‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 110 sur 228 · LES ORIGINES · texte numérisé non relu

LES ORIGINES

Le refoulement qui les a rejetés de l'Elbe et de l'Oder sur la Vistule et le Dnieper, les a contraints à s'étendre en Russie vers le Volga et l'Oural, où ils ont rencontré les tribus de race touranienne et ouralo-finnoise. Ces tribus, à l'Est, de même que les Germains, à l'Ouest, ont exercé sur la destinée des Slaves une pression terrible. Pendant des siècles les Slaves ont eu une situation inférieure; pendant des siècles ils ont été assujettis au tribut de la part des Germains, d'un côté, et de la part des Huns, Avars, Bulgares, Hongrois, Khazars, d'un autre côté. Leur nom qui, originairement signifiait gloire, devint synonyme de servitude, esclavon, esclavage. « Ce changement, dit « Gibbon, eut lieu au vni*^ siècle à une époque où, dans la France « orientale, les princes et les évêques avaient de riches assorti- « ments de prisonniers Slaves-esclavons (1) ».

Jusqu'au ix'= siècle, les Slaves vivaient complètement, les uns à l'état pastoral et nomade, les autres à l'état demi-nomade et agricole, exactement tels qu'Hérodote les a dépeints. Ils sont devenus très lentement et très difficilement de ve'ritables sédentaires. Les Germains les désignaient, comme Tacite le dit, sous le nom de Vendes. Tacite représente les Vendes k comme vice vaut, de même que les Peucins, dans l'inertie et la malpro- « prêté, se mêlant par des mariages avec les Sarmates, infeste tant les montagnes et les forêts de leurs brigandages (2) ». La description, tracée par Nestor, qui écrivait dans la seconde moitié du xi® siècle, des tribus Slaves, entre la Vistule et le Dnieper, confirme absolument le texte de Tacite (3). Les tribus Slaves de Russie étaient au x'' siècle des pasteurs nomades, à l'état presque sauvage. On les a comparées aux tribus sauvages américaines au siècle dernier.

Mussie, chap. i et ii, tome I"'), doivent ûtre mis au premier rang ; nons en avons suivi les principales indications. Consulter néanmoins sur tout ce qui concerne les mouvements des Slaves et leurs origines, le remarquable travail de M. Viquesnel iVoijage en Turquie, 1862, 1" volume). Nous pensons que M. Vicjuesnel a exagéré l'influence touranienne et ouralo-finnoise dans la constitution du peuple russe, bien que le peuple russe soit le produit d'un grand mélange.

(1) Mac-Lear, Tlie Slavs, p. 11. (Society for promoting Christian Knowledge).

(2) De Moribus, chap. xlvi.

(3) Chronique, traduction, Paris, chap. i".

Trois faits considérables modifièrent alors, après la dispersion des Huns et des Avars et l'établissement des Hongrois en Pannonie, la condition sociale et économique des Slaves, assez profondément pour qu'ils devinssent peu à peu de nomades ou demi-nomades, sédentaires, de pasteurs, agriculteurs. Premier fait, la conversion des Slaves au Christianisme qui fut opérée, pour les Slaves de l'Est par l'Kglise grecque d'Orient, et pour les Slaves de l'Ouest et du Midi, par l'Kglise latine d'Occident. Cette double conversion n'eut pas lieu sans résistance, surtout de la part des Slaves d'Occident, en particulier des Vendes, des Lithuaniens, et autres tribus de leurs Confédérations. Même aujourd'hui (1) le Christianisme n'a pas de profondes racines dans les provinces de la Baltique, pas plus que dans le Brandebourg ; second fait^ la constitution de l'Empire germanique, représentant la tradition de Charlemagne, nécessairement hostile à des tribus de nomades; enfin, la renaissance de l'Empire byzantin a été le troisième fait. L'Empire d'Allemagne a refoulé les Slaves au-delà de l'Oder, même de la Vistule; quant à l'Empire byzantin, malgré des luttes acharnées, il parvint à imposer sa civilisation aux Slaves de l'Est ou de Russie et aux Slaves du Midi.

H. Répartition. — Sous l'action de ces diverses forces, les tribus slaves se sont formées en plusieurs groupes sédentaires qui ont été les noyaux des nationalités sorties de leur masse (2). Elles occupaient une aire très étendue, mais non sans ruptures de continuité, dont les principales provenaient des territoires sur lesquels s'établirent ou étaient établis les Germains, les Hongrois, les Bulgares et les anciens Illyriens. L'aire des Slaves partait

(1) Voir notre ouvrage, A travers VAlleinayiie, 1893, tome II, page 568.

(2) Consulter sur cette répartition : 1" l'ouvrage de Schafarlk, Slai-iscJu'. Alterthuvier. — 2° Le mémoire de M. Viquesnel. — 3» Article Slaves du Dictionnaire Vivien de H. Martin. — 4° Article Slavs, Encijclopedia Britannica, travail important. — 5* Boue, La Turquie d'Europe, 4 vol. — C» Krasinski, llcliijions of slavonic natioics, 1869. — 7» Des Michels, Ibidem, page 482. Le tiibleau tracé par des Michels est excellent, même aprcs les travaux faits depuis cin(|uante ans. — 8* Lejean, Ethnogruphie de la Turquie d'Europe, Justus Perthes, 1861. — II faut surtout lire Nestor (traduction l'aris, 1834), ou celle de M. Louis Léger, 1890, publication de l'Kcole des langues orientales. A l'époque de Nestor (fin du xi"^ siéclej, la répartition est déjà accomplie, chap. !"■.

des bords de la Baltique au Nord, pour descendre jusqu'à l'extrémité du Péloponnèse au Midi; puis, de l'Ouest à l'Est, elle courait de l'Oder et de la Vistule au Dnieper et à l'Oka, même au Volga. Ces groupes, en allant du Nord au Sud, peuvent être classés dans l'ordre suivant :

i° Entre la Baltique, l'Elbe, l'Oder, la Vistule, le groupe qui sera, plus tard, l'un des éléments principaux de la Prusse, Vendes, Borusses, Miltchanes, Luzistchanes, Obotrites, Polabes, Pomoranes, Viltzes, Kachoubes, Livons, Lettes, Esthes, Imoudes, Semigalles, avecLubeck et Brème comme premiers centres.

2o Entre la Dvina, le Dnieper et les sources du Volga, Polianes, Mériens, Tchoudes, Vesses, Mouromiens, Polotchanes, Radimitches, Sévérianes, Viatitches, Drevlianes, Doulèbes, Loulitches, Boujanes. C'est de ces tribus ou plutôt de ces Confédérations, sauf le mélange avec d'autres tribus Ouralo-finnoises et Touraniennes, qu'est sortie la masse principale de la nation russe. Centres primitifs : Novgorod, Rostof, Viatka, Pskof, Bielo- Ouséro, Kiew. Ces Confédérations appartiennent elles-mêmes à au moins trois races différentes, les Slaves, les Tchoudes ou Finnois et les Turcs.

30 Entre l'Oder et la Vistule, le groupe des Bulans de Ptolémée, devenus les Lechs, Leuchars, Leuchistes, plus tard les Polonais; centres principaux, Posen, Gnessen, Kracovie.

4" Au sud-ouest, les Czechs, occupant le territoire des Boii, les Behcmiœ de Charlemagne, les Tchèques de la Bohême.

D'après unebien vieille légende, unedesplusanciennesconfédérations slaves dans laquelle vivaientles trois frères fios,LecA et Cec/t^ serait l'origine des Slaves de Russie, de Pologne et de Bohême.

5° A côté des Czechs, les Mahrcn ou Moraves, d'où le margraviat de Moravie ; tribus primitives les Hovak, les Hanak, nomades sédentaires, asservis successivement par les Quades, les Goths, les Vandales, les Lombards, Huns, Avars, les Hongrois. Un moment indépendants au ix'= siècle, quand ces divers flots se furent dispersés, les Moraves furent réunis à la Bohême au xii" siècle.

Ces cinq groupes comprenaient les Slaves de l'Ouest, du Nord et de l'Est; ils étaient de beaucoup les plus importants. Venaient ensuite les groupes des Slaves du Midi.

60 Le groupe des Sorabes, Serbes, Serps. Aujourd'hui réduit à un territoire exigu, avec une population d'environ 3 millions, y compris les Serbes, répandus de divers côtés, ce groupe des Serbes a eu, au Moyen âge, assez d'extension pour que Schafarik l'ait considéré comme l'élément principal de la rnce slave dans le Midi. Cette supposition ne paraît pas mieux fondée que celle de Schafarik pour les Vendes au Nord, bien que les Serbes aient élevé au xiv^ siècle l'empire de Douchan, empire qui, pendant un moment, a compris toutes les contrées diverses au Midi du Danube. Mais cet empire n'a pas survécu à son fondateur, œuvre politique éphémère, comme la plupart de celles des Slaves, qui manquent de l'idée ou plutùt de l'instinct de la nationalité.

7° Les Bulgares, groupe mixte plus important, composé de deux facteurs, les Slaves et les Bulgares, ceux-ci d'origine fort ancienne. Descendus des rives du Volga avec les Huns et les Avars, les Bulgares fondèrent, entre le Dniester et le Danube, un empire, également éphémère, détruit dès 866 par Jean Zimiscès. Les Bulgares se fixèrent alors sur les pentes des Balkans qu'ils occupent encore et dans la Macédoine qu'ils colonisent, malgré les Turcs. Ils se convertirent au Christianisme, s'amalgamèrent avec les Slaves, adoptèrent leur langue et prirent rang dans le milieu slave. Plus robustes, plus stables que les Slaves, ils ont moins souffert des migrations postérieures. Mongols, Turcs. Ils semblent appelés à un rôle politique sérieux.

En avant des Bulgares, les Daces et les colons romains ont conservé la Dacie sous les noms de Valaques et de Moldaves. Les Valaques sont en partie Slaves. La Dacie est devenue la Roumanie. Roumanie et Bulgarie forment un groupe puissant, bien que séparées par le Danube.

8" Les Bosniens et Croates, ou Khorvathes , formant avec une partie de l'Herzégovine, du Monténégro et de la Dalmatie un groupe également considérable, plus complètement slave que le précédent, plus civilisé, mais moins fort. Aussi ce groupe n'a eu dans l'histoire qu'un rôle secondaire, dépendant tantôt de la Serbie, tantôt de la Hongrie, absorbé maintenant par la Confédération austro-hongroise.

A ce groupe se rattachent les Slaves nombreux qui ont pé-

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nétré au cœur de l'ancienne lUyrie, dans l'Albanie. L'Albanie est la partie de l'Europe oii se sont le mieux conservées les mœurs, les coutumes, les institutions des diverses tribus nomades qui ont successivement occupé l'Europe. Devenus demisédentaires, surtout depuis la domination des Turcs, les Albanais, répartis en tribus et en clans, rappellent les temps de la Grèce héroïque.

9° Le groupe des Slaves de la Carniole, de la Carinthie, de la Styrie, de l'Istrie, compris dans l'empire de Charlemagne et destiné à devenir l'un des principaux éléments de l'Autriche- Hongrie, ainsi que plusieurs des autres groupes (1).

Au x" siècle, rien ne faisait prévoir la fondation d'un empire qui associerait entre eux la plupart de ces groupes, sous l'hégémonie de la race germanique du Midi. Chaque groupe vivait à part, composé de tribus qui tendaient à devenir sédentaires et qui le seraient devenues beaucoup plus tôt, sans les migrations successives des Huns, des Avars, des Hongrois contre lesquels les Slaves ont toujours manifesté depuis une antipathie intraitable, provenant des différences de race et de régime social.

Les deux premiers groupes du Nord, appelés à prendre une si grande importance, ne comprenaient que des tribus à l'état nomade. Les autres, surtout les Moraves, les Czecks, les Slaves de Bosnie, Croatie, Carniole, Carinthie, plus anciennement établis, convertis au Christianisme, devenaient sédentaires.

IIL Caractères généraux de la race Slave. — La transformation des Slaves, de tribus nomades en tribus sédentaires, et de tribus sédentaires en corps de nations indépendantes, a été une œuvre longue, difficile, que les circonstances n'ont pas favorisée; elle n'est pas encore totalement accomplie. Ainsi, au point

(1) Il existe une trt'S riche bibliograpliie frau^aise sur les Slaves tlu Midi qui ont beaucoup de sympathie pour la France et qui y sont reçus avec bienveillance et intérêt. Aux ouvrages cités plus haut, il faut ajouter : 1° La Péninsule des Balkans, par E. de Laveleye, 2 vol., 1886, ouvrage de grand intérêt. — 2» Louis Tjéger, Le monde slave — Russes et fSlaves — Tj'Autriclie-Hongrie. — S" Mac Lear, tlie Slavs (Societt/ for îjromotino Christian Knowledge), 1879.-4° Cyprien Robert, Le monde slave,lS52. — 5' A. Duuiont, le Balkan et V Adriatiqw , 1874. — 6° Blanfjui, Vojjage en Bulgarie, 1840.. — 7» Chopin et '[Jhxcïm, Les provinces DantCbiennes , dans la collection : L'Univers. — 8° (î. Capus, La Bosnie et V Herzégovine, 189G.

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