F.E MIR
des Slaves (1). On e'value que, sur un ensemble de 105 millions de Slaves, 74 millions habitent la Russie, en y comprenant la Pologne et toutes autres acquisitions ou dépendances. Nulle part, les difficultés qu'a rencontrées la transformation des Slaves de nomades en sédentaires n'ont été plus grandes qu'en Russie, Aussi l'étude des institutions, destinées à favoriser cette transformation, présente-t-elle, pour la Russie, autant d'intérêt que d'importance. Cette étude a été préparée, avec une connaissance profonde des faits, par M. de Haxthausen, avant l'émancipation des serfs en 1861. Après avoir retracé, à grands traits, le partage des peuples, en pasteurs nomades et en agriculteurs sédentaires, partage qui domine l'histoire entière de la civilisation, M. de Haxthausen (2) établit que les peuples Slaves, Russes, Bulgares, Servions, ont été longtemps pasteurs; que leur organisation sociale et politique s'est développée d'une manière toute différente de celle de l'Occident; que cette organisation est tellement spéciale que les savants de Pologne et de Bohême n'ont pu l'exposer d'une manière intelligible, notamment en ce qui concernait la famille et la propriété ; que l'expression Mir a surtout donné lieu à de nombreuses hypothèses (il en cite 15); et que, pour pénétrer le sens réel, historique, des institutions sociales de la Russie, dont la plus originale et la plus importante, est le Mir (on peut placer VArtel à côté), il faut reconnaître « que très probablement -< les habitants de la grande Russie ont été primitivement un « peuple de pasteurs, qui peu à peu s'est livré à l'agriculture ».
(1) Sur le Mir. consulter : l» M. de Haxthausen, Études sur la Russie, 3° vol., chap. IV. 2" M. A. Leroy-Beaulieu, L'empire des Tsars, l<='"vol., livre viii en entier spécialement, p. 482 et suivantes, lians lesquelles se trouvent exposées avec compétence, les diverses théories sur le Mir. 3" Rambaud, Histoire de Russie, chap. III et X. 4° Le tome III du grand ouvrage Les industries en Riissie, publication officielle, traduite en anglais, chap. m. Dans ce chapitre l'histoire de la propriété foncière ne remonte pas avant le xi= siècle. 5° M. Mackensie Wallace, La Russie ( traduit de l'anglais), 2 vol. Voir surtout 1='' vol., chap. viii et ix. Au point de vue histori(iue le livre de M. Haxthausen a une valeur de premier ordre. e^Karauisin, Histoirede la Russie, llyol., trad. française. 7° L'ouvrage déji'icité de M.Laveleye, Des formes 2)rimitives de la propriété, chap. ii et m.
(2) Voir tout le cliapitre iv du 3'' volume et môme le cliapitre vu. Domaines do la Couronne.
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M. Louis Léger ajoute à propos du caractère essentiellement nomade de ces pasteurs : « De quelque côté que l'habitant dirige « ses pas, il retrouve la même nature ; il rencontre partout le " bois qui lui permettra de construire, à peu de frais et en peu « de temps, une cabane semblable à celle qu'il a quitte'e naguère ; u de là des instincts vagabonds, un besoin de déplacement per- « pétuel. Les goûts nomades du Russe s'expliquent par la mo- « notonie et l'uniformité du pays qu'il habite (1) ». Ces goûts vagabonds subsistent encore. En outre, la Russie est couverte de forêts, de steppes et de marais sans fin. Dans la Russie d'Europe, on ne compte encore que 18 habitants par kilomètre carré et même 14 dans le centre moscovite. L'homme disparaît au milieu de ces solitudes. Le Mir a pour objet de le fixer sur un endroit déterminé, dans son propre intérêt, comme dans Tintérèt, non plus de la tribu, mais de la commune qui en est le démembrement, et de l'État, vis à-vis duquel la commune a été rendue responsable. Sans ces conditions, la Russie, comme corps de nation, ne pourrait subsister. 11 y aurait une trop grande disproportion entre le territoire et la population sédentaire. On avait pensé que l'émancipation entraînerait la dissolution du Mir. Il n'en a pas été ainsi; le Mir est encore nécessaire, malgré l'extension de la propriété privée. En effet, si beaucoup de paysans sont devenus propriétaires, d'autres ont vendu le lot qui leur avait été attribué. Combien la situation était-elle plus exigeante au ix« et au x^ siècle, à l'époque oii le territoire était incommensurable, eu égard aux tribus nomades qui y circulaient en tous sens ?
Le Mir est un démembrement de la tribu, qui a conservé les traditions communautaires de la tribu et fjui a appliqué ces traditions, non pas à la propriété du sol, comme l'a démontré
Cl) Louis Léger, RasKKnet Siareu, études l'"-' sùrio, p. e. M. de Haxthausen écrivait, il y a cimiuante an^ •( actuellement encore, on trouve chez les Ilusses]>eu <( d'attachement iiour le pays ((u'ils liabitent. Leur véritable existence consiste en « voyages perpétuels et dans toutes les dh-ections. Ils ont pour habitude de << voyager avec un grand nombre de voitures et de chevaux par longues caravanes <( semblables ù des nomades, — il y a chez les Rus.ses un patriotisme ardent, mais '( jiolnt de profond attachement au pays ». 3<^ vol., p. 149-150.