XXIJ CONQUETE ROMAINE. LE TRIBUT ET LA PROPRIÉTÉ DU SOL
contribué à fortifier, au plus haut degré, la résistance des Russes et à leur donner l'énergie nécessaire pour la détruire.
VIII. Sans doute, dans certains foyers spéciaux, comme Athènes et l'Egypte, sous l'influence de la civilisation supérieure de la Grèce, les systèmes fiscaux ont pris un développement particulier extrêmement intéressant. Avec quelques différences, provenant de leurs conditions économiques, T'Égypte et Athènes ont à peu près connu et pratiqué toutes les formes de l'impôt. D'autre part, Athènes a discuté la plupart des problèmes fiscaux que les démocraties contemporaines ont essayé de résoudre, impôt sur le capital, impôt sur le revenu, impôt progressif, impôts directs et indirects, taxes de consommation, confiscations, pain gratuit, théâtre gratuit, vie gratuite; mais, au point de vue de l'influence fiscale, Athènes a été un fort médiocre foyer, sans aucune action au dehors, promptement submergé par la conquête romaine.
IX. Cette conquête s'est faite au moyen des ressources de l'impôt sur le capital, le trihutmn ex censu, acquitté avec persévérance par une aristocratie supérieure, qu'on peut comparer aux grands sacerdoces de l'Egypte, delà Perse et de l'Inde et surtout à l'aristocratie anglaise. Cette aristocratie a eu, de bonne heure, la prévision d'une haute mission à accomplir, exactement comme l'aristocratie anglaise, qui, depuis si longtemps, a jeté les éléments de l'Empire anglais. Le trihutuni excensu^ en vue de la conquête de tous les peuples méditerranéens, est certainement un fait fiscal de premier ordre en opposition absolue avec les maximes pacifiques d'Adam Smith. La conquête a été opérée, le tributitm ex censu supprimé pendant plus d'un siècle et tous les peuples méditerranéens contraints : 1° de payer le tribut territorial et personnel à Rome; 2° de lui servir
REFORMES D AUGUSTE, DE DIOCLETIEN ET CONSTANTIN. XXllj
leurs impôts en argent ou en nature à titre de rente; 3° de reconnaître que Rome était devenue nue propriétaire de leurs territoires, que parfois, en cas de résistance absolue, comme les Juifs, elle réunissait au sien, après en avoir massacré ou vendu les habitants. Voilà les civilisateurs dont il est de tradition, malgré Montesquieu, d'admirer les bienfaits. Les Musulmans n'ont fait que se conformer à ces précédents, mais en les améliorant beaucoup, malgré leurs tendances à la férocité. Non seulement toute personne pouvait se convertir aux dogmes si simples de Mahomet, mais en payant le Djizyéh pour les personnes et le Kharadj pour les biens, on conservait et là vie et la fortune.
X. Lorsque le neveu de César, Auguste, après d'effroyables massacres, fut devenu le maître de Rome et des peuples méditerranéens, il eut, s'il faut s'en rapporter à Dion Cassius, plusieurs conférences avec son ami intime et son conseiller. Mécène, l'un des esprits supérieurs des temps anciens. Mécène lui donna différents avis qui révèlent une très haute intelhgence ; mais ces avis étaient de beaucoup en avance sur les temps et sur les ressources de la civilisation romaine. Auguste fit faire un recensement général de l'Empire; puis il procéda à une refonte générale des impôts. Ces deux opérations durent être un immense bienfait pour cette époque. L'impôt perdit quelque peu de son caractère tributaire, militaire, oppressif pour se rapprocher des axiomes d'Adam Smith ou des physiocrates du xviii° siècle. La conquête cessa d'être le caractère du Gouvernement; le massacre, l'esclavage, le tribut, le pillage ne furent plus nécessairement le sort des populations. Se propageaient en même temps, dans le soussol de la société, les idées nouvelles que le Christianisme apportait dans le monde et qui, comme un levain merveilleux, allaient changer lentement, mais irrévocablement, le cours de la civilisation.