LES ORIGINES
Scythia a disparu. Elle est remplacée par la Sarmatia, les rives mêmes de la mer Noire (Pontus-Euxinus) étant occupées parles Bastarnes, les Gottones et les Roxolans. Toutes ces Confédérations, alors puissantes, ont entièrement disparu du terrain de l'histoire (1). D'après Pline, les limites de la Sarmatie étaient très étendues; elles remontaient jusqu'à la Vistule dont elles suivaient le cours, englobant les Vendes et Vindilles au Nord (2). Tacite confirme ces données. Les Sarmates et les Daces limitaient la Germanie au Levant. Tacite les montre, dans diverses circonstances, alliés contre Rome, près du Danube, puis il les retrouve au Nord, près des Peucins, des Venèdes et des Pennes, se mêlant avec eux par des mariages, quoique les Peucins et les Venèdes aient des habitations fixes, comme les Germains, tandis que les Sarmates passent leur vie à cheval et en chariot (3). On a conclu de ces textes, confirmés par Strabon et par Ptolémée, que les Slaves provenaient des Sarmates, de même que les Sarmates provenaient des Scythes et qu'ils formaient le fond des populations de l'Europe orientale, d'origine aryenne, mais gravement modifié par le mélange des diverses races, notamment des tribus touraniennes, hunniques ou ouralo-finnoises, avec lesquelles ils se sont trouvés en rapports. Longtemps opprimés par ces tribus, les Slaves s'en affranchirent. Le problème de l'origine des Slaves et de leurs affinités avec les Sarmates existait déjà du temps de Tacite, qui le pose en termes formels : « Peucinorum Venedorumque et Fennorum nationes Germanis an Sarmatis adscribam, dubito (4) ». Ce problème est encore à résoudre. Il a été abordé, avec beaucoup de science, par M. G. Rawlinson dans l'un des essais qui enrichissent sa traduction d'Hérodote (o). M. Rawlinson conclut : 1° que les Slaves n'ont pas de rapport avec les anciens Scythes, qui auraient disparu, de même que les Goths; 2° qu'ils
(1) Provinces of roman Empire, tome I".
(2) Histoire naturelle, liv. IV. — Strabon, liv. YI. — Pomponius-Méla, liv. II.
(3) De Moribus, 46, 1, 43. — Tacite les montre alliés au.\ Daces. — Histoins III et IV, 46, 4, 64.
(4) De Moribus, 46.
(5) Hérodotiis, tome TIT.
sont d'origine indo-européenne, mais qu'ils diffèrent des Celtes et des Germains; 3° qu'ils peuvent (c'est l'avis de Tacite) provenir des anciens Sarmates. Sans discuter ces hypothèses, nous ajouterons qu'il s'est formé trois autres courants d'opinions sur l'origine des Slaves. L'un admet que les Slaves sont de souche ouralo-flnnoise, opinion contraire en partie aux tendances sédentaires et agricoles d'une notable partie des Slaves. D'après une seconde opinion, non moins invraisemblable, ils auraient été compris et entraînés, quoique d'origines différentes, en Europe avec le grand courant turco-hunnique ou touranien signalé plus haut. Enfin un troisième système les fait arriver en Europe postérieurement aux Celtes, mais antérieurement aux Geruiains; ce seraient les Biiddins ei les Neuri d'Hérodote, peuplades demi-sédentaires et agricoles. D'autre part, la division tripartite faite par Hérodote des Scythes, en Scythes sédentaires agricoles, Scythes nomades et Scythes royaux convient particulièrement à la vie historique des Slaves qui se présentent sous des aspects différents, tantôt essentiellement sédentaires et agricoles, tantôt nomades, tantôt belliqueux et redoutables. De ces aspects, le plus important est l'aspect agricole. De Sismondi a tracé, il y a près d'un siècle, le tableau des établissements de la race slave, depuis les empires de l'Illyrie jusqu'à la Baltique, entre l'Oder, la Vistule et le Dnieper, en montrant qu'elle avait principalement occupé de vastes plaines et de grandes vallées propres à la culture, cooime les Pélasges, celles de la Grèce, comme les Sicanes, celles de l'Italie, comme les Ibères, celles de l'Espagne. « Ils voulurent, ajoute Sismondi, « avec la phraséologie de son temps, défendre les biens acquis K par leurs sueurs et ils ne voulurent pas les abandonner (fait « d'ordre général dans l'histoire de la civilisation) ; ils furent u envahis par tous leurs voisins; au Nord par les Tartares; au « Midi par les Romains; au Couchant par les Germains, et leur
(1) Encyclopedla Britannica, article Slavs.
(2) C'est à i)eu pri-s l'opinion développée par SchaSarlk dans un livre important. Slavische Alte)-thumer dont les conclusions ont été contestées après une grande vogue. Les Annales des voyages, 1848-1854, en ont traduit des e.\traits assez considérables.
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« nom même qui, dans leur langue, signifie glorieux, est de- « venu dans les langues modernes, le nom de la servitude (1) ». Ce tableau, en raccourci, de Sismondi donne encore une ide'e assez exacte, bien qu'incomplète, des premiers temps historiques fort reculés des Slaves. Les Slaves doivent provenir, dans des proportions inconnues, des populations Scythes et Sarmates probablement même des Buddlns et des Neuri d'Hérodote. Refoulés par les afflux des races touranienne et ouralo-finnoise, ils se sont étendus dans le centre de l'Europe, le long même de la Baltique. « Les trouvailles faites en Allemagne dans certains « tombeaux préhistoriques permettent de poursuivre l'extension « des races slaves beaucoup plus loin dans le temps et dans « l'espace que ne le font supposer les données historiques et (( hnguistiques. Certains objets d'ornement qui accompagnent (c les ossements de ces tombeaux, comme les anneaux en forme « d'hameçon, sont tout à fait caractéristiques pour indiquer « les anciens emplacements des Slaves (2) ».
Les Slaves sont donc une des plus anciennes populations de l'Europe, moins ancienne probablement que les Pélasges, les Sicanes et les Ibères. Demeurés longtemps nomades, devenus peu à peu demi-sédentaires, comme les Celtes et les Germains occidentaux, ils ont conservé un vagabondage notable, surtout en Russie. Ils appartiennent à deux sous-races, l'une grande et blonde, qui occupe le nord de l'Europe orientale, l'autre petite, trapue et brune dans le midi. Ces deux sous-races parlent divers idiomes (3), qui ont une source commune. On se rend maintenant compte de ce que Tacite dit des Vendes, des Vindilles, sur la Baltique, des Sarmates et des Daces sur le Danube.
Moins guerrières et militaires que les Celtes, les Italiotes et les Germains, moins terribles que les Northmen, les tribus Slaves ont été refoulées, de toutes parts, par les Germains, de l'Ouest vers l'Est. Elles ont alors occupé les montagnes de la Bohême, les plaines de la Pologne, celles de la Russie, les Karpathes, la
(1) Histoire de la chute de l'Empire romain, !<'•' vol., chap. m.
(2) Dictionnaire Vivien de Saint-Martin, au mot, Slaves, article Important.
(3) On en a compté jusqu'à dix.
vallée du Danube et les Balkans, d'où elles ont dirigé de nombreuses migrations sur l'IUyrie, la Macédoine, et la Grèce. Leur aire territoriale a été variable et très étendue.
Les Slaves se sont ainsi trouvés sur le chemin des grandes migrations. Ils en ont supporté le poids du ve au xive siècle : Goths, Huns, Avars, Bulgares, Hongrois, Scandinaves, Mongols, qui ont tantôt entraîné, tantôt dispersé, tantôt asservi leurs tribus. De là, leur situation subordonnée ; de là aussi, les incertitudes sur leurs origines, leurs divers lieux d'habitat et leur condition économique et sociale.
On peut considérer que leur phase historique indépendante commence à l'époque de Charlemagne; leurs tribus occidentales. Vendes, Obotrites, Willzes, furent englobées dans l'empire Carlovingien. Elles marchèrent avec les Francs contre les Huns et les Avars (1).
La dispersion des Huns et des Avars par Charlemagne a été l'affranchissement des Slaves. Les Slaves datent de cette époque comme race jouissant d'une certaine indépendance et appelée à une place dans l'histoire de l'humanité. Aussi il y a eu de bonne heure des hens entre les Slaves, les Gaules et la France. Ces liens ne sont pas fondés seulement sur les actes de Charlemagne, mais sur une sympathie secrète, une conformité de tendances. A toute époque, la France s'est montrée favorable aux Slaves. Au xi« siècle, Henri P"", roi de France, épouse Anne, princesse russe, qui se trouve ainsi avoir une place dans la ligne des grands Capétiens. Louis le Grand, roi de Hongrie, aussi Capétien, a été roi de Pologne. Au contraire, enveloppés dans les migrations et invasions des grandes Confédérations germaniques, Scandinaves et celles des Huns, Avars, Bulgares, en ayant beaucoup souffert, les Slaves sont restés les adversaires des Hongrois; antipathie de race.
L'extension et la dispersion des Slaves en Russie sont en rapport direct avec leur mouvement général de migrations (2).
(1) Der iUohels, H. oénéraJe du moyen âge, tome II, pages 78, 106, livre déjà ancien, mais dans lequel l'histoire des Slaves est faite avec compétence.
(2) Au milieu de tous les travaux sur les origines des Slaves, les détails donnés par Nestor (Chroniiiue, chaii. i"), détails reproduits par Karauisln (Hit^toire de