LES TRIBUTS
partout une terreur telle que le travail des minerais d'argent du Sunium a été suspendu pendant plus de 20 siècles.
II. Le butin de guerre. — Le butin de guerre était considéré comme une ressource domaniale normale (1). L'Etat en avait les 9/10. On a indiqué plus haut combien le droit de guerre était rigoureux, même exercé par les citoyens de Sophocle et de Platon. On doit à Thucydide plusieurs pages admirables sur les excès du droit de la guerre de son temps (2). Ces pages indiquent au moins que déjà bien des esprits, précurseurs d'autres temps, ne les acceptaient plus.
III. Les tributs. — C'était une des principales ressources d'Athènes (3). Ils provenaient de deux sources : les tributs des Clérouques ou colons athéniens établis en dehors de l'Attique et les tributs des alliés. Ils étaient les mêmes.
A l'origine, ces tributs avaient été consentis librement, surtout après les guerres Médiques, en vue de concourir à la défense de la Grèce. Ils n'étaient payés que par les peuples maritimes qui formaient la confédération de Délos. Ils s'élevaient à 460 talents qui, chaque année, étaient versés au Trésor de Délos, dans le temple d'Apollon. Ce Trésor était géré par les Hellénotames. La confédération de Délos marque l'apogée de la puissance d'Athènes. La tendance du gouvernement athénien sous Aristide, Périclès et Alcibiade consista à transformer cette confédération volontaire en une hégémonie basée sur la force. Périclès éleva les tributs à 600 talents et réussit à transporter le Trésor à Athènes. Il s'en servit, comme César devait faire du Trésor du temple de Saturne, pour embellir Athènes; c'est l'une des causes de la guerre du Péloponèse; Alcibiade doubla les tributs. Les alliés se révoltèrent, abandonnèrent Athènes qui succomba. Rétablis en partie sous Thrasybule, ils disparurent après Chéronée. 1,200 talents représentaient 6,600,000 fr. On dirait une page de l'histoire de l'indépendance des Etats-Unis. Cette perte exerça nécessairement une grande influence sur les institutions fiscales d'Athènes.
(1) Bœckh, liv. IV, chap. xvn.
(2) Défense des prisonniers Platéens , liv. III, § 52.
(3) Bœckh, livre DI, cliap. xv à xvm. — Curtius, 3« vol., 152.
§ 7. Les impôts.
L'Etat, fort dispendieux et fort dépensier, puisqu'il entretenait la plupart des Athéniens libres , avait sa principale ressource dans les impôts, aussi nombreux qu'en Egypte, quoique différents en partie; la richesse étant principalement territoriale en Egypte et principalement commerciale et maritime à Athènes. A Lacédémone , l'impôt devait entretenir l'Etat et la classe militaire. Cet entretien était assuré par deux classes de cultivateurs spéciaux. A Athènes, il devait entretenir l'Etat et la plus grande partie des citoyens libres. Il devait être plus lourd à Athènes qu'à Lacédémone et aussi plus varié parce que la production territoriale ne pouvait, comme à Lacédémone, y suffire. Par suite, on trouve, dans les institutions fiscales d'Athènes, une diversité, une souplesse, une ingéniosité tout à fait comparables aux habiletés des fiscs modernes, mais elles révèlent aussi beaucoup d'énergie et de patriotisme, une pratique admirable de l'abnégation civique.
Les impôts étaient directs ou indirects.
10 Impôts indirects.
Les impôts indirects consistaient dans : A. les droits de douane; B. les droits de port; G. les taxes sur les ventes dans les marchés; D. les droits sur les ventes de biens-fonds; E. les frais de justice et les amendes (1).
A. Les marchandises, dans les ports ou aux frontières de terre, payaient, à l'entrée et à la sortie, un droit du oOe de la valeur. Les blés n'en étaient pas exempts. Ce droit était affermé et produisait en moyenne, 'chaque année, de 30 à 36 talents, ce qui pouvait correspondre à un mouvement annuel de 1,500 à 2,000 talents environ. Pour diminuer les inconvénients des tributs dus par les alliés , on leur substitua plus tard un droit de
(1) Bœckh, livre III, chap. w, v, vi, xi et xii. — Gilbert, ibid., 350-357. — Schœmann, 1" vol., 513.