EXTERMINATION ET DÉPOSSESSION DES BRETONS
des Angles et des Saxons, il y avait une troisième Confe'déralion, celle des Jutes, qui habitait le Jutland e'galement et qui était Scandinave. Ce seraient même les Jutes, conduits parieurs chefs de bande, Henghist et Horsa, qui auraient fait en 449 le premier débarquement en Bretagne. Vinrent ensuite les véritables Saxons, sous Aella et Kerdic, et, plus tard, toutes les tribus des Angles ou Anghels, conduites par le chef Ida et ses douze fils. Ces tribus, après une longue résistance des Celtes et des Kymris, dans laquelle se serait illustré le roi Kymri Arthur, s'emparèrent de la côte orientale de la Bretagne et bientôt refoulèrent les Celtes et les Kymris, avec le concours des Pietés et des Scots de Calédonie (Ecosse), dans la Cornouaille ou Nouvelles Galles et en Irlande. De nouvelles migrations des Saxons eurent lieu, suffisantes pour fonder sept Etats anglo-saxons. En racontant, avec un rare talent, ces événements, Aug. Thierry a exagéré l'accablement des Celtes et des Kymris, réunis sous le nom de vieux Bretons. Ils firent, au contraire, une résistance des plus opiniâtres et ils auraient peut-être triomphé dans la lutte si leurs tribus avaient pu former des Confédérations comme les Anglo- Saxons. Ils ne paraissent pas s'être élevés au-dessus de la conception sociale et politique du clan. La conquête eut un caractère de dépossession complète (1). Les tribus bretonnes durent céder leur territoire aux tribus Scandinaves ou germaniques, une partie chercha un refuge dans l'Armorique. « Les Anglo-Saxons, maîtres « du sol,procédèrent(2) à un partage en lots de grandeur variable, « depuis ceux d'une bide (3), suffisante pour nourrir une famille I jusqu'à ceux des nobles qui pouvaient couvrir tout un canton. « Ces lots pouvaient se transmettre, le titre de propriété était « constaté soit par le témoignage de la communauté, soit par un « acte écrit (bocland) (4) ». Une partie du sol demeura indivise; quant aux lots, ils furent répartis selon la condition de chacun, u c'était le bien commun de la tribu, de la nation {Focland) \ pour
(1) Aug. Thierry, Hist. de la conquête de l'Angleterre i)nr les yormamh, V vol., p. 42-45.
(2) Aug. Thierry, Ibidem, l" vol., llv. IV, p. 52-60: 120-124.
(3) Lavisse et RaniVjaud, Hist. générale, \" vol., p. 581.
(4) Laviase et Rarabauil, Ibidem, p. 582-583.
61 "2 Partage des teures et ses conditions.
« l'aliéner, il fallait le consentement de l'Assemblée nationale. Si « on le louait, le détenteur devait à l'Etat une rente ou des ser- « vices dont le propriétaire du Bocland était exempt. Sur ces « terres, vivaient plusieurs catégories de personnes. C'étaient ou <c bien des esclaves de la race germanique, ou bien des Bretons « faits prisonniers et vendus. La présence de ces derniers n'a « guère été constatée dans la partie orientale de l'île, tandis « qu'ils se rencontrent de plus en plus nombreux à mesure qu'on (t s'avance vers l'Ouest; c'est même à cela qu'on a pu pouvoir « mesurer le degré d'extermination dont les indigènes ont été « victimes. Tous étaient d'ailleurs également considérés comme <( des choses, non comme des personnes (1) ». Ainsi la conquête anglo-saxonne a eu pour caractères l'expulsion du sol, l'extermination ou l'esclavage; c'est l'une des plus terribles que l'on connaisse. Le tribut de César ou de Mahomet, ou la rente indéterminée étaient autrement favorables. Quant au cens féodal et coutumier, avec propriété conditionnelle, comment soutenir qu'il n'a été un progrès immense dans l'œuvre de la civilisation?
Étrangers à toute idée de tribut, de rente et de cens, les Anglo-Saxons ne payaient pas d'impôts, w Le Roi avait de nomce breux domaines comprenant, soit des terres dont il avait l'en- « tière et libre disposition, soit des fermes, des villages, bourgs, « maisons ou cités dont il possédait seulement l'usufruit; il y « ajoutait une partie des amendes et autres fruits des cours de « justices, les produits des naufrages, des trésors trouvés, des « mines et salines; il avait le droit dé gîte et de procuration. Sa « personne, celle de sa famille, et de ses serviteurs étaient pro- « tégées par un wergeld considérable (2) ».
Tous ces faits si curieux, puisqu'ils sont à peine postérieurs à la chute de l'Empire romain d'Occident, jettent une vive lumière sur l'histoire de la propriété foncière et sur celle de l'impôt, que l'on doit considérer comme inséparables. Ils prouvent, d'abord, qu'il existe chez les peuples demi-nomades, se transformant en peuples sédentaires, une phase durant laquelle l'Etat ou le Roi,
(1) Lavisse et Rambaïul, Tbidem, p. 1S2.
(2) Lavisse et Hauibaïul, Ihidtm, p. 183.