‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 79 sur 252 · I.NSTiTUTIO.N'S ET ÉLÉMENTS SOCIAUX · texte numérisé non relu

I.NSTiTUTIO.N'S ET ÉLÉMENTS SOCIAUX

dans ce centre esclavagiste. Ce grand fait est dû à ce qu'Athènes était une ville de commerce maritime , ce qu'elle est encore. Nous avons sur ce point le témoignage si précieux d'Aristote. « Les riches, dit-il, ne veuleot jamais quitter leurs affaires pour « plusieurs jours et ne consentent à les laisser que pour quel- « ques instants (1 ». Il n'en était pas de même à Lacédémone. Le Spartiate appartenait tout entier à l'Etat. Il ne s'occupait ni d'agriculture, ni de commerce, ni d'industrie. Sa vie tout entière se passait dans les gymnases, les syssities ou dans les camps; l'Athénien, en général, était un homme d'affaire. Il avait des intérêts multiples. Il donnait bien mieux l'idée d'un citoyen moderne que le Spartiate. Il devait sa richesse plutôt à la mer et au travail qu'au sol national. Par suite, il était un tout autre homme. Sans doute il employait beaucoup d'esclaves; c'était un esclavagiste; mais il travaillait souvent, ce à quoi le Spartiate n'aurait consenti à aucun prix. « Travailler, a écrit Aristote « dans un passage prophétique, témoignage de la perspicacité « profonde de son esprit, travailler vaut mieux encore que gou- « verner et commander, là où l'exercice du pouvoir ne procure « pas de grands profits : car les hommes, en général, préfèrent « l'argent aux honneurs (2). »

Nous allons retrouver l'action de ces deux forces dans l'incidence de l'impôt à Athènes; l'une est destructive, l'autre est créatrice. Avec la décadence, le nombre des esclaves a diminué, mais Athènes est restée un port maritime, une ville de marine et de commerce , où le travail personnel a été la condition de la richesse. Lacédémone n'était plus qu'une cité rurale au milieu

(1) Politique, liv. VII, chap. m, § 3.

(2) Politique , liv. VU, chap. ii, § 1. Comparer Bœckh, 1'^ vol., p. 73. <c Les plus anciens hommes d'Etat Solon . Thémistocle , Périclès favorisaient les professions industrielles dans la vue d'améliorer le sort de la basse classe, d'enrichir l'Etat — un fabricant comme Cléon , Hj-perbolus et d'autres ont pu s'élever jusqu'à s'emparer du gouvernail de l'Etat. »

D'autre part Xénophon ajoute : a L'opposé de ce qui se voit chez les autres Grecs se trouve encore dans cette loi établie à Sparte par Lycurgne. Ailleurs , tout le monde cherche à faire fortune comme il peut. A Sparte, Lycurgue a interdit aux hommes libres toute espèce de profession en vue du profit ». — Lacédémoniens, chap. vu.

Page 1