G98 ÉLÉMENTS DE LA SZLACHTA
aux divers intérêts sociaux, une race d'iiommes supérieure, un isolement géographique donnant des garanties efficaces contre l'immixtion et l'intervention des autres peuples, ont procuré des compensations sérieuses qui ont manqué à la Pologne, à tel point que la Szlachta elle-même est tombée à l'état de démocratie misérable, et par suite anarchique (1). « Si on cherche à décom- « poser la Szlachta (corps entier de la noblesse militaire), on « trouve qu'elle se compose : 1° de 4 ou o grandes familles; « 2° d'une douzaine de familles un peu moins puissantes, issues de « dignitaires royaux ; 3° de 200 ou 300 familles ayant des terres « assez étendues ; 4° de 2.000 ou de 3.000 autres, réduites au « plus à un village ou deux; 5° d'une véritable plèbe nobiliaire, « comprenant environ 1.300.000 têtes, et que les Allemands <( désignent sous le sobriquet de Schollen Adel (noblesse de « glèbe) car souvent une motte de terre fait toute la richesse du
<i Szlacherie Au contraire, le domaine des Radzivill (issus
« des Jagellons) s'étendait de la Baltique aux Karpathes
« Presque aussi riches étaient les Branicki, qui possédaient 15 « villes, 11 châteaux et 2 millions de revenus; puis les Wa- « leski, les Jablonowski, les Lubomirski, les Potocki. Le comte « Potocki entretenait une petite armée : fantassins, dragons, « hulans, kosaks (2) ».
Le fait le plus important dans ces détails sur la composition de la Szlachta, c'est l'énorme chiiïre de la plèbe, qui est la véritable Szlachta. Les autres nobles forment les Pan et leurs familles. On est évidemment en présence d'une Confédération,
(1) II n'y a pas eu en Euroiie de noblesse plus misérable, plus difficile à manier et plus besogneuse que le Szlachta. Par contre, les Pan ou haute noblesse vivaient dans le même luxe que celui de la cour des Kaans de Mongolie, qui a tant enchanté Marco Polo. « Dan;, l'intérieur de leurs habitations, les murailles et les meubles étaient couverts de riches tapis ; les s^alous étaient ornés de magnifiques horloges, des chefs-d'œtuTe des artistes <lu temps. Dans nue vaste salle (château de Zamosc) se trouvait un Bacchus en or, de la grandeur d'un liomme, assis sur un tonnnau d'argent et autour de la salle d'autres tonneaux aux cercles d'argent, tous remplis de vin. L'argencerie des tables, les pierreries, les vêtements prouvaient l'opulence des familles. Un train nombreux et des équipages superbes de voitures, de carosses, de chevaux en laisse, de chariots chargés, suivaient les seigneurs, lorsqu'ils se mettaient en route (Lelevel, 4" volume page 16^).
(2) Lavisse et Rambaud, Histoire t/énérale, tome VII, pages 458-460.