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CHAPITRE I

DE l'influence DES INSTITUTfONS FISCALES ROMAINES SUR CELLES DES PEUPLES DE L'EUROPE MODERNE.

§ 1. Caractère aristocratique et territorial de la civilisation romaine.

Au point de vue de l'impùt, la civilisation helle'nique n'a eu aucune influence sur les institutions fiscales des divers peuples de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique , en rapport avec le bassin de la Méditerranée. L'action fiscale de la Grèce a été entièrement limitée à la Grèce seule et à quelques-unes de ses colonisations. Même, l'étendue de l'action économique de la Grèce ne saurait être comparée au développement, chez elle et en dehors d'elle, des arts, des sciences, des lettres. Deux autres causes ont contribué à restreindre encore cette action , d'une part, l'extension de la culture rurale, de la propriété foncière agricole en Europe, même en Afrique, et, d'autre part, le changement imprimé par les Romains à la direction politique de Tintérieur des Etats en Europe. Partout les Romains, quoique possédant des institutions républicaines, abattent, de même que les Lacédémoniens, les démocraties pour y substituer les aristocraties qu'ils constituent ou prennent sous leur sauvegarde. La Grèce ne compte pour rien dans le développement de la propriété foncière en Europe et dans les changements politiques qui en sont résultés.

Au contraire, l'influence des institutions fiscales de Rome a été directe, immédiate, prolongée, d'un côté, par l'étendue de son territoire et la masse de sa population ; l'Italie de la grande époque républicaine, celle des guerres puniques, forme un tout autre milieu que le sol de la Grèce , consistant en monta-

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gnes peu fertiles et en quelques vallées froides à l'extrémité de l'Europe. Elle exerce donc une bien autre influence autour d'elle. A l'époque de Polybe, la Grèce se dépeuple rapidement, Tltalie est encore très-prospère. Les populations qui entouraient le territoire romain, anciens Sabins, Osques , Equès, Herniques, Volsques, Etrusques, Samnites, n'ont pas encore été détruites. Le territoire est tout entier cultivé (1). La population et l'agriculture sont les deux fondements de la force du peuple romain, qui est composé de propriétaires fonciers. Dans un de ses plus beaux récits, Tite-Live met en scène le centurion Spurius Ligustinus qui a fait toutes les grandes campagnes de l'époque de Paul Emile et qui est propriétaire. Sa famille vit sur son fonds (2). Le Grec d'Athènes est surtout commerçant, industriel, pirate. Le Lacédémonien est aussi, à certains points de vue, propriétaire; mais le territoire de Lacédémone est restreint et le nombre des Spartiates, très-limité. La Grèce ne pouvait fournir les instruments de la transformation économique de l'Europe. Rome les a préparés.

Cette influence de la terre a été le fondement principal de de l'aristocratie romaine , aristocratie essentiellement territoriale. Elle subsiste même encore aujourd'hui en Italie (3), elle y soutient tout, héritière directe de celle qui a contribué, avant tout, à donner à l'empire romain les institutions fiscales dont l'importance a été si grande (4).

(1) Voir daas Tite-Live, le tableau de Rome après la bataille décisive du Métaure, en 208.

(2) Son père lui a laissé un arpent. De son mariage , il a eu deux fils et six filles. Il compte 22 ans de service. Macédoine , Espagne, Italie. C'est le type des citoj-ens romains. Tite Live, 1. 42, eh. 34.

(3) Lenormant, La f/rande Grèce, t. 2, 174-179. — E. Fouruier de FlaLx, Statistique (jéncrale, t. 1", 499-505.

(4) Rome ne connut jamais l'esprit démocratique. Il n'y a pas une seule époque dans sa longue histoire où elle n'ait eu une noblesse. Si ou se transporte au dernier siècle de la République, on y trouve une aristocratie aussi fortement constituée que l'ancien patriciat ; on doit encore faii-e cette remarque ciue dans toute l'histoire de Rome, il n'y eut jamais aucun effort sérieux pour détruire cette hiérarchie. Vient ensuite l'Empire, l'inégalité disparut en politique, mais elle subsista tout entière dans les mœurs. — Fustel de Coulanges, Ancic^ie France, chapitre xi. M. Fustel de Coulanges aurait du dù-e dans les lois civiles cl dans la propriété.

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§ 2. La population et l'agriculture dans l'Italie ancienne.

En Italie, Rome est un Etat récent, presque nouveau; c'est le dernier qui se constitue et qui suit une marche progressive. Athènes, Lacédémone, Thèbes, Argos ont subi bien des changements politiques; ils ont passé de la royauté à l'aristocratie, avant que les fondations de la ville Eternelle aient été projetées. Lycurgue est antérieur de près de trois siècles à Servius Tullius. Lacédémone traverse sa plus belle époque quand s'accomplit la Révolution qui prépare la grandeur de l'aristocratie romaine; Selon était archonte en 594. Le consulat n'a été établi qu'en 510, vingt ans seulement avant la bataille de Marathon.

Si les temps diffèrent, les éléments ne diffèrent pas moins. La Grèce n'a jamais été très-peuplée. Pays de montagnes et de vallées étroites, elle ne comportait pas un rapide développement de l'espèce humaine. Les mœurs déplorables des Grecs avaient, en partie, pour cause le contrôle de l'accroissement de la population. Aristote en a fait la remarque à plusieurs reprises; aussi quand le luxe, la guerre, la corruption des idées vinrent amoindrir encore le goût et les habitudes des Grecs pour l'élevage des hommes, qui est partout une rude et pénible tâche, la dépopulation se fit de toutes parts avec une rapidité désolante. Polybe en constatait les causes et les progrès dans le second siècle avant l'ère chrétienne (1); au temps de Pausanias et de Plutarque la Grèce était devenue un désert.

Il n'en était pas de même de l'Italie, surtout du Latium. Elle est demeurée très-peuplée jusqu'après la seconde guerre punique. Rome contenait au moins 1 million d'habitants à l'époque des victoires d'Annibal. Elle était elle-même entourée de toutes parts de peuples nombreux et puissants par leur population. Tous ces peuples vivaient de l'agriculture et du commerce des produits agricoles. La terre avait pour eux une très-grande valeur. Ils la morcelaient en petits domaines d'une contenance moyenne de

(1) Livre 37, § 4.

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