‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 178 sur 228 · INVASIONS DES MONGOLS · texte numérisé non relu

INVASIONS DES MONGOLS

femmes et leurs enfants les suivaient, mais les femmes étaient armées, cuirassées comme les hommes, montaient à cheval et combattaient; on les élevait de bonne heure au maniement des armesfl). Elles étaient une force de plus dans les armées. Les tribus étaient, de même qu'aujourd'hui, organisées militairement par pelotons de 10, compagnies de 100, régiments de 1,000 et divisions de 10,000 hommes. L'obéissance était absolue. Ces armées de cavalerie ne connaissaient pas d'obstacles. Les expéditions avaient lieu surtout en automne, parce que les chevaux avaient plus de vigueur (2). Les hommes campaient en cercle, autour de leurs chefs, dans le voisinage de l'ennemi; une petite hutte, une outre pour le lait et une marmite composaient tout leur bagage. Ils emmenaient en campagne une partie de leurs trou- . peaux qui fournissaient à leur subsistance. Ils traversaient les rivières assis sur des sacs de cuir remplis de leurs effets, et attachés à la queue des chevaux. Comme non seulement ils n'étaient pas payés, pendant les premiers temps, mais qu'ils devaient, au contraire, à leurs chefs, aux Xoyans, une contribution , la guerre pour eux était une véritable entreprise de commerce. De même que pour les pirates du Nord, les Danes, les Northmen, ils trouvaient leur proQt dans le butin et le pillage. La guerre était donc inexorable. Leurs expéditions n'avaient pas pour but de s'emparer du sol, des habitations, du gouvernement, mais des richesses, surtout des hommes, femmes et enfants qu'ils vendaient aux grands seigneurs de Venise et de Gènes. Ils cherchaient

a) Mulieres eorum omnes operaiitur, femoralibus utuntur ; siout viri sagittant. Plan (îu Carpin, p. 617.

(2) Comme ils ne recevaient 2ms €e solde, ils aimaient la guerre qui leur promettait du butin ; ils transportaient sur des bœufs leurs tentes, leurs familles, et regardaient comme leur patrie tous les lieux qui offraient ii leurs troupeaux d'abondants pâturages. En temps de paix, ils s'occupaient de chasse ; mais à la vue de l'ennemi, une innombrable multitude de ces barbares, semblable aux flots de la mer, s'élançait rapidement pour l'entourer de toutes parts ; ils l'accablaient d'une nuée de flèches: pour ménager les hommes ils évitaient la mêlée et tâchaient de cerner leurs adversaires ; ni les Khans, ni les principaux chefs ne prenaient part il l'action ; ils se tenaient derrière l'armée, donnaient des ordres au moyen de différents signaux et ne rougissaient pas de partager la fuite de leurs troupes. Les flèches des Mongols étaient longues et acérées ; ils portaient d'énormes cimeterres, des piques garnies de crochets et des boucliers faits de branches de saule ou d'osier. Karamsin, n'istoire de Jltissie, 5* vol., p. 19.

l'empire des mongols. 751

avant tout, à épouvanter les populations de manière à les priver de leurs moyens (1) de défense, pour les exploiter sans limites et sans merci. Leur méthode d'attaquer, leurs habitudes militaires, leurs procédés de gouvernement ont été tout autrement accablants que ceux des Arabes, qui représentaient un grand mouvement religieux et qui, sous plusieurs rapports, ont fait faire à la civilisation de véritables progrès. Par suite, l'exploitation fiscale, poussée à la dernière violence, avec des contrôles, des agents, recenêements, cadastres incessants, en dehors des pillages, des incendies, destructions, massacres à fond, avec une perfidie et une indifférence, auxquelles les Arabes et les Turcs mêmes sont rarement arrivés, est le véritable caractère des Mongols, aussi bien à l'époque de Tchinghiz-Khan qu'à l'époque des Tartares de Tamerlan. Ils ont été pour l'humanité un abominable fléau. On comprend que saint Louis ait hésité à s'entendre avec de pareils alliés, malgré les louanges que leur prodigue Marco Polo. Mais comme les Vénitiens étaient les vendeurs des esclaves faits par les Mongols , Marco Polo ne pouvait se montrer plus difficile que son temps. Mahomet valait encore mieux.

L'étendue de l'empire Mongol était plus vaste que celle de l'empire des Tsars actuels, puisque pendant une certaine période, sous Khoubilai, la plus grande partie de la Chine, de ITndo- Chine, les deux Turkestans, l'Inde jusqu'au Gange, toute la région du Caucase, la Perse, l'Asie Mineure y étaient comprises, ainsi que toute la Sibérie et la Russie jusqu'au Dnieper.

§ 2. Consistance de l'Empire. — Tribus. — États tributaires. — Gouvernement.

Le territoire sur lequel ont été peu à peu agglomérées les forces militaires des Mongols est, avant tout, la contrée qui porte

(1) DOhsson, ibidem, 1" vol., p. 12, 388 ; Léon Cahun, ibidem, p. 223, 224, M. Léon Cahun, Insiste sur le génie militaire fie Tchinghiz-Khan, les progrès qu'il fit faire à l'armement, nouimnient à la balistique. Il est probable que les succvs des Mongols sont dus prineiiialcment à leur mépris «le la nioru et l'i leur innombrable cavalerie, car dés ([u'ils rencontrèrent une résistance sérieuse, ils furent dlsperp(J<N II faut les comparer aux Parthcs.

752 CONSTITUTIOX DE l'eMPIRE.

encore le nom de Mongolie, au nord du désert de Gobi, et au sud du lac Baïkal, entre la Selenga et l'Amour. Aussi le premier grand quartier ge'néral , Ordou , a-t-il été Karacorum entre les monts Altaï et Yablounoï. C'est là que Du Plan du Carpin, de Hubruck, Marco Polo (1) se sont rendus; c'est là que se trouvait la Syra-Ordou, ou tente dore'e du grand Kaan. Tribus Mantchoues venant du Levant, tribus Mongoles venant du Midi, tribus Turques, Kirghizes, Kalmoukes, venant de l'Occident avaient là leur base de concentration. L'œuvre principale de Témoudjine, ou Tchinghiz-Khan a été de l'opérer. Dans l'assemblée générale (1206) qui acclama Témoudjine pour son grand Khan, le seigneur absolu, figuraient 19 peuples Turcs ou Toungouzes et 26 tribus Mongoles (2), réparties en plusieurs Confédérations dont les principales étaient les Chakkars, les Chalkhas, les Khoshotes, les Kéraits et Torguls, les Choros, les Buriats (3). Ces tributs et Confédérations ont été l'élément primitif de l'empire des Mongols. C'est avec elles que Tchinghiz- Khan s'empara du Turkestan chinois, puis de la Transoxiane, aujourd'hui Turkestan russe. Tchinghiz-Khan et ses fils purent alors entreprendre les conquêtes de la Chine et de l'Indo-Chine à l'Est, de l'Inde au Sud, de l'Asie-Mineure, de la Perse et de la Russie au Levant. Leur empire entier était constitué en 1258, lors de la prise de Bagdad par Houlagou. Il a eu, dans toute son étendue, une durée de cent ans à peu près, car en 1368 les Mongols étaient expulsés de la Chine. Et bientôt les Chinois, franchissant la grande muraille, mettaient pour longtemps la

(1) Le livre de Marco Polo, édité par G. Pautliier, 2 vol. 1889. Les voyages de Rubruk et Du Plan du Carpin ont été publiés dans le 4^ volume des Mé- Tuoires de la Société de géograx>Me.

(2) Pour déplus amples détails sur les tribus diverses agglomérées par Tcbinghlz-Khan, consulter principalement les Eoworth, History of Mongols, 2 vol. avec une très belle carte, 1876. EnciicJopedia Britannica, article Mongols, Tartars, Jenghiz-Khan. — D'Oiisson, HK des Mongols, 4 vol., livre fondamental, et l'ouvrage de M. Léon Cahun, déjà cité, liv. III, p. 198-229 ; peut-être la tournure fantaisiste des descriptions amoindrit-elle la précision des faits. Il est essentiel de comparer les détails contenus dans ces ouvrages avec ceux des vojageurs contemporains, notamment Prjévalski, le père Hue, Younghusbaud et Piassetsky.

(3) Ces tribus subsistent encore ainsi que les 139 bannières des tribus propremeut mongoles. Prjévalski, La Mongolie, 1872.

Page 1