails cette spéculation imaginaire du disciple de Socrate, l'un des hommes qui ont le plus honoré la civilisation grecque. Combien était grande la misère de l'homme! L'esclave minier de Sunium était tout autrement accablé que le Fellah et surtout que l'Hilote. Tout pirate athénien pouvait enlever, à chaque instant, un citoyen d'un autre Etat pour le vendre au Sunium. « Si l'on adopte le plan que j6 (c propose , dit sans hésiter le héros de la Cyropédie , le seul « changement qu'il y aura, c'est qu'à l'exemple des particu- « liers, qui, en achetant des esclaves se font un revenu perce pétuel, l'Etat en achètera aussi à son compte jusqu'à ce que <( chaque Athénien en ait trois... une chose réellement éton- <( nante, c'est que l'Etat voit une foule de particuliers s'enrichir « et qu'il ne fasse pas comme eux. (2) » Ainsi voilà l'auteur des Memorabilia , l'écrivain charmant qui a tracé le portrait histoque de Socrate, qui transforme l'Etat en un bouge d'esclaves. Ceux de Sunium étaient si malheureux, qu'ils se révoltèrent, mirent tout à feu et à sang, détruisirent les puits, répandirent
(1) Bœckh, liv. III, chap. m. — Xénophon, Revenus, chap. iv.
(2) « Le produit des esclaves augmentera les ressources de l'Etat ; la ville elle- « même verra sa population s'accroître prodigieusement ; les terrains prendront « de la valeur ; la ville deviendra plus riche, plus docile, plus amie de l'ordre , plus « belli(iueuse; on sera plus assidu aux exercices du gymnase ». — Des Revenus, chap. n'.