LES VARÈGUES ET LE TRIBUT
le sol et les habitants du pays des Slaves différaient beaucoup de la Normandie et de l'Angleterre. Rurik fut obligé de soumettre au tribut toutes les peuplades nomades qui l'entouraient. Comme cette soumission était fort difficile, il préféra reprendre son métier de pirate et vogua vers Constantinople. Sans négliger la piraterie, Oleg, son successeur, se fixa à Kiew sur le Dnieper et entreprit de contraindre au tribut les peuples nomades de la Russie.
De même que les Yikings avaient vogué vers la Bretagne ou les Gaules, les Vikings-Varéguiens commencèrent alors une série d'expéditions et de pirateries ayant le même caractère que celles des Danois en Bretagne et que celles des Northmen dans les Gaules. Mais ils rencontrèrent plus de résistance. Ces expéditions aboutirent à la conversion des Varéguiens, puis des tribus Slaves et Tchoudes au Christianisme, byzantin ou orthodoxe. Deux des éléments divers, qui ont le plus contribué à la civilisation des Russes, les hommes du Nord ou Northmen et les vieux Grecs de Byzance, se rencontrèrent ainsi à Kiew, au milieu des steppes des anciens Scythes, des Sarmates et des Petchénègues.
L'œuvre d'Olga et de ses successeurs, jusqu'en 1200, consista à lier les unes aux autres les tribus d'origine slave, à les affranchir des redevances qu'elles payaient aux Confédérations ouralofinnoises, aux Avars et aux Khazars, pour les payer aux descendants de Rurik et des Varègues qui civilisaient leur race et qui, en les convertissant au Christianisme, sous l'influence de Byzance, les préparaient à se transformer de tribus nomades en tribus sédentaires. Cette œuvre ne fut réalisée qu'en partie. Les Slaves de Russie devinrent chrétiens orthodoxes, mais demeurèrent longtemps nomades. Ils ne s'habituèrent sérieusement à l'impôt que sous l'oppression des Mongols. Les Varègues n'en ont pas moins une grande place dans l'histoire de la formation de la nation russe, dans l'évolution sociale de la civilisation en Russie et dans l'adaptation de ses tribus nomades à l'impôt. Cette adaptation a été une œuvre extrêmement lente et difficile. En nous occupant des Slaves, nous n'avons voulu, dans le présent paragraphe, que montrer l'importance des divers éléments Scandinaves dans l'œuvre de la civilisation de l'Europe.
Dans plusieurs circonstances, Nestor met en scène Oleg et Igor au sujet du tribut. Il les montre demandant aux Drevlianes, aux Radimitches, aux Polianes, soit à Kiew, soit à Novgorod-la- Grande (1). « A qui donc payez-vous le tribut de tant de Grivnas « par tête"? Aux Khazars, re'pondaient ordinairement les Drev- ;< lianes et autres. Eh bien! sachez, reprenait le grand-Duc, que « c'est à moi que vous devez le payer, sans quoi je vous ferai <( la guerre ».
§ lo. Les Slaves.
Les origines et le développement historique des Slaves offrent, au point de vue politique, le plus grand inte'rêt, puisqu'ils sont appelés à jouer un rôle extraordinaire dans le renouvellement des institutions de l'Asie, comme dans la direction politique de l'Europe (2). L'Amérique et l'Australasie, seules, semblent à l'abri de leur influence directe. Au point de vue social et e'conomique, leur importance n'est pas moindre, ainsi qu'en ce qui concerne l'impôt. De peuples essentiellementpasteurs et nomades, devenus lentement agricoles et sédentaires, ils sont, au plus haut degré, le type de nations qui ont transformé leur condition sociale et qui ont adapté, à cette transformation, des institutions spéciales, originales et curieuses à connaître.
I. Orirjines. — Nous avons donné plus haut la description des Scythes d'après Hérodote, qui les distingue en Scythes, laboureurs ou sédentaires et Scythes nomades. Derrière ceux-ci, se trouvaient les Scythes royaux, également nomades. Ces divers Scythes occupaient la zone actuelle de la Russie méridionale, au-dessus de la mer Noire. Cette zone formait la. Scijthia. M. G. Rawlinson la comprend sous ce nom dans le tableau qu'il a dressé de la Scythia d'Hérodote (3). De son côté, M. Mommsen, dans sa savante histoire des provinces de l'Empire romain au m* siècle, a refait, à 800 ans d'intervalle, la carte d'Hérodote. La
(1> Nestor, Chronique, chap. m et iv.
(2) Sur le rôle et l'avenir de la Russie en Orient, consulter Ètiulcs sur !a Russie, par M. de Ilaxthausen, 3" vol., 1852, chap. v.
(3) Hérodotus, tome III.