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LE GÉNIE ROMAIN

1 hectare. Dans certaines parties de la vallée du Pô et en Toscane, l'Italie est encore le pays de la petite culture. Telle Sismondi a peint la condition des métayers de la Toscane, au commencement de notre siècle; telle était celle des Sabins, des Osques, des Berniques , des Volsques, des Eques, des Etrusques, de tous ces campagnards qui ont opposé une si énergique résistance aux entreprises des Romains, avant de devenir l'un des principaux éléments de leur grandeur.

Ainsi la population et l'agriculture forment les deux fondements de ce peuple romain qui, malgré tant d'admirables travaux, depuis Bossuet, Montesquieu, Vico et Beaufort jusqu'à Michelet, Duruy, Savigny et Mommsen, Marquardt (1 ), Humbert, Gagnât, est encore un incomparable sujet d'étude et de méditation.

§ 3. La Providence et le génie romain.

Mais ces deux fondements ne suffisent pas pour expliquer l'œuvre. « D'heureuses circonstances, l'énergique habileté de son (( arisrocratie et les secrets desseins de la Providence, ajoute <( M. Duruy, lui ont donné l'empire du monde. » C'est, en effet, la Providence qui a dû faire sortir des éléments divers qu'elle avait réunis ce qu'il faut appeler le génie romain, cet ensemble de vertus et de forces qui a caractérisé, pendant plus de 800 ans, la race romaine et qui diffère profondément du génie grec. Le génie grec est idéaliste, le génie romain est positif; mais la Grèce ne peut s'élever, si ce n'est dans le domaine de l'art et de la science, à aucune conception générale : au contraire, le génie romain est essentiellement assimilateur. C'est ce qui marque sa destination; c'est de cette puissance d'assimilation que procède la faculté juridique de Rome. Rome a beaucoup emprunté pour le droit, comme pour toutes choses, à la Grèce, à l'Egypte, en rapports directs elles-mêmes avec les grandes monarchies de l'Orient; mais tout en condensant le droit dans des formules plus précises, elle lui a donné un caractère universel.

(1) Histoire des Romains, 1" vol, 117.

l'aristocratie romaine. 147

§ 4. L'aristocratie romaine et les anciennes aristocraties.

A côté des différences entre des peuples, des races représentant des civilisations si opposées, quoique se donnant la main, il y a plus d'un rapport à signaler.

A Rome, comme en Grèce, le mouvement national ne s'accuse, ne se précise qu'avec l'abolition de la royauté, qu'avec la forme républicaine. Ces deux civilisations, auxquelles il faut ajouter celles de Carthage et de la Judée, ont été dominées, pendant plus de 500 ans par les idées républicaines ; elles ont vu éclore et se développer des institutions libres qui, à plusieurs égards , sont encore des modèles pour les nations christianisées contemporaines.

Pour les unes et les autres, ce grand fait a ses racines dans la constitution, l'influence et le gouvernement d'une aristocratie tantôt territoriale comme à Lacédémone, tantôt religieuse comme en Judée, tantôt de commerce comme à Carthage et à Athènes.

L'aristocratie romaine participe de ces trois caractères , exactement comme l'aristocratie anglaise : elle est religieuse; elle est territoriale; elle est commerçante. C'est ce qui explique, comme pour l'aristocratie anglaise, non seulement son influence, son immense supériorité, mais son renouvellement.

Nous aX'ons vu l'épuisement de l'aristocratie des Spartiates; celle de Carthage a péri parce qu'elle est devenue exclusivement commerciale, financière, et sous le terrible effort de l'aristocratie romaine. L'aristocratie athénienne s'est plus longtemps maintenue grâce précisément à l'appui de l'aristocratie romaine.

Néanmoins il y a lieu de signaler entre ces diverses aristocraties et l'aristocratie romaine une différence essentielle : l'aristocratie romaine a de bonne heure accepté l'égalité politique; elle n'a jamais accepté l'égalité sociale; c'est ce qui la sépare des aristocraties grecques et même de celle de Carthage; c'est ce qui la rapproche encore de plus près de l'aristocratie anglaise.

Enfin le grand élément d'action de cette aristocratie a été la guerre. Aussi de 1688 à 1815, l'aristocratie anglaise n'a cessé d'être le principal facteur de la guerre sur le globe; c'est l'époque

148 l'aristocratie romaine et la propriété foncière.

de sa plus grande prépondérance comme de la fondation de l'empire anglais.

Les aristocraties grecques étaient également, même à Athènes, des aristocraties militaires. La Triérarchie , si lourde dans les derniers temps, était, à l'époque de Thémistocle, acceptée comme un honneur; même à Carthage, une notable partie des familles aristocratiques était militaire.

§ 0. L'aristocratie romaine et la propriété foncière en Europe.

Malgré ces rapprochements, les différences demeurent tout autrement décisives. Certes, l'aristocratie romaine a fait, de même que l'aristocratie anglaise, un terrible usage de la guerre; la ffuerre n'est cependant pas son caractère définitif. Son œuvre principale dans la civilisation européenne, à laquelle elle a eu une si grande part, cette œuvre c'est l'extension , le rayonnement de la propriété foncière par l'occupation, la conquête, la culture du sol et plus tard par le droit. Il en est de même de l'aristocratie anglaise; elle poursuit de toutes parts, au moyen de ses puissantes colonisations, l'œuvre accomplie par l'aristocratie romaine en Europe et, temporairement, dans une partie de l'Afrique. C'est elle qui représente et qui répand sur le globe le droit de propriété et avec ce droit l'élément fondamental des progrès de la richesse et de la civilisation. Au septième livre de cet ouvrage une partie de l'exposé des institutions fiscales de divers États contemporains consistera dans le tableau des impôts de colonisations anglo-saxonnes; ces colonisations et le génie anglais seront, au siècle prochain , une force de résistance et d'activité aussi grande qu'ont été autrefois les colonisations et le génie de Rome. Rome , c'est la propriété , c'est la terre , c'est le droit, c'est le cultivateur maître de son terrain, l'agrandissant, le transformant en un domaine moyen, plus vaste, immense, au fur et à mesure de l'occupation du sol en Europe. Dans la civilisation féodale, la terre a été tout. Pas de terre sans seigneur; mais l'époque féodale n'est autre que l'occupation, le défrichement, la mise en culture et l'appropriation de l'Europe occidentale. La part de la civilisation romaine a été

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