‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 113 sur 228 · SLAVES NOMADES. SLAVES SÉDENTAIRES · texte numérisé non relu

SLAVES NOMADES. SLAVES SÉDENTAIRES

IV. Trayis formation des Slaves, de nomades en sédentaires, Joupanie, ladrouga, Mir, Artel, servitude. — Dans l'Europe occidentale et centrale, la transformation des peuplades et tribus nomades en peuples sédentaires, en corps de nations, s'est opére'e au moyen du régime féodal. Cette transformation a été complète, pour deux raisons. D'abord, les peuplades et tribus nomades, dans les Gaules et en Germanie, même dans une partie de la Scandinavie, dans la Grande-Bretagne, sont passées, avant l'établissement du régime féodal, de la condition nomade, à la condition de demi-sédentaire ; ensuite, les éléments de la civilisation romaine, auxquels il faut joindre l'influence décisive du Christianisme, ont singulièrement aidé à cette transformation. Les choses étaient bien différentes pour l'Europe orientale et septentrionale (1). D'une part, le Christianisme n'y a été introduit que dans le cours du viii<' siècle et, même plus tard, pour certaines parties; d'autre part, les éléments romains y ont fait entièrement défaut, sauf dans quelques parties des Balkans et dans la Dacie. En outre, la rigueur du climat, l'immense étendue du territoire ont été des obstacles très difficiles à surmonter. Dans la Russie, pendant tout le xvm<^ siècle, les populations, malgré la servitude de fait, sinon de droit, étaient instables; elles le sont encore, en partie, aujourd'hui.

Jusqu'au x\f siècle, au moment où le régime féodal avait produit tous ses effets dans l'Europe occidentale et centrale, il restait encore de l'instabilité dans les populations, malgré les dispositions du droit féodal. Aussi des institutions spéciales ont-elles été indispensables, dans l'Europe orieatale, pour fixer les tribus nomades, pour les rompre aux travaux des sédentaires, pour garantir le service militaire et obtenir le paiement de l'impôt, même en nature. Ces institutions subsistent encore assez intactes. Elles survivront probablement au siècle qui va s'ouvrir.

L'objet de ces institutions était de maintenir les liens et les garanties de la tribu et du clan. Ces liens et ces garanties ont des avantages réciproques pour le corps de la tribu et du clan,

(1) Mac Lear, Conversion of Slavs, cité plus haut. — Krasinskj-, Lectures on Vie religions history of Sinvf/nic nations, 1869, l''"' lecture.

030 INSTITUTIONS COMMUNAUTAIRES.

comme pour chacun de leurs membres. L'idée de liberté absolue, que le x VII i*^ siècle a propagée dans l'Europe occidentale, n'a jamais été qu'un rêve, au fond, quoiqu'elle ait pu avoir une sorte de réalisation chez les peuples parvenus à une très haute civilisation, à raison du développement des villes, de l'industrie, des arts , et de la richesse. De cette réalisation sont sortis, des centres comme Paris et Londres, contre lesquels on est obligé déjà de se prémunir. Autrefois, les nouveaux nomades n'auraient pu subsister un seul jour. La tribu et le clan étaient indispensables pour garantir la vie et la subsistance, comme le dit Thucydide, de tout individu. Aussi lorsque la tribu a cessé d'être nomade, qu'elle s'est posée sur un territoire quelconque, que d'autres tribus se sont placées à côté d'elle, qu'un commencement de corps de nation, un premier noyau s'est constitué, et que simultanément les liens de la tribu se sont desserrés, par la domicilisation même sur un territoire donné, des garanties sont devenues nécessaires dans l'intérêt tout autant des membres de la tribu eux-mêmes, que du corps national nouveau en formation, pour la culture du sol, le service militaire et le paiement de l'impôt. Dans l'Europe occidentale et centrale, c'est dans la seigneurie que ces garanties se sont peu à peu formulées, au moyen du Fief, du Manor, du Fronhof, de la Behetria et autres tenures diverses, roturières bu serviles, et du servage même. L'esclavage, étant une tradition de la civilisation romaine, le servage, qui l'a remplacé, a eu pour origine, non plus la guerre ou l'achat, mais la nécessité sociale, car dans les territoires, presqu'ilUmités, où erraient les nomades et sur lesquels ils se sont fixés, l'individu isolé ne comptait pas (1).

V. Servage. — D'après les documents les plus anciens sur la condition des cultivateurs ou paysans dans l'Europe orientale et septentrionale, la servitude n'y était pas générale, bien que l'esclavage se rencontrât dans les Gaules et même en Germanie. Il faut, à cet égard, ne pas perdre de vue la différence entre l'esclavage antique , phénicien , carthaginois , grec et romain, avec le servage. Sous l'action du Christianisme, du progrès gé-

(1) Voir page 588, plus haut, lo texte de Thucydide.

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