INSTABILITÉ DU GOUVERNEMENT ET DES INSTITUTIONS. 7U
« ment, l'avenir de la Pologne est flxé. Sans frontières, sans « bourgeoisie, sans constitution, sans traditions politiques, elle (( aura de grands souverains, des siècles de gloire, mais elle ne « s'élèvera jamais à l'intelligence de ses véritables destinées (i) ». En effet, relevée pendant quelque temps sous les Boleslas II, III, IV, la Pologne retombe en plein désarroi à la mort de Boleslas IV qui partage, comme Clovis, son royaume entre ses quatre entants. Nouvelle phase d'anarchie. « Comme l'unité n'était pas « fort ancienne et que les anciennes différences des tribus « étaient loin d'avoir disparu, les querelles des princes prirent un u caractère politique et ethnique, et en devinrent plus longues et « plus graves ». Aussi, dès 1180, avant l'avènement de Philippe- Auguste en France, le synode ou diète de Leczyca élit le nouveau Roi, le principe du choix se manifeste, s'exerce, entre en fonction. (( La monarchie avait vécu. Il y a encore pendant un siècle une « race polonaise; il n'y a plus en réalité de Pologne. La Silésie, (f la Mazovie, la Cujavie, la Poméranie, la grande et la petite Port logne ont chacune leur histoire particulière, leur dynastie, leur « développement spécial. Les différences primitives s'accentuent. K Dans cliacune de ces provinces les mêmes règles de succes- « sion au trône entraînent des compétitions acharnées, des ré- « voltes, des subdivisions nouvelles, des remaniementsincessants << de territoires et comme un perpétuel flottement de la matière « politique (2) ». Aussi M. E. Reclus a-t-il pu dire, en examinant les causes réelles de la disparition de la Pologne, comme nationalité indépendante, « le plus grand désavantage de la Pologne « n'était pas l'absence des limites naturelles à l'Orient et à l'Oc- (( cident, c'était le manque de cohésion entre les habitants (3) ». Ce manque de cohésion est propre h tous les Slaves, même aux Russes, selon la remarque de M. de Haxthausen. En Pologne, il n'a été combattu par aucune influence supérieure, telle que
(1) Lavisse et Rambaïul, Hlit. fjénérale, tome 2'', p. 766.
(2) Lavisse et Rambaud, ibùïem, 2' vol., ji. 770-771.
(3) L'Europe Scandinace et liiisse, p. 390. Nous ne partageons pas l'oiilnion de M. E. Reclus, mais nous la citons comme preuve «le l'importance de l'anarchie politi(|ue en PiAogne, anarchie cooinnine à tous Ion ICtais, empires, peuples nomades ou semi-nomades.
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celle des Mongols pour la Russie et des Turcs Ottomans pour les Tchèques, Hongrois, Serbes, Croates, Bulgares, Bosniaques. Il n'a pas permis à la nationalité de se constituer, de vivre, de persister. De même que la Pologne n'a pas eu de droit spécialement polonais, elle n'a eu une langue à elle qu'à la veille d'expirer; elle s'est stérilise'e dans le latin {{), langue de l'Église et des classes supérieures. Dans un milieu, de tout temps, parlementaire et de vie politique en public, on n'a admis, que trop tard, la langue de tous, la langue de la nation. La Pologne, race slave, ne pouvait trouver dans le latin, ni dans le droit romain les instruments de son développement normal ; ce qui vit ne peut avoir sa subsistance dans ce qui est mort. Elle n'a donc eu ni langue, ni droit, ni gouvernement, ni finances, ni impôts permanents, réguliers, stables.
Les historiens ont divisé (2) en diverses périodes, la vie politique de la Pologne; premiers temps ou légendaires 660-992, époque de fondation 992-1139, période d'anarchie 1139-1332, époque prospère 1333-1589. Décadence depuis 1589. Néanmoins, ces diverses périodes ont un caractère commun. Signalé avec raison par Salvandy (3), c'est l'intermittence, l'instabilité en tout, la périodicité de l'anarchie. Le seul fait permanent consiste dans le développement de l'influence de la classe militaire et nobiliaire qui, après avoir, en quelque sorte, monopolisé la propriété du sol, absorbe peu à peu le gouvernement lui-même, sans parvenir à donner à cette absorption une forme régulière. Cette intermittence, cette instabilité sont le résultat de l'intervention directe et personnelle de chaque membre de la classe militaire et nobiliaire dans le gouvernement. Ce fait caractérise les institutions de la Pologne. Il provient, sans aucun doute, des traditions de l'existence nomade des Slaves. Telles Ammien Marcellin a décril(4j les assemblées générales des peuples nomades au iv" siècle.
( 1) C'est la division adoptée par Lelevel.
(2) Lavisse et Rambaud, Hist. ijé.nérale, 5" vol., p. 721, 3'' vol., p. 757.
(3) Salvandy, ibidem, p. 42-43.
(4) Et deliberatione super rébus proposita seriis, hoc hal)itu orancs ineommun;i consultant, aguntur autem nulla severitate regali, sed tuniiiltuurio optimatum ductu contenti, perrunipunt quidquid incident. Livre XXXI, ii" l.