IMPÔTS ET CHARGES DES TRIBUS CONFÉDÉRÉES
prises dans l'association même des Mongols. Ces tribus et Confédérations étaient tenues, comme toutes les tribus et Confédérations nomades, à diverses contributions, particulièrement sur le bétail. C'est un fait d'ordre général qui a encore actuellement lieu entre les tribus mongoles existantes et leur suzerain, l'empereur de la Chine, (c Vaincu, fugitif, Tchinghiz-Khan, par- « tout où il passait, parlait en maître, exigeait ses droits réga- <c liens, l'impôt en nature, la dîme sur les quatre espèces, che- « vaux, chameaux, boeufs, moutons, la conscription individuelle c( d'un homme par famille pour les nationaux et le contingent « de cent hommes par cent familles pour les alliés (1) ». Il s'élève ici une autre question. Le service militaire, obligatoire pour tous, comprenait-il l'entretien de l'homme et sa solde? Les explications nouvelles, données par M. Léon Cahun sur l'organisation militaire des bandes mongoles tendraient à contredire le texte ci-dessus de Karamsin : « Comme les Mongols ne rece- « valent pas de solde, ils aimaient la guerre qui leur permettait « le butin. — Ils transportaient, sur des bœufs, leurs tentes et « leurs familles et regardaient comme leur patrie les lieux qui « offraient à leur troupeaux d'abondants pâturages (2) ». Cette description a été empruntée par Karamsin à Du Plan Du Carpin, qui a visité lui-même les tribus mongoles en 1246.
A ces expéditions de nomades, qui rappellent celles même des Arabes, M. Léon Cahun substitue des raids de 25,000 cavaliers (Bataille de la Kalka par exemple) (3). Un de ces raids, après avoir traversé la Transoxiane, le Caucase, les steppes de la mer Noire et les forêts de la Russie, tout en transportant vivres et machines, serait arrivé en assez bon état pour écraser les Russes dans la journée de la Kalka. Quand on se rappelle que, sur une magnifique armée de 400,000 hommes, à peine un tiers, avec Napoléon comme chef, est parvenu jusqu'à Moscou, on estobligé de s'en tenir au témoignage de Du Plan Du Carpin. Les Mongols
(1) Léou Cahun, ibidem, p. 533.
(2) Histoire de Russie, t. V, p. 221.
(3) D'Olisson, ibidem, 1" vol., p. 290. Lùon Cahun, ram6ne aussi, dans une proportion extraordinaire, l'armée d'invasion de 1336 à cent mille hommes de troupes régulii'res.
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avaient à s'entretenir eux-mêmes et le pillage les indemnisait. C'était là la règle, et c'était encore à peu près la règle pour une grande partie de l'Europe. Aussi, est-ce dans les conditions du service militaire qu'il faut chercher la cause de l'effondrement, si complet et si rapide, de l'empire des Mongols. Là où les tribus ont pu s'établir, comme en Russie, dans les steppes de la Caspienne, sur les rives du Volga dont les pâturages entretenaient leur bétail, elles ont séjourné et donné une certaine stabilité à leur domination. Partout ailleurs, elles ont disparu.
Non seulement les Mongols devaient le service obligatoire gratuit et à leurs frais, mais ils avaient encore à payer aux chefs de leur tribu particulière, une contribution annuelle qui consistait en chevaux, tètes de gros bétail, pièces de feutre et autres articles. « Quoiqu'appelé à la guerre, le guerrier n'était pas « exempt des charges pubUques. Sa femme ou toute autre per- « sonne, qu'il avait laissée dans son habitation, devait rendre « à sa place, les services auxquels il était tenu (1) ».
II. Impôts payés par les États tributaires. — En relations anciennes, nombreuses avec la Chine, les Mongols ont beaucoup emprunté aux institutions fiscales de l'Empire chinois. C'est un fait que les missionnaires français, les érudits français, Renaudot, A. de Rémusat, de Guignes, d'Ohsson avaient déjà relevé et que M. Léon Cahun a mis tout à fait en relief. Au surplus, en Perse, à Samarkande et dans l'empire arabe, les Mongols ont également rencontré une fiscalité différente de celle pratiquée à Karakorum. Ils étaient, d'ailleurs, assouplis à l'impôt et même au papier-monnaie, quand ils furent appelés par le génie de Tchinghiz-Khan et la supériorité de son milieu, à une fortune aussi extraordinaire.
D'une manière générale les Mongols exigeaient des Etats qu'ils avaient soumis à leur domination : 1° un tribut comme preuve, non pas d'humiliation, tel que Mahomet l'avait institué, mais d'obéissance; ce tribut était rigoureusement réclamé; 2° le paiement de certains impôts spéciaux, soit existants avant eux, soit institués par eux, lorsqu'ils n'avaient pas remplacé le gou-
(1> D'Ohsson, ibidem, V vol., p. 390.
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vernement vaincu ou tous les impôts existants, sans compter les nouveaux, lorsqu'ils l'avaient remplacé. Dans tous les cas, ils avaient de très nombreux agents de perception et de contrôle; ils procédaient souvent à des recensements, ils levaient des cadastres. Il leur arrivait même de donner les impôts à ferme. Bien dés fois le grand Khan, voulant récompenser un de ses généraux ou faire sa fortune, lui abandonnait tel impôt ou le lui affermait. 11 n'y avait rien de fixe ni dans le tribut, ni dans les impôts, ni dans leur taux. Tout dépendait de la volonté soit du grand Khan, soit des Khans locaux. Presque partout les prêtres des diverses religions et leurs biens étaient exempts de taxes, ainsi que leurs édifices religieux et les écoles.' Moyennant l'exécution des arrangements fiscaux et financiers, les tributaires obtenaient la paix dont parle de Rubruk. 11 est certain que l'indifférence religieuse des Mongols, leurs bonnes relations avec les chrétiens, principalement les Nestoriens qu'ils rencontrèrent en Chine, ont donné à leurs exigences, à leurs massacres un caractère différent des exigences et des massacres des Musulmans. Ils ne recherchaient que l'argent. La foi ne les intéressait pas.
« En devenant le vassal des Mongols, un prince s'engage à « leur livrer des otages, à leur faire connaître le nombre de ses « sujets, à recevoir dans ses provinces des gouverneurs monte gols, à payer un tribut considérable, qui consiste habituelle- « ment dans la dixième partie des productions du pays, y compris « les hommes, évalués comme un bétail. Le sort d'un peuple, « dont la soumission avait été paisible n'était guère plus heureux « que celui d'un pays conquis. Sa ruine s'accomplissait seulece ment avec plus de lenteur (1). »
§ 4. Les impôts en Chine au xiv- siècle.
La conquête de la Chine par les tribus mongoles, turques et mandchoues, au xiii'' siècle, a été due principalement à la crise
(1) D'Ohsson, ibiOern, 1" vol., p. 394. Voir plus haut, p. 671, l'impôt en Russie sous les Mongols.
LES IMPÔTS EN CHIXE AU Xlir" SIÈCLE. 759
profonde , provoquée par les expérimentations socialistes du ministre Wang-ngan-ché sous le règne de l'empereur Chen- Tsoung (i]. Les Mongols trouvèrent la Chine complètement désorganisée , morcelée , mais encore riche. Ils l'exploitèrent d'autant mieux que, au service de l'empire depuis de longues années, ils là connaissaient entièrement.
Le chapitre cm des voyages Marco Polo est intitulé : Ci devise de la grant rente que le grand Kaan a chascun an, de la cité noble de Quintay (Hang-Tchéou-Fou) et de ses appartenances. Ce revenu, indiqué en tommans d'or (2), a été évalué par M. E. Pautl-ier, éditeur des voyages, à 90 millions de francs, soit pour Hang-Tchéou-Fou, soit pour la province du K\vang-Si. A cette occasion M. E. Pauthier a extrait des documents officiels chinois, pour la période de 1270 à 1330, des renseignements fort importants sur les impôts en Chine pendant cette époque. Ils avaient été réorganisés et considérablement augmentés par les Mongols. Ils se divisaient en : 1° impôts directs; 2° impôts indirects; 3» impôts extraordinaires.
I. Les impôts directs consistaient dans : 1° l'impôt foncier et l'impôt sur la culture des terres et des mûriers; ils se payaient en nature et représentaient 4,237,250 francs; 2° l'impôt sur le sel, procuisant oO, 400, 000 francs; 3° l'impôt sur le thé, représentant 1,800,000 francs en 1281 et 21,690,825 francs en 1320; 4° l'impôt sur les boissons (le vin), représentant 14,749,240 francs : !e tout pour le Kwang-Si; 5" venaient ensuite diverses taxes : sur les transports par eaux, sur les marchés, sur et pour les examens, pour secours, pour pharmacies, greniers publics, retenues de traitements, dons manuels, enfin les droits de douanes. La quantité de terres imposées était de 11 millions d'hectares avec une population de 11,603,281 chefs de familles, et de 63,654,337 autres personnes. L'impôt pour les frais d'examen avait produit 5, 859,450 francs en 1265.
n) Père Hue, L'empire chinois, 2« vol., p. 70.
(2) Le livre tie Marco Polo, ibidem, p. 609. Le tomman, mot mongol-tiirc, était un poids (l'or équivalant à "0,000 saies. Le saie est la forme primitive du seguin (Saggioitallen).Le seguin valait à peu prés 9 francs. Un tomman valait donc 630,000 francs. Le tomman est actuellement une pièce de monnaie d'or persane de la valeur de 10 francs. Comparer, Gaubll, hist. de Gentdiiscan, 1739, p. 53.