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CHAPITRE X

DE l'impôt dans les ÉTATS DE l'eUROPE ORIENTALE DU XI* AU XIV* SIÈCLE.

On peut considérer, d'une manière ge'ne'rale, que, jusqu'au xiv» siècle, l'impôt, dans l'Europe orientale, a eu, à peu près, les mêmes formes que dans l'empire de Charlemagne. Comment en aurait-il pu être différemment, au milieu des migrations, des invasions, des guerres qui se sont succédé pendant ces trois siècles, avec l'instabilité des populations, leur nombre restreint, la pénurie des métaux précieux, l'insécurité du commerce, l'absence de presque toute industrie, autre que l'industrie domestique? Sous le rapport fiscal, encore plus que sous tous autres, il a existé, pendant cette période, une séparation complète entre la partie orientale et la partie occidentale de l'Europe, l'Italie laissée à part. Les ressources financières de l'Italie étaient, en effet, supérieures à celles de tous les états européens, même à celles de la France. Quand éclateront les guerres du xive siècle, c'est aux banquiers italiens de Florence, de Gênes, de Milan, de Venise qu'il incombera de les soutenir. L'une des causes de la décadence de l'Italie au xv" siècle proviendra de la banqueroute des Etats auxquels elle aura prêté. Après l'Italie, c'est la France qui vient au second rang. 11 n'y a aucune comparaison à établir, encore moins durant ces trois siècles qu'aujourd'hui, entre la France féodale et l'Europe orientale. La fiscalité féodale atteste des ressources considérables et régulières, comparées aux ressources temporaires et limitées de tous les Etats qui sont constitués ou se constituent dans l'Europe orientale. Au milieu du XIII* siècle, la Russie en était encore réduite à la monnaie de martre, d'écureuil et de cuir. La patte d'écureuil circulait comme une fraction de copeck. La richesse était un peu moins restreinte en Pologne, en Bohême. Néanmoins Rodolphe de

DIFFÉREiNGES AVEC l'eUROPE OCCIDENTALE. 653

Habsbourg, le grand électeur de Brandebourg, et tous les souverains Moldaves, Valaques, Bulgares, Serbes, Croates, Bosniaques étaient oblige's de se contenter des redevances de leurs réserves domaniales, des dons ou des contributions en nature. Les grands ducs de Moscou durent s'imposer de lourds sacrifices pour payer, partie en argent, partie en peaux de martre, aux Khans de la Horde d'or, à Saraï ou à Kazan, le montant du tribut. Durant la période féodale la valeur de la terre a beaucoup varié dans l'Europe occidentale, particulièrement en France, mais cette valeur a été réelle. La situation différait complètement dans l'Europe orientale. Il n'y avait entre la quantité de terres et la population aucune proportion. Le bétail restait encore la valeur réelle, échangeable. L'impôt ne pouvait se lever que sur le bétail, ou sur le produit brut de la terre, ou sur le travail de l'homme, c'est-à-dire consister dans la corvée. Aussi le don volontaire, la corvée, la dîme, le tribut, l'entretien personnel pendant le service militaire, telles sont, dans l'Europe orientale, à quelques exceptions près, les seules formes de l'impôt jusqu'au xive siècle. Sans doute, il existait dans l'intérieur des villes, comme Novgorod-la-Grande en Russie, Hambourg en Allemagne, dans les places de commerce faisant partie de la Hanse, des ressources fiscales importantes ; mais la Hanse, bien qu'ayant étendu le réseau de ses associations dans l'Europe orientale, était essentiellement germanique. En dehors d'elle, les villes étaient, du xie au xiv*^ siècle, fort rares et fort peu importantes dans l'Europe orientale. La vie économique des populations consistait à cultiver le sol et surtout à exploiter le bétail, la chasse, la pèche, les forêts. Elles étaient partagées en deux classes, les paysans libres ou propriétaires non nobles, et les serfs. On peut comparer la condition des paysans libres à celle des Miltel freien, halb freien allemands (1). Ils étaient tenus au service militaire et à des redevances en nature sur les récoltes. Quant aux serfs, leur condition devait être à peu pr.'s la même, plutôt plus dure qu'adoucie, que celle des Hœrigen on Gundholden germains. « Us rendaient à leurs maîtres, dit Montesquieu,

(.1) Voir plus haut, p. 450.

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