OCCUPATION DE LU RUSSIE
ces princes et le cierge' n'ont jamais oublié leur devoir national et c'est à eux que les Russes doivent, en partie, d'avoir brisé le joug qui les accablait.
Le Khan de la Horde d'or pouvait, du bas Volga, entretenir des rapports faciles, par la Caspienne, avec l'Asie centrale, et par les steppes de la mer Noire, avec le Danube. A côté de la Horde d'or se trouvaient d'autres hordes, c'est-à-dire des Confédérations avec un Ordou, notamment la grande Horde, la petite Horde et diverses autres hordes qui devaient avoir de l'importance, d'après le nombre de familles qu'elles ont fait entrer dans la noblesse russe.
Karamsin a évalué à 600,000 combattants, soit à près de 3,000,000 (1), la population de ces hordes en 1240. C'est un chiffre qui paraît exagéré ; toutefois dans ces 600,000 combattants, il n'y avait que 160,000 Mongols; le reste formait un ramassis de tous les nomades de l'Asie centrale et de la Russie, compris dans la masse mongole en vertu de la loi d'entrafoement : Petchénègues, Coumans, Xogais, Kirghiz, Khazars et autres. Dès qu'il eut brisé toute résistance, Baty somma laroslaf, grand prince de Souzdalie (1238-1246), de comparaître à son Ordou. Il lui confirma son titre de grand prince et l'invita à se rendre à l'Ordou du grand Khan, chef suprême des Mongols, à Jymil, ou Syra-Ordou, près Karakorum, au Xord de la Mongolie, laroslaf dut faire le voyage. 1\ fut agréé par Oghodaï, fils de Tchinghiz Khan, et obtint les bases d'un arrangement. Épuisé de fatigue et de douleur, il mourut au retour. On peut résumer, à peu près dans les termes suivants (2), les conditions de l'arrangement, d'après les renseignements fournis par Karamsin : 1" les Russes, ne furent pas dépossédés de leurs terres, comme l'avaient été les Slaves de Hongrie et les Bretons ; 2" les grands princes de Souzdalie durent, de temps en temps, faire acte de vassalité, soit auprès du Khan de Saraï, soit auprès du grand Khan; 3" tous les princes russes furent tenus de soumettre leurs
(1) Histoire de Russie, t. IV, chap. i.
(2) Rambaud, Histoire de Tlu^sle, p. 138. — Karamsin, lfi<liiiiT ib' l(iu<xir, tonio V, paj-'f 400 et suivantes.
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différends à l'arbitrage du Khan de Saraï; ils devaient, à chaque changement, recevoir l'investiture; ils ne pouvaient entreprendre aucune guerre sans autorisation; 4° ils devaient fournir un contingent militaire et servir eux-mêmes ; oo il était dû, par tous les Russes, un tribut dont les divers chefs des principautés étaient responsables. On avait d'abord pensé que ce tribut consistait dans une capitation. « On ne sait pas au juste, dit Karamsin, i> la valeur du tribut; mais il est de fait qu'en J38-i chaque >' village était imposé à 12zolotniks d'argent; on comptait deux n à trois maisons par village (1) ». C'était une capitation. Mais dans un autre passage, Karamsin ajoute : u Tout laboureur '< devait une grivna par soc de charrue, de même que les ou- (^ vriers, forgerons, pêcheurs, détaillants. Cette grivna équivalait (^ à deuxzolotniks (2) ». Le laboureur qui ne payait pas devenait esclave et pouvait être vendu.
Mais les charges imposées aux grands princes de Souzdalie furent beaucoup plus nombreuses et beaucoup plus dures. M. Schiemann a donné sur ceschargesdes renseignements (3) plus explicites et plus complets. Sous le nom de tribut, en général, étaient compris des impôts différents : i" la dîme sur tous les revenus sans exception, conformément à la tradition de l'Orient; c'est l'impôt que l'on a dû confondre avec la capitation; 2t) un impôt spécial sur les charrues, d'après l'usage de la Russie et de l'Europe orientale; 3" une tax-e de consommation sur les marchandises acquittée au moyen d'un timbre (tanga); 4o des droits de douane, de poste, de transport ; S" des corvées pour l'entretien des ponts ; et 6° de nombreuses fournitures en nature, indispensables, comme le remarque M. Schiemann, à un peuple nomade et guerrier
Les villes étaient soumises à des taxations spéciales qu'elles devaient payer en or.
L'ensemble devait être accablant. Les détails que l'on trouve
(1) Histoire de Iluasie, 5' volume, p. 402.
(2) 12 zolotniks d'argent formeat le 8" d'une livre. La caj)i:ati()n était donc tri's lourde. Dans ce texte Karamsin emploie le mot grivna dans le sens général lie taxation, capitation.
(3) Rusnla>i.(l, Polcn und Livlaïuï, 1885, collectinn i>nc!<e!i.
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dans le voyage de Du Plan du Carpin laissent une impression plus saisissante à cet égard que les faits rapportés par Karamsin. En ge'ne'ral, les Russes s'etTorcent d'amoindrir les maux dont ils ont alors tant souffert et qui, en re'alité, leur ont tant proflté. A l'époque du voyage et des arrangements de laroslaf (1246-1247), les Mongols étaient encore dans leur période conquérante et terrifiante. Le tableau, tracé par Du Plan du Carpin (1), de leurs cruautés et de leurs exigences, est effrayant. Les Mongols n'étaient pas encore convertis au Mahométisme qui les a adoucis; en général, ils levaient la dîme sur les choses et sur les personnes. Sur dix hommes, ils en prenaient un, de même sur dix femmes ; hommes et femmes devenaient esclaves. Ils n'acceptaient pas les pauvres. Ils ne prenaient que des couples. En outre, des levées d'hommes et de femmes, ils imposaient à tout individu, laissé en liberté, un tribut personnel, payable en peaux d'ours, de renard, de martre. Toute personne, qui n'acquittait pas le tribut, devenait esclave. Ils avaient des agents spéciaux dits Baschaks pour contn'tler et lever le tribut. Sans fidélité dans leurs paroles, ils modifiaient sans cesse les conditions. Ils traitaient durement leurs esclaves et dans les combats, ils les plaçaient au premier rang, pour recevoir les premiers efforts de l'ennemi.
Les arrangements faits avec Oghodaï furent en réalité, un grand bienfait pour les Russes, au milieu de temps si malheureux. Ils étaient tout autrement humains que ceux accordés aux
(1) Itinéraire ilu voyage de Du Plan du Cai-pin, Mémoires de la Société île (jéoorapUie, tome lV,chap. vu; qiioiiiodo faciunt cum lioiuinibus paceui : ut deni (lecimumie omnibus, tani homiiiibus quam de rébus.
On trouve dans lu même vulume la relation du voyage du cordelier Q. de Itubruk, envoyé île siiiut Louis. Du Plan du Carpiu et Q. ile lUibruk furent rcsiis, le iiremior par Ogliodaï et le second par Man!,'on, l'un et l'autre grands Kaans des Mongols, à la Syra-Onlou, pri-s Karacorum, dans le Nord de la Mongolie. Du Plan du Cari)in raconte '(. «lu'il vit affluer plus do 4.000 rois, ambassadeurs, députés, de nombreux peuples, apportant des présents, des tributs consistant en or, argent, étoffes, animaux ». Il n'est rien resté de Karacorum dont l'emplacement a été retrouvé d'après les indications d'Abel de Rennisat ; c'était un campement de nomades sur la rivière l'Orkhon, affinent de la Sélenga, qui se jette dans l'Amour. Le nomade ne laisse rien après lui. Q. de Itubruk, de même que Du Plan du Carpin, fut roi,-u par lîaty à sou ()rdou de .Saraï sur le Volga.
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vaincus par les Spartiates, par Alexandre, par Scipion ri-]miiien, par César et par Titus. Ce sont les progrès dus à rinfluence du Christianisme et du Mahométisme qui nous font paraître si dures les exigences des Huns, des Northmen ou des Mongols; mais le massacre de 300 citoyens de Platée au temps de Périclès, dont Thucydide a donné le célèbre récit, la destruction complète de Thèbes par Alexandre, du vivant d'Aristote, de Carthage par Scipion l'Emilien, sous les yeux de Polybe , de Jérusalem par Titus, du vivant de Tacite , avec mise à mort ou en vente publique de tous les habitants (vieillards, enfants, femmes, adultes), les 130,000 Gaulois auxquels César, collègue de Cicéron, fait couper les mains, égalent ou dépassent, en cruauté calculée, les conditions d'Oghodaï.
Selon l'usage des Orientaux nomades, les Khans alTermèrent d'abord ces divers impôts, sauf probablement les corvées, les fournitures, à des marchands de Khiva qui les percevaient, avec une rigueur effroyable. De nombreuses et terribles révoltes éclatèrent. Les Khans affermèrent alors les impôts au grand prince de Moscou. Celui-ci, ainsi responsable desimpùts dus par les autres princes, ne put que trouver des avantages dans cette lourde charge. « Les grands princes de Moscou devinrent ainsi « les fermiers généraux des envahisseurs. Ce fut l'origine de " leurs richesses et de leur puissance (1) ». Ils furent non seulement pour leur principauté, mais pour les autres principautés, les intermédiaires entre la Piussie et les Mongols. Ils représentèrent bientôt, pour les populations encore si diverses, la Russie entière dont Moscou devint le centre. D'ailleurs, les Khans avaient de nombreux agents spéciaux qui procédaient régulièrement, décurions, centurions, Temniks, au recensement des populations et de leurs biens. Les Khans n'acceptaient pas les kounis de peaux ou de cuir; ils exigeaient de l'argent avec des peaux de martres et d'écureuils dans une certaine proportion.
Les Khans, ayant adopté une politique de bonne entente avec l'Kglise orthodoxe, exemptèrent ses biens, ses églises, ses mo-
(1) lUmbaiul. /fi.«i!(i)r rte 7î((<st', p.igc 141.