DE LA CONDITION DES PERSONNES
l'un des grands éléments de la féodalité, origine de la fidelitas guerrière, de cette foi fe'odale qui caractérise la chevalerie particulièrement, de ce lien personnel qui unit le seigneur au vassal, qui cre'e entre eux des droits et des devoirs nouveaux, inconnus aux civilisations de Rome et de la Grèce (1). Liberté personnelle, association, tels sont les deux traits fondamentaux de la civilisation de l'Allemagne, traits étrangers à peu près à celle des Gaules, accable'es, dans leur phase celtique, par la conquête romaine. Ces deux traits ont une influence immédiate sur la condition des personnes. L'esclavage n'a exercé presqu'aucune action sur la civilisation germanique. Quoique la servitude, surtout au delà de l'Elbe, y ait persisté plus longtemps qu'en France, même jusque dans les premières années du xixe siècle, elle n'a jamais pris, du v^ au xiv^ siècle, le même développement que dans les Gaules et en France. Par suite, la liberté personnelle, l'extraction libre, premier élément de toute condition sociale en Gaule, ne joue pas le même rôle en Allemagne puisqu'elle y est le droit commun, tandis que longtemps, en Gaule, c'est la servitude. Autre conséquence, si, dans les Gaules, les degrés de la servitude étaient infinis, en Allemagne les degrés de la liberté étaient très nombreux; les situations sociales sont opposées.
A la fin du xje siècle, on distinguait en Allemagne : 1° les divers membres de la hiérarchie impériale avec la Landesheerschafts remontant à l'empereur et dépendant de lui; 2° les freien Herren avec Landeshoheit, correspondant assez exactement aux seigneurs français, possesseurs de fiefs; 3° les Lchenmanner, les Ritterburtigen, propriétaires libres, qu'on peut assimiler aux vassaux des fiefs, mais plus nombreux qu'eux, surtout dans les
(1) On sait que Socrate sauva la vie à Alclblade au siège de Potidée et à Xénophon au combat de Délium. On peut rapprocher de ces faits la conduite pieuse du citoyen romain qui, au moment ou les Gaulois menacent Rome, descendit avec sa famille de son chariot pour y faire monter les vestales. Il y avait même entre Spartiates, comme entre les compagnons du bataillon sacré de Thèbes, des liens d'attachement et de dévouement particuliers, quoique parfois d'un caractère inférieur. Néanmoins les rapports entre le vassal et le seigneur étalent d'une nature supérieure, reposant sur le droit et par suite sur une notion bien plus élevée du devoir, témoin les rapports de saint Louis et de Joinville.