ÉTATS TRIBUTAIRES
Mongols ne se sont emparés du sol. De même, nulle pari, ils n'oat menacé les religions. Nomades temporaires, e'phémères, les résultats financiers, immédiats de leurs raids, le butin, le pillage, le tribut, l'impùt, leur ont suffi. Leur domination a eu, par suite, un caractère essentiellement fiscal. Ils ont consommé une masse immense de capitaux, sans rien laisser après eux que des ruines : pas un monument, pas une route, pas une œuvre quelconque. De même origine que les Huns, que les Avars, que les Petchénègues, mais tout autrement formidables par leur nombre et l'habileté de leurs chefs, ils ont procédé comme eux : mêmes dévastations, mêmes massacres, même indifférence à toute culture scientifique ou morale, même exploitation sans limite et sans merci du sédentaire, même étalage d'un luxe de rapine, mêmes moyens d'influence, mêmes apparences d'un gouvernement régulier avec un fonds inépuisable d'avidité et de cruauté. De tous ces traits qui ont caractérisé l'empire des Mongols, le plus spécial est demeuré la fiscalité. Non seulement les États tributaires devaient payer le tribut ponctuellement sous peine des répressions les plus atroces, mais les Mongols s'étaient réservé une partie des impôts mêmes ; ils en avaient même établi de particuliers à leur profit, surtout en Chine. Sans se déclarer propriétaires du sol, comme avaient fait les Hongrois, ils avaient mis la main sur les revenus d'un grand nombre de domaines privés ou publics. Ils entretenaient partout des agents fiscaux spéciaux et toute une bureaucratie fort exigeante. Enfin, ils s'immiscèrent même dans le système monétaire de plusieurs Etats, notamment de la Chine, qu'ils ruinèrent au moyen d'un papier-monnaie désastreux. Ce sont ces excès fiscaux et financiers qui provoquèrent le soulèvement de la Chine, l'expulsion des Mongols et les longues guerres, à la suite desquelles la Chine dispersa leurs tribus, s'empara de leurs villes temporaires et leur imposa une domination qui dure encore.
A partir de Tchinghiz-Khan, l'empire des Mongols fut soumis à plusieurs partages provenant des droits des enfants de chaque grand Khan, des diverses nécessités du gouvernement d'un empire si colossal, et des différences entre les races qui y étaient comprises. Mais les diverses parties de l'empire ont été rattachées
PARTAGES DE l'eMPIRE. T&D
les unes aux autres par des liens assez forts jusqu'à l'expulsion des Mongols (1) de la Chine. Et le caractère du gouvernement géne'ral, tout en s'adoucissant avec un homme supérieur comme Khoubilaï, l'ami et le protecteur de Marco Polo, est resté le même. On en a la preuve dans le gouvernement de Timour.
Ces partages donnèrent lieu aux plus grandes difficultés, dès la mort de Tchinghiz-Khan. Ils comptent parmi les causes les plus actives de dissolution de son empire. Sous Oghodaï, Kujuk, Mangou et Khoubilaï, l'unité de l'empire fut maintenue, malgré la division de l'empire entre quatre grandes parties; mais après Khoubilaï, l'unité disparut et une décadence d'une rapidité extrême commença, tant à raison des intérêts différents des diverses parties de l'einpire et des dissensions de famille que de l'affaiblissement et de la dispersion des tribus. Le fait politique le plus curieux de la période du maintien de l'empire, période comprenant tout le xiii*' siècle, c'est la nature du gouvernement général de l'empire. Ce gouvernement conserve le caractère des grandes Confédérations nomades. Absolu dans son exercice, le pouvoir demeure électif dans sa transmission, bien que cette transmission eutlieu dans la seule famille de Tchinghiz- Khan. Chaque décès du grand Khan est suivi d'une convocation de tous les membres de la famille, comme de tous les chefs principaux de tribus ou Confédérations qui proclament Théritier principal et l'intronisent au milieu de cérémonies et de fêtes qui ne sont pas sans rapport avec les élections des rois de Pologne, et de tous les grands chefs nomades. C'est dans ces conditions que Du Plan Du Carpin a assisté à l'élection ou intronisation de Kuyuk (2), sur le camp du Drap d"or.
§ 3. Impôts.
T. Impôts payés par les tribus et Confédérations. — La première ressource du gouvernement des grands Khans consistait dans les impôts à la charge des tribus et Confédérations, com-
(1) D'Ohsson, 1" volume, exposition.
(2) Léon Cahun, ib'ulan, p. 3S0-381 a tracé un récit animé de cette élection.