PROJETS DE PARTAGE DE LA POLOGNE
rum veto s'était produit à la diète de 1652 (1). Wladislas Sicinski, nonce d'Oupila, gouvernement de Kowno, en fut le promoteur. Il s'agissait d'une affaire de détail. On était d'accord. Sicinski refusa son adhésion et quitta la salle de réunion. Comme la nécessité de l'unanimité était entrée dans les mœurs, le droit de veto y entra aussi. Le fait en lui-même est intéressant; mais ce qui l'est bien davantage, c'est que ce fait ait cadré avec les conceptions politiques d'une classe militaire, qui gouvernait la Pologne depuis 300 ans. Ce n'est que lorsque la Russie et la Prusse eurent usé du liberum veto comme instrument de conquête, que les Polonais songèrent à l'abolir, mais ce serait une erreur de croire qu'il ail tout détruit. Quand la Szlachla polonaise donnait cette preuve décisive de son individualisme anarchique, de son orgueil, de son imprévoyance politique^ la Russie, la Suède, la Prusse, les Kozaks, les Turcs, menaçaient la Pologne de toutes parts et, sans la main de Richelieu, de Mazarin et de Louis XIV, ils l'auraient partagée plus d'un siècle avant Frédéric II. Dès 1661, impuissant à dompter une noblesse anarchique, mais représentant les idées et les traditions politiques des Slaves, Jean Casimir quittait librement le pouvoir et venait demander asile à la France. Ses dernières paroles ont été réalisées à la lettre. Il les adressa à la diète de Varsovie tenue le 6 juin. « Puissé-je me tromper dans mes prédictions, mais les plus « grands maux menacent la patrie. A moins d'une élection anti- « cipée de mon successeur, la République pourrait tomber en « dissolution. La Russie (Ruthènie) et la Lithuanie accepteront « pour maître le Moscovite dont elles parlent en majorité la lan- « gue et pratiquent la religion; la Prusse et la grande Pologne « subiront le Brandebourg; enfin la maison d'Autriche, bien '< qu'avec des intentions loyales, au milieu de cette disso- <' lution , ne manquera pas de s'arrondir de la petite Polo- .. gne (2).
(1) Salviindy, ibidem, p. 19L — Lelevel, 4« ,voL, p. 427. — LaAnsse et Rambaud, ibidem, 3" vdl., p. 771, 4« voL, 629-635, 5" vol., 717, 6' Vdl., 631. Le llbcruni veto s'introduisit môme dans les diétincs. Dite, 633.
(2) Jam vero isia mala imminent patrlir ; Moscluira, unius linguaj et majori parte rcligionis, doniinum seciuerptnr Riissia et Lithuania. Brandeburgicum