LE PHANAR
Dès ia fin du xiv" siècle (1363), la Valachie fut envahie par les Turcs-Ottomans. Malgré une résistance héroïque sous Mircéa le Grand (1486-1311), elle dut accepter la condition de province tributaire. Après le règne d'Etienne le Grand, qui eut à faire face à la Hongrie, à la Pologne et aux Turcs (1 457-1 o04), la Moldavie devint également tributaire. Ces luttes eurent pour effet de modifier les institutions sociales et fiscales de la Roumanie. La population fut partagée en deux classes, la classe militaire et la classe rurale. Les terres, divisées en fermes ou métairies dont l'État conserva d'abord la propriété, furent cultivées par les paysans qui, libres ou asservis, devinrent tous, de même que dans toute l'Europe orientale, serfs de la glèbe à corvées. La jouissance des fermes leur fut réservée à charge de payer les dîmes, les redevances, les impôts (1), en nature. Quant à la propriété des fermes, elle fut attribuée aux grandes familles des Boyars qui formaient la cour militaire du Gospodar; ainsi se constitua f aristocratie territoriale qui possède le sol en Roumanie et qui, pendant longtemps, n'a supporté aucune charge directe. Il y eut dès lors, en Roumanie, deux sortes de populations, les paysans corvéables ou métayers asservis payant dîmes, redevances, impôts, sans avoir d'autre droit sur la terre que celui, résultant de la coatume, de l'exploiter, et une puissante aristocratie, autour du Gospodar. Cette aristocratie, reliée à de nombreuses familles de Constantinople , constitua le parti des Phunar. Le Phanar forme encore un quartier de Stamboul entre la Corne-d'Or et les vieilles fortifications. Le Phanar, intermédiaire entre la Turquie et la Roumanie, a servi de tampon entre les deux. Il a tempéré la servitude ottomane. Le paiement du tribut a préservé la Roumanie de l'occupation ottomane, service inestimable.
§ 8. L'Autriche.
L'Austro-Hongrie actuelle, Oesterreichs, avec ses 42 millions d'habitants, répandus sur un territoire de 602,000 kilomètres
(1) A'aiUant, La Roumanie, 1" vol., p. 185. Lavisse et Uambaïul, Hlst. généralr, cliap. XVI], t. III.
LA MAISOiN d'aUTRICHE. 737
carrés, est une vaste Confédération (1) formée par plusieurs races , parmi lesquelles dominent la race germanique et la race slave : 8 millions de Germains, contre 17 millions de Slaves (Tchèques, Polonais, Ruthènes, Slovaques, Serbes, Croates), auxquels viennent s'ajouter 5,500,000 Hongrois, 2,600,000 Roumains et 600,000 Italiotes.
On peut considérer le Noricum, comme le noyau primitif de cette Confédération, entre Tlnn, le Danube et les Alpes Carniques, ancien territoire des Quades et des Marcomans, qui a été successivement occupé par les Goths, les Vandales, les Huns, les Gépides, les Lombards, les Avars. Partagé au viii« siècle entre le duché de Bavière et les Avars, ce territoire fut incorporé dans l'empire de Charlemagne; puis il 6t partie de l'empire germanique, comme Marche de l'Est — Ostmark — qui forma un margraviat à la fin du ix*= siècle. Après divers changements dans des contrées où tout était encore mobile, limites et populations, le margraviat échut, à la fin du siècle suivant, à Léopold de Babenberg : Babenberg est un château seigneurial, qui a donné naissance à la ville de Bamberg. Ce château constitue le premier noyau, le nucleus de l'Osterreichs {in regione vulgari nomine Osterrichi) (2). Les empereurs allemands agrandirent peu à peu ce margraviat, notamment de la Styrie. « L'hérédité, conférée aux Margraves et plus tard aux Ducs, l'affaiblissement de l'autorité impériale eurent pour résultat de développer l'autorité des princes sur les pays qui leur étaient confiés. Les corporations religieuses ou laïques, les monastères, les villes, les bourgeoisies furent peu à peu soustraits à la dépendance de l'empire et placés sous celle des princes. C'est spécialement dans l'Allemagne du sud que se développe ce particularisme [local (3) ». A la fin du xii''
(1) « On ne trouve dans l'histoire de cet Etat complexe ni le iuiuineux développement d'une granile race comme en France ou en Allemagne, ni l'unité géographique comme en Italie, ni l'unité constante de volonté et d'aspiration comme la Suisse républicaine. L'Autriche n'a point de frontii'Te naturelle, point de configuration déterminée d'avance par des mers, des cours d'eau ou des montagnes ». L. Léger, Hist. de V Autriche- Honono, p. 3.
(2) L. Léger, Hixt. (VAutrichc-Houyri", \i. 125 : Cantu, Jlist. universelle, 12'" vol., p. 278.
(3) L. Léger, Ibiibin, p. 133.