‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 117 sur 228 · LE MIR · texte numérisé non relu

LE MIR

« contraire, celles-ci peuvent se déplacer de droite à gauche « pour choisir l'endroit qui leur convient; il leur suffit de mettre « leurs marques sur les arbres qui leur servent de limites tem- « poraires; mais il importe que les villages apportent un cer- « tain ordre dans cette agriculture nomade (1) ». Le volost, correspondant à la tribu, est resté pour les Slaves russes la forme sociale par excellence, la seule dont ils aient eu la conception pendant des siècles, a A la rigueur, selon M. Rambaud, « ils ont pu admettre une confédération momentanée des volosts (i d'une peuplade (Plemia) mais on ne voit pas qu'il y ait eu un « prince des Sévérianes, des Polianes, des Radimitiches. L'idée <i de l'unité d'une peuplade et, à plus forte raison, celle de l'uu nité de la nation russe était absolument étrangère à cette « race (2) ». Les conséquences de cet état de choses, qui a ses racines dans la condition nomade, ont été de première importance pour la Russie. L'autocratie du Czar n'a pas d'autre fondement.

Il est facile de se rendre compte, d'après ces détails, de la fonction sociale, politique et fiscale du Mir (3). Le Mir est le fondement de la nation même. D'une part, il garantit à l'État la culture, le service militaire et l'impôt (4) ; d'autre part, il distribue l'assistance (o) et veille à l'existence de tous. Il en est de même dans toute tribu. Dans ses divers travaux, très curieux et souvent pris sur le vif, E. de Laveleye a montré les grands avantages de cette vie rurale en commun. Il a visité en Bosnie, en Bulgarie, en Croatie plusieurs Zadrugas. Il est certain que la grande majorité des paysans français ivoprictaires, et même des

(1) L'Europe Scandinave H ruase, p. 866.

(2) Hiat. de Russie, p. 34.

(3) Do Haxthausen, 3' vol., p. 132, 136. Los Russes ont, autant de respect pour le Starosta, chef ilu Mir que pour le Czar. Salure du patriotiame , 150. De Variittocratie, 151. &'îtr l'histoire du serrice milUaire en Russie, Ibidem, 260.

(4) De Haxthausen, Ibidem, p. 134, 140, 516.

(5) X Quoique l'État, envers lequel l'ensemble du Mir est responsable de llinpôt, taxe sans exception toutes les âmes censitaires, c'est-ii-diro toute la iiopulation mâle, la commune en exempte les vieillards et les familles sans travailleur valide et ne recevant pas de lot — (pielquefois la commune laisse un lot de terre Il la famille affaiblie et la culture en est faite pur le voisin. — Kcclus, Ihidrm. p. ses.

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paysans propriéliiires dans l'Europe occidentale, ne voudraient à aucun prix, de cette communauté de biens. Il est même fort douteux que les fermiers, métayers, bordiers et prixfaiteurs s'en accommodassent. Quant à comparer les membres du Mir ou d'une Zadruga aux ouvriers de nos centres manufacturiers, !a comparaison pécherait par la base, puisqu'elle s'appliquerait à des travaux auxquels le Mir, la Joupanie et la Zadruga, exclusivement agricoles, sont étrangers. E. de Laveleye a négligé, dans ses recherches, le til conducteur de l'histoire. Il a poursuivi, dans les faits, la réalisation de ses théories. Enfin, quant au Mir, la plus importante de ces formes communautaires, il ne donnait, avant l'émancipation, qu'un droit d'usufruit; et depuis l'émancipation, le droit de propriété a été sévèrement limité dans l'intérêt même des membres du Mir.

La sphère d'action de VArtel est plus restreinte, néanmoins VArtel a un rùle considérable dans la vie économique de la Russie. C'est également une très ancienne institution (1). L'Artel est une association communautaire qui s'est constituée, depuis les premiers temps, entre les bûcherons, les chasseurs, les pêcheurs, les marins, qui, à toute époque, ont eu une grande importance en Russie (2). Les Artels ont certainement facilité en Russie la transformation des tribus nomades en sédentaires, au moyen de la solidarité existant entre les associés. Dans l'œuvre de la production russe, les forêts, la pêche, la chasse, les transports ont précédé la culture des céréales. La chasse a fourni à la Russie sa première monnaie qui consistait en fourrures. Cette monnaie est antérieure à Nestor. Dans notre siècle, les Artels sont devenues pour l'État des agences financières et fiscales. Ce sont elles qui administrent en partie les douanes. La Russie manque encore de classes moyennes, surtout de la seconde catégorie. Elle en a toujours manqué. Les Artels en tiennent lieu.

(1) Sur l'ancv'nneté de l'Artrl. Kainbaïul, Ibidem, p. 70, KœnninUtc français, un (le nos articles, 9 sept. 1S93.

(2) Storch, Stattttiqufi de la Rus-ne, ISOl.

l"impôt chez les slaves. 63!)

§ 16. L'impôt chez les Slaves.

Jusqu'au XI'' siècle, les formes de l'impôt, dans ces différents groupes, furent ne'cessairement celles déjà signalées pour toutes les tribus nomades du Xord ou du Centre de l'Europe : 1° le don volontaire aux chefs des tribus ; 2" la contribution en nature proportionnelle sur le bétail et les grains ; 3° les amendes ; 4° le tribut auquel les Slaves furent presque partout assujettis; 5° le service militaire, obligatoire avec entretien personnel. Tacite affirmait que déjà, de son temps, les Sarmates payaient le tribut.

A cet égard, la chronique de Nestor, quoique spéciale aux tribus russes, est un document d'une valeur exceptionnelle. Elle établit (1), en effet, qu'avant l'arrivée des Varègues, toutes les tribus, d'origine différente, distribuées entre le Dnieper et le Volga, étaient assujetties envers la grande Confédération des Khazars à un tribut qui se payait en fourrures. La première œuvre des princes varéguiens a été de supprimer ce tribut et de s'en emparer. Ce tribut est la première forme de l'impôt en Russie. Il a exercé une influence extraordinaire sur la formation de la Russie comme nation et Etat.

Il est à présumer qu'il n'en était pas autrement pour les divers groupes slaves. Ce n'est que plus tard que l'on a pu recueillir quelques renseignements sur les formes primitives de l'impôt pour les autres peuples slaves.

§ 17. Huns, Avars, Bulgares, Petchénègues, Khazars, Hongrois.

Ces divers peuples ont formé de très puissantes et redoutables Confédérations, appartenant aux tribus turques d'origine touranienne. Elles ont eu, pendant cinq siècles, une grande influence sur l'Europe centrale et orientale, soit en déterminant des migrations comme celles des Goths, des Vandales, des Lombards, soit en dirigeant elles-mêmes diverses invasions, tous

(1) Chrovi/jiw de Xestor, chap. i i\ iv.

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étaient à un état nomade, plus accentué encore que les Goths. Ce sont les précurseurs des Mongols, les plus puissants nomades qui aient apparu, quoiqu'éphémères. Leurs institutions fiscales n'étaient autres que celles de tous les nomades, notamment que celles des Mongols, sur lesquelles on possède des renseignements assez complets : i° dons volontaires ou obligatoires aux Khans ou Kagans; 2° contributions proportionnelles en nature sur le bétail et les grains; 3" amendes; 4° service militaire permanent avec entretien personnel (1); 5° tributs obtenus des peuples subordonnés. — Ces ressources étaient réunies dans le trésor du Khagan principal, alimenté principalement par le butin. Le trésor est une des plus antiques traditions financières de l'Orient. Les grands peuples nomades l'ont conservée. Attila avait un très riche trésor qui fut disputé entre ses enfants (2). Sobieski laissa aussi un trésor, également enlevé par un de ses fils.

Parmi ces Confédérations, les Huns, les Avars, les Bulgares et les Hongrois ont dirigé leurs migrations vers l'Occident, prenant la Pannonie, aujourd'hui la Hongrie, pour centre d'opération. La Pannonie avait été longtemps occupée par les Marcomans. « Les Marcomans, raconte Tacite, sont les premiers par <> la gloire et les forces ; le pays même qu'ils occupent, enlevé Cl jadis aux Boiiens est une conquête de leur valeur. Les Quau des etles Norisques ne sont pas indignes d'eux. C'est là comme « le front de la Germanie, en descendant le Danube ». Les Petchénègues et les Khazars n'ont pas quitté le territoire des steppes de la mer Noire et la vallée du Volga.

L Huns et Avenus. — Ces deux puissantes Confédérations représentent le même courant de migrations (3). Elles étaient formées par des tribus diverses, les unes ouralo-finnoises, les autres touraniennes, mongoles et turques. Ces tribus vivaient complètement à l'état pastoral, transportant, de tous côtés, leur

(1) Voir ci-après les impôts en Russie du xr au xii"^ siècle.

(2) De Moribus, 43. — Cantu, Hist. vniv., 7e vol., p. 313.

(3) Amèdèe Tliierry, Ilist. d'Attila, l" vol. Jornandès, chap. 24. Animien Marcellin, llv. 31. EnxiyclopeMa l/rilwnmca, article Huns. Cantu, Hist. unircrselle, 7» vol., p. 153.

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