LES TAXATIONS URBAINES EN ALLEMAGNE A'U MOYEN AGE
même origine et les mêmes caractères qu'en France, mais les droits féodaux étant inférieurs en Allemagne à leur ensemble en France, la dîme devait paraître plus lourde.
La plus grande différence entre les droits féodaux dans les deux pays tenait aux origines et au caractère de la féodalité même, aux droits de justice, de police, de monnaie, à la part du seigneur en France dans la puissance publique, part tout à fait moindre en Allemagne et qui disparut dès le xyi^ siècle. (1).
Néanmoins la puissance de la France sous Henri IV, sous Louis XIV et même jusqu'en 1789, sa population, sa richesse étaient tout autrement considérables, sans tenir compte de l'Autriche-Hongrie, que la puissance, la population et la richesse de l'Allemagne.
VIL Des villes allemandes et de leurs taxations au moyen âge. — Par un phénomène singuUer, qui a sa cause dans l'intensité du mouvement féodal en France, dans son caractère rural et agricole, les villes, qui avaient pris dans les Gaules, une importance réelle pendant la période romaine , ont , au contraire, eu un plus grand développement, durant le moyen âge, en Allemagne qu'en France. Depuis, elles sont restées plus nombreuses, plus peuplées. Du x'' au xv« siècle, cette supériorité de la vie urbaine en Allemagne est très accusée , comme le prouve le rôle historique de la Hanse dans le Nord et de beaucoup d'autres villes dans l'intérieur de l'Allemagne. Les villes allemandes, au moyen âge, relevaient de l'empereur, des évêques ou des grands feudataires. Elles échappèrent à la seigneurie moyenne. Par suite leur indépendance fut plus grande qu'en France, surtout que dans la France du Nord; elles n'ont pas été comprises, aussi étroitement qu'en France, dans la hiérarchie féodale, ni soumises à l'influence seigneuriale. Les droits de la haute bourgeoisie y ont été reconnus et acceptés plus tôt. Dans les villes impériales, plus importantes que les autres,
(1) Roscher est entré dans (luelques détails comparatifs sur les droits féodaux en Allemagne et en France. Écouomin rurale, 437-444. Consulter également Maurer. On est surpris quand on parcourt le livre de Maurer de constater combien devait être grande la différence des charges féodales en Allemagne et en France. Même impression dans les ouvrages de Lamprecht et d'Inama Stcrnegg.
460 ÉTAT GÉNÉRAL DE l'aLLEMAGNE.
les impôts ont été, de tout temps, mieux réglés qu'en France, Ils consistaient principalement dans une taxe proportionnelle (1), rarement supérieure à 2 p. 0/0, sur la valeur des immeubles [vermogens) et plus tard sur celui des meubles [beweglicher habe). L'impôt sur le revenu {einJiommen steuer) paraît avoir été plus rarement mis en pratique à cette époque, il aurait été de 10 p. 0/0 du revenu — taux fort élevé — si l'impôt avait été permanent. Les biens des personnes, appartenant à l'Église ou comprises dans la société féodale, étaient, en général, exempts. Jusqu'à la fin du xni'= siècle les empereurs sont intervenus dans les villes impériales pour le règlement des impôts. Les villes devaient également des contributions extraordinaires et certaines redevances spéciales qui étaient acquittées en nature. Dans les villes épiscopales ou seigneuriales, on peut même dire princières — les évèques et les princes (Fursten) exerçaient les mêmes droits que l'empereur — mais il ne semble pas que les diverses redevances dites corvées, banalités, prestations aient jamais été aussi multipliées et aussi rigoureuses qu'en France. Dès le moyen âge, l'impôt direct domine en Allemagne, même dans les villes; l'impôt indirect n'y est qu'accessoire; il n'en était pas de même en France.
VIII. État général de l'Allemagne. — Malgré les taxations qui étaient assez nombreuses dans les villes allemandes au moyen âge, il semble que les charges qu'elles supportaient n'équivalaient pas à celles, de toute espèce, auxquelles avaient à faire face les villes françaises, à la même époque. Il en était de même pour les diverses parties de l'Allemagne. Aussi M. Jansen a-t-il pu dresser un tableau, en quelque sorte enchanteur, de l'état économique de l'Allemagne à la fin du moyen âge. Il est à peu près certain que cet état, sur divers rapports, a dû être meilleur que celui de la France, désolée par les ravages de la guerre de Cent ans. Il faut cependant distinguer entre les moments. De même que, du x^ au xi" siècle, la condition de l'Allemagne a été supérieure à celle de la France, de même la France des
(1) Karl Zeumer, Die dcutschen SUidtestcuern im 12 und 13. Yahriiindert, 1878, Leipzig, p. 89 et 91.