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EXPÉDIENTS ET MONNAIE

Ainsi, l'assemblée du peuple décrétait des contributions, volontaires en apparence, mais forcées en réalité. Ces contributions consistaient en argent, en armes, en vaisseaux (1).

Pour ces contributions , comme pour les confiscations , toute répercussion étant impossible , elles n'atteignaient que les classes riches et celles-ci ne pouvaient les rejeter sur les autres.

Il n'en était pas tout à fait de même d'un autre expédient , l'altération des monnaies. Athènes a eu , en général , de bonnes monnaies et le respect de sa monnaie (2). La drachme d'argent, le statère d'or d'Athènes étaient très-recherchés sur tous les marchés. Comme la plupart des Etats grecs altéraient leurs monnaies sans scrupule, que quelques-uns avaient même deux monnaies, l'une de bon aloi pour le commerce extérieur et l'autre de mauvais aloi pour les affaires intérieures, Athènes altérait parfois ses monnaies, notamment sa monnaie d'or (3).

Les pertes résultant de l'altération des monnaies constituent un véritable impôt; mais c'est l'un de ceux que les classes supérieures peuvent le plus facilement rejeter sur les autres, surtout quand elles ont, en mains, comme à Athènes le commerce, les banques et le mouvement des capitaux. Elles sont mieux au courant des faits monétaires; elles suppléent à la monnaie de différentes façons. Le citoyen actif d'Athènes, celui qui ne quittait ni les assemblées, ni les tribunaux, ni les théâtres, n'avait aucun moyen d'y suppléer, surtout si l'altération portait sur la monnaie d'argent.

§ 10. Reflets et incidence de l'impôt à Athènes.

L'organisation et le mécanisme de l'impôt ne sont pas les seuls éléments qui en règlent l'incidence. Le milieu social et la nature des institutions exercent aussi une grande influence sur les reflets de l'impôt , cette sorte de mouvement de va-et-vient qui

(1; Boeckh, liv. IV, chap. xvii.

(2) Bœckh, liv. I, chap. iv et v.

(3) Schœmann, Antiquités,, l'' vol., p. 445.

122 REFLETS ET INCIDENCE DE l'iMPÔT A ATHÈx\ES.

lui est propre et dont les oscillations se réfléchissent comme des rayons lumineux.

Nous en trouvons la preuve dans le système fiscal athénien. Ce système s'est évidemment constitué sous l'action des éléments particuliers à la société athénienne : les marins, les commerçants, les petits propriétaires, les spéculateurs, les artistes et les institutions démocratiques appropriées à ces divers éléments.

La tendance de ces éléments et la fonction de ces institutions ont été parfaitement connues et signalées dans la Grèce ancienne. « La marche habituelle des révolutions dans la démo- « cratie, dit Aristole, est celle-ci : tantôt les démagogues vou- « lant se rendre agréables au peuple , arrivent à soulever les a classes supérieures de l'Etat par les injustices qu'ils commet- « tent envers elles , en demandant le partage des terres, en les « chargeant de toutes les dépenses publiques; tantôt ils se (i contentent de la calomnie pour obtenir la confiscation des « grandes fortunes (1). »

Ces réflexions d'Aristole , qu'il a reproduites dans un*grand nombre de passages, s'appliquent particulièrement au système fiscal athénien qui avait été progressivement agencé de manière à mettre toutes les dépenses au compte des riches et qui avait compris la confiscation parmi les ressources régulières de l'Etat.

Tel a été l'effet des institutions.

L'effet du milieu social n'a pas été moins important. Deux forces contradictoires se rencontrent dans ce milieu : 1° l'esclavage, dans des proportions qui ne se sont reproduites que dans la Rome de la décadence et dans les colonies à sucre de la France et de l'Espagne. On ne saurait trop se rappeler, quand oa étudie la démocratie athénienne, que c'est une petite oligarchie, reposant sur l'esclavage et le commerce en grand des esclaves (2) ; 2° le travail libre cependant n'a pas péri et a persisté

(1) Politique, liv. YIII, chap. iv. § 4.

(2) Bœckh, 1er vol., p. 73. —2» vol., p. 269.

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