DESTINÉE DE L.\ POLOGNE
L'opinion des quelques hommes prévoyants, qui assistaient à ces derniers temps d'indépendance de la Pologne, était de s'accorder avec l'Autriche. Cet accord a permis à la Bohême et à la Hongrie de subsister. D'autres institutions auraient-elles donné à la Pologne les ^forces nécessaires pour se maintenir entre la Russie, au levant, l'Allemagne, au couchant, l'Autriche et les Turcs, au midi"? On doit en douter. On pourrait établir de curieuses comparaisons entre l'abaissement de la Royauté en Pologne et son abaissement, à peu près à la même époque, en Angleterre. Mais l'Angleterre a pu fonder une monarchie républicaine et un immense empire colonial, grâce à sa situation géographique. Placée entre deux races d'une vitalité exceptionnelle, la Pologne, républicaine nobiliaire, avec monopole de la terre, devait fatalement être absorbée. Elle aurait pu certainement se mieux défendre avec une monarchie héréditaire, même féodale, mais représentant tous les intérêts sociaux; néanmoins, il faut bien reconnaître qu'elle n'aurait jamais pu faire face aux divers groupes qui l'enserraient. La discorde politique, résultat de la race, n'a été pour elle que l'occasion qui a précipité la ruine; cette ruine était fatale; le territoire ne comportait pas une nationalité indépendante.
Aussi ne faut-il pas accabler cette noblesse, celte Szlachta, qui a été si héroïque, qui a lulté avec un courage indomptable contre les Mongols et les Turcs, qui a sauvé Vienne avant de mourir, qui a jeté tant d'éclat sur TEurope orientale, et qui, par l'exemple de ses fautes et de ses malheurs, a fourni à tous les peuples, surtout aux peuples démocratiques républicains, des leçons qu'ils ne doivent pas oublier. La passion d'une égalité chimérique et l'orgueil individualiste sont contraires aux conditions d'existence des nations, surtout avec la forme républicaine.
La noblesse polonaise a précédé, sous divers rapports, l'Europe continentale, en laissant de cùté la Russie, dans la pratique du gouvernement représentatif. Les séries de diètes, superposées les unes aux autres, ont formé une sorte de premier
Vicina Major Polonla et Prussia ; Austriaca donius, Jicet rectissimas olat intentiones, tameii in publica regni ilireptionc, a Miunri Polonia sibi non ilecerit. Lavisse et ïlambaud, 6"= vol., p. 637.