‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 165 sur 228 · CONDITIONS ÉCONOMIQLES DE LA. BULGARIE · texte numérisé non relu

CONDITIONS ÉCONOMIQLES DE LA. BULGARIE

Boris et Siméon. Siméon exerça, dans la péninsule des Balkans, une influence analogue à celle de Douchan au xix'^ siècle, mais peut-être plus e'phe'mère encore (1). A la fin du xii^ siècle, les Bulgares se relevèrent avec le concours des VlaJis. Le 7 novembre 1204, un légat d'Innocent III couronnait dans Tirnovo , ville actuelle importante de la Bulgarie, Johannitsa, comme roi des Vlaks, des Bulgares. L'indépendance de la Bulgarie s'est prolongée jusqu'à la mort de Douchan. Elle disparut pour longtemps, comme celle de la Serbie, dès l'arrivée des Turcs-Ottomans à la fin du xiv-' siècle (2).

La Bulgarie fut complètement assimilée par les Turcs. Ils y importèrent leurs institutions fiscales et foncières, tout en respectant les associations d'exploitation du sol, à titre de garantie pour la culture, la fixité des populations et l'acquit des impôts. Comme la Bulgarie avait réalisé au xiv^ siècle moins de progrès que la Serbie et les autres États balkaniques et que les Bulgares étaient, au fond, de même race que les Turcs, qu'ils en avaient la solidité et la résignation, le régime turc ou musulman fut supporté par eux avec plus de facilité, quoiqu'avec une sourde résistance qui n'a jamais fléchi. Par suite de cette assimilation, les renseignements sur les impôts de l'ancien royaume de Bulgarie font presqu'entièrement défaut. On sait seulement que la dîme, payable en nature, était l'impôt principal. De même que pour la Serbie, les produits des domaines étaient la ressource principale du Roi. « Quand on étudie, écrivait, il y a lo ans, <( E. de Laveleye, la condition économique de la Bulgarie, on est « frappé de voir combien elle ressemble à celle de l'Europe en- « tière à l'époque de Charlemagne. A défaut de communications « faciles, la production de tout ce que l'on consomme se fait « sur place, au sein de chaque village et même de chaque fa- « mille; chacune de celles-ci récolte ce qu'il lui faut pour subsister « et fabriquer ses vêlements, ses ustensiles, ses instruments « aratoires. Peu d'échanges et de division du travail. Dans la « villa de Charlemagne, on tissait aussi le lin récolté et la laine

(1) Lavisse et Uambaud, Histoire générale, 1" vol., p. 734.

(2) Lavisse et Rambaud, Histoire générale, t. II, p. 839.

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« des moutons, et ce petit groupe se suffisait lui-même. Les « femmes bulgares font des broderies ravissantes. Rien ne se « fait pour la vente (l) ». Dès lors l'impôt ne peut être qu'un prélèvement en nature.

M. Louis Le'ger donne un renseignement plus caractéristique encore pour l'impôt. « Dans certains villages de la Bulgarie, les « comptes de la commune sont encore tenus sur des bâtons ou « tailles dont les encoches indiquent les impôts de l'État et de (( la commune. Le grand livre est un bâton plus long que les « autres. Tout ce matériel est déposé chez le Kmet ou maire du « village... A Dolin Passarel, village de 750 habitants, les ar- « chives de la commune consistaient en 250 perches pour les « contribuables et 4 pour la commune. Le maire savait par cœur « à qui appartenait chaque bfiton, chaque habitant de son côté, <( reconnaissait sans hésiter le signe gravé à l'extrémité de sa « taille sous forme de raies entre-croisées ; ces tailles sont carrées. « D'un côté, on inscrit ce que le paysan doit, de l'autre ce qu'il « a payé (2) ».

Les Bulgares vivaient encore au xiv" siècle à l'état pastoral, au milieu d'immenses troupeaux de bœufs et de porcs qui, plus d'une fois, donnèrent lieu à des difficultés avec les agents du fisc byzantin. Ceux qui cultivaient le sol, étaient soumis à des corvées au profit des seigneurs ou grands propriétaires. Lors de la conquête turque, seigneurs et propriétaires se firent musulmans pour conserver leurs biens. Le fait a été général dans la péninsule balkanique, aussi lorsqu'après la guerre de 1878, la Bulgarie est devenue indépendante, les grands propriétaires musulmans ont quitté la Bulgarie et vendu leurs terres à leurs anciens corvéables. De là, la démocratie rurale actuelle de la Bulgarie. Les choses se sont passées différemment en Rouma-

(1) Les BalHans, vol. 2% p. 118, 120. — M. E. de Laveleye fait un tableau très intéressant des zadrugas bulgares, tout en se trompant sur leur origine. Le contraste entre la Bulgarie qu'il dépeint et celle, dont Blanqui a laissé le tableau, est des plus curieux. C'est la civilisation chrétienne et la civilisation mu-, sulmane en présence. — Le sédentaire et le nomade.

(2) Dans Uusses et Slaves, première série, p. 195, même contraste entre Chrétiens et Turcs.

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nie. M. de Laveleye a vu dans cette démocratie rurale un fait ethnique. C'est, au contraire, un fait de religion, u La consti- « tution des Bulgares était très aristocratique; la majorité des « paysans avait été réduite en servitude (l) ». La servitude rurale dans l'Europe orientale, c'est le travail corvéable. L'esclavage n'existait que pour le service domestique. Le régime social de la Bulgarie était à peu près le même que celui de la Serbie, mais le régime fiscal devait être plus simple encore.

§ 7. La Roumanie.

La Roumanie n'est pas un nom nouveau, bien que la Roumanie soit un Etat nouveau. Douchan portait le titre de Tsar de Romanie (2). La Romanie, au xive siècle, était, comme aujourd'hui, la partie de l'ancienne Dacie,audelà du Danube, entre les Karpathes, les Alpes transylvaniennes, le Pruth et la Mer Noire.

Dans le partage des provinces de l'Empire romain, entre les fils de Théodose , la Dacie fut comprise dans le lot d'Arcadius et de l'Empire d'Orient. Les empereurs de Constantinople conservèrent la possession nominale de cette province jusqu'au Mii'^ siècle. Elle avait été accablée par les invasions. Les colons romains s'étaient retirés dans les montagnes et les forêts de la Transylvanie. Ils y assistèrent de loin, inconnus, au prodigieux défilé des Goths, des Huns, des Gépides, des Avars, des Lombards, des Bulgares, des Hongrois, des Petchénèques et des Coumans. Ces derniers, mêlés à des tribus slaves et aux débris de tous les nomades qui s'étaient succédé dans la plaine, ont formé une race mixte, les Vlaques , répandue dans toute la péninsule des Balkans, jusqu'en Albanie, et qui adonné son nom à la partie principale de la Roumanie.

Ce n'est guère qu'au milieu du xiii* siècle que les colons transylvains commencèrent ce qu'on a appelé la descente (des-

(1) Lavisse et Rambaud, Hist. génirale, t. I, p. 131, 2' vol. 829.

(i) Mêmes ouvrages que pour la Bulgarie. Vaillant, La Romanie, 1842, Ouvrage très complet. L'histoire de la Roumanio est d"un grand intérêt, les Roumains représentent dignement le grand peuple dont ils portent le nom. Leur avenir est certain. — Lavisse et Rambaud, Hiittolre (jcnérale, t. II, p. 830, t. III, tout le chap. xvil

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