‹ L'impôt dans les diverses civilisations (volume 2)Chapitre 8 sur 252 · XX SECONDES CIVILISATIONS · texte numérisé non relu

XX SECONDES CIVILISATIONS

V. Celte prospérité a été troublée par rintervention de divers facteurs nouveaux : 1° raccroissement des tribus restées nomades, ayant préféré leur vie traditionnelle aux rudes labeurs des tribus sédentaires ; 2° la concurrence des foyers civilisateurs entre eux, concurrence provenant de la nature même des choses, des difïérences de climat, de race, de religion, de conditions économiques; 3° les modifications que la loi d'inégalité, ou le principe de différenciation, introduit nécessairement dans toutes les sociétés humaines; 4° le rapprochement des foyers civihsateurs entre eux sous l'influence des progrès mêmes de la civilisation, de la population, de l'occupation, de la mise en culture et de l'appropriation de nouveaux territoires. L'action de ces divers facteurs a donné une extrême intensité à la loi de la guerre, réalisation brutale delà concurrence des peuples et des civilisations. De même que les guerres tendent actuellement à devenir moins fréquentes, de même elles ont dû être assez rares dans les premières civilisations ; mais elles ont pris une terrible activité lorsque, d'une part, les foyers civilisateurs ont été plus nombreux, plus rapprochés, plus riches et que, d'autre part, les populations nomades ont pris plus d'importance. Elles ont eu pour causes incessantes de provocation, les luttes entre les foyers civilisateurs et les nomades, les luttes entre les foyers civilisateurs eux-mêmes. De ces luttes, deux résultats principaux, l'un et l'autre essentiellement fiscaux : le premier de rejeter l'impôt sur le vaincu, d'où le tribut, troisième forme primordiale de l'impôt; le second, sinon de faire apparaître, du moins d'aggraver, dans d'énormes proportions, le plus grand élément d'inégahté entre les hommes, l'esclavage et, par l'esclavage, d'altérer profondément les moyens de production, les sources de la richesse, le caractère et la répartition de l'impôt.

VI. Depuis l'époque des Empires de Chaldée et d'Assyrie et du second Empire d'Egypte jusqu'à Auguste,

LA GUERRE ET LE TRIBUT. XX j

c'est-à-dire pendant au moins vingt siècles, on peut dire que la guerre, soit entre les foyers civilisateurs, soit entre ces foyers et les peuples nomades, ont été l'élément principal de la vie des peuples méditerranéens et qu'elle résume à peu près les mouvements divers de leurs civilisations. Il y a sans doute certains foyers, tels que la Phénicie, Israël, TÉgypte, Athènes(i) où, à côté de la guerre, d'autres éléments se sont développés, mais ils ont été toujours dominés par la guerre et, par suite, par l'esclavage^ le pillage, le butin de guerre,' même par la dépossession du sol, l'appropriation des impôts, à titre de conquête par les vainqueurs, car non seulement les vainqueursimposaientle tribut au vaincu, quand ils ne le réduisaient pas en esclavage, mais souvent ils s'emparaient du sol et, s'ils lui en laissaient la jouissance, ils mettaient au moins la main sur tous les impôts ordinaires, pour en disposer comme d'une rente annuelle et perpétuelle. Dans les anciens empires d'Orient, les souverains traitaient, pour la perception du tribut, en quelque sorte à forfait, ce qui soulageait les populations; mais les Romains percevaient euxmêmes tribut et impôts et ils les employaient à leur fantaisie, notamment à nourrir la population famélique de Rome et de Constanlinople.

VII. Pour résister à des perturbations pareilles, les populations sédentaires ont eu surtout recours à la coutume et à l'impôt en nature; ce sont ces deux moyens qui leur ont permis de subsister, aussi bien en Asie Mineure qu'en Egypte, dans la Péloponèse et ailleurs. Tous les peuples conquérants ont dû s'y plier. L'oppression la plus affreuse que les Mongols ont fait sentir aux Russes a consisté à les contraindre de payer leur tribut en argent. Nul doute que cette oppression n'ait

(1) A Athènes même, le butin de guerre entrait dans la constitution du budget.

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