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CHAPITRE XII

SYNTHÈSE DE l'hISTOIRE DE l'iMPÔT AU MOYEN AGE DU ye A LA FIN DU Xlv'' SIÈCLE.

Durant tout le Moyen âge une profonde ligne de démarcation se maintient entre les deux parties de l'Empire romain, l'Empire d'Orient et l'Empire d'Occident.

I. L'empire d'Orient conserve, sinon dans tous leurs détails du moins dans leur ensemble, les grandes institutions fiscales de Dioclétien et de Constantin, successivement modifiées, appropriées aux circonstances nouvelles par Théodose II, Justinien et les Macédoniens. Malgré le développement d'une fiscalité excessive, malgré les invasions des Nomades du Nord et des Arabes, l'empire jouit d'une sorte de renaissance du ix"^ au xii"^ siècle. Il parvient à limiter les conquêtes des Arabes et à rejeter sur l'Occident la plupart des Nomades septentrionaux : Goths, Huns, Avars, Hongrois, Petchénègues, Coumans. Il résiste aux attaques des Slaves, il prend une part considérable dans la colonisation et la civilisation de la Russie.

II. De leur côté, les Arabes, dont la domination s'étend rapidement de Baik à Cordoue, avec Bagdad et le Caire pour centres principaux, maintiennent également, sauf les changements résultant de la conquête religieuse dont ils sont les instruments, les mêmes institutions. La capitatio terrena ou contribution foncière devient le Kharadj, taxe foncière, pour les terres tributaires, et le Zekkal ou la dîme pour les terres musulmanes; la capitatio humana se transforme dans le Djizijc, tribut personnel des non-musulmans. Ces taxes principales sont complétées par divers impôts généraux, directs ou indirects. L'effet des impôts arabes est de rendre aux institutions fiscales le caractère tributaire, traditionnel en Orient, que les réformes de Dioclétien et de Constantin, leur avaient enlevé. Il en résulte un très grand

774 l'empire byzantin et les arabes.

recul. L'impôt redevient ce qu'il a été à l'époque de la conquête romaine, sous les successeurs d'Alexandre, sous les Perses avec les monarchies d'Assyrie et de Clialdée.

Bien que sous les Khalifes, les impôts rappellent sans cesse aux populations chrétiennes leur état politique d'infériorité, elles trouvèrent des compensations dans l'adoucissement fiscal qui marqua et facilita beaucoup la conquête arabe et dans le fait important que l'impôt ne fut plus exporté, mais consommé au milieu d'elles. Aussi la propagation du Mahométisme en Orient et la conquête arabe ont été accompagnées d'un développement considérable de la prospérité et de la civilisation en Asie Mineure, en Kgypte, dans l'Afrique du nord et dans le midi de l'Espagne. C'est là que se trouvent les principales richesses au Moyen âge, signalées par les découvertes des sciences physiques et naturelles, les produits de l'industrie, l'extension du commerce avec l'Extrême-Orient, la circulation de l'or.

Ni les Croisades, qui se prolongent pendant près de trois siècles, ni les invasions des tribus turques, ni celles des Mongols et Tartares ne compromettent cette situation qui a persisté jusqu'au xvi^ siècle.

L'Inde et la Chine ont participé, à peu près jusqu'à la même époque, à celte prospérité.

in. Les destinées de l'empire d'Occident ont été bien différentes. Tandis que les éléments grecs de la civilisation romaine chrétienne déployaient des ressorts si puissants en Orient, les éléments romains de la civilisation latino-chrétienne subissaient un effondrement total. La raison principale de cette différence doit être recherchée dans les conditions des populations. Depuis longtemps, elles étaient la plupart', sédentaires dans l'empire d'Orient, notamment en Asie Mineure, en Syrie, en Arménie, en Egypte; en Occident, elles ne l'étaient réellement qu'en Italie, qu'en Espagne et dans le midi des Gaules. Tout le surplus de l'Europe constituait une vaste série de marais, de forêts, de landes où circulaient sans cesse des tribus demi ou complètement nomades. De la Loire au Rhin les cultures étaient des plus rares; — audelàdu Rhin, il n'en existait plus (1). Aussi les peuples no-

(1) La riche et plantureuse ter de Flandre, aujourd'hui le Jardin de l'Eu-

l'empire d'occident et les lnvasiûns. 775

mades, mis en mouvement le long des frontières de la Chine, vers le second siècle avant l'ère chrétienne, n'éprouvèrent aucune difficulté pour pénétrer dans l'Europe orientale et centrale ; ils n'eurent qu'à suivre, par étapes, la grande plaine du Nord. Ils arrivèrent ainsi jusqu'au Rhin et jusqu'au Danubeoùilss' arrêtèrent, tant que les empereurs d'Occident purent leur payer la solde ou le tribut d'attente ou que de nouveaux flots d'arrivants ne les contraignirent pas à passer outre. Aussitôt que le Rhin et le Danube furent franchis, l'empire d'Occident s'écroula jpour toujours. Les régions qui le composaient se partagèrent en deux grandes zùnes — la première — Italie, Espagne , midi des Gaules — comprenait la partie de l'empire d'Occident tout à fait romanisée — la seconde — Centre et Nord des Gaules, Grande-Bretagne, Germanie — comprenait la partie de l'empire d'Occident incomplètement romanisée. Les différences entre ces deux zones ne tenaient pas seulement au degré d'influence de la civilisation romaine, mais encore à la condition demi-nomade des populations et à l'état de culture des territoires, formés de forêts, de landes et de marais. Autant la seconde zone convenait aux nouveaux afflux de nomades, Germains, Scandinaves, Slaves, autant ces nouveaux afflux convenaient peu à la première, surtout à l'Italie, la région de l'Europe la plus anciennement civilisée.

IV. L'œuvre du Moyen âge, du ve à la fin du xiv" siècle, a consisté, d'abord pour l'Europe qui appartenait presqu'en entier, à l'empire d'Occident, à fixer les populations nouvelles {sur les territoires où elles s'étaient établies, à occuper, défricher, exploiter ces territoires. C'est donc une œuvre de civilisation et de colonisation ; cette œuvre se personnifie en quelque sorte dans la grande physionomie de Charlemagne. Charlemagne est bien plus un colonisateur qu'un conquérant.

D'autant plus que la fixation des tribus nomades, germaniques ou autres, sur les territoires compris dans les limites de

rope, n'était, iiour ainsi diru, qu'une st-ule rmût, remplie de l(iiiUri<^res et de Ijétea fauves, que les chroniqueurs du Moyen âge apiielaicnt la forêt sans mUéricorde, Les plaines basses qui se mirent dans les eaux de l'Escaut et de la Meuse étaient occu}iées par la Mencede dont le nom signifie la forêt ténébreuse. G. Kurth : Clo- Vls, 1896, p. 5-6.

776 LA COLONISATION DE l'eL'ROPE AU MOYEN AGE.

l'Empire romain d'occident, et la mise en culture de ces territoires, n'ont été que la moindre partie de l'œuvre qui est incombe'e au Moyen âge en Europe. Derrière ces tribus et ces territoires, se trouvait l'immense plaine du Nord, ainsi que les contrées diverses qui en dépendent au Midi, du Rhin au Vol^^a et à l'Oural, du Danube à la Baltique.

La première partie de cette œuvre, la fixation, la civilisation des peuples demi-nomades et la colonisation de leurs territoires. Gaules, Grande-Bretage, Germanie, a été faite sous le régime féodal; la seconde partie, la fixation, la civilisation des tribus nomades et la colonisation de leurs territoires. — Germanie depuis l'Elbe, Europe septentrionale et orientale, Russie, provinces Danubiennes, — a été faite sous le régime seigneurial ou allodial.

V. Pendant que cette œuvre suit son cours, l'Italie élimine peu à peu tout élément germanique; elle échappe définitivement à l'influence de l'empire d'Orient; elle prépare sa brillante éclosion de la Renaissance, sa troisième et sa plus belle civilisation. Elle devient le centre de l'art, de la richesse et le foyer affectionné par tous les genres, tous les systèmes et les expériences d'impôts, telle que nous allons le constater au xve siècle, telle que Montesquieu la retrouvera au xviii^ Les forces actives de l'Espagne sont absorbées par sa lutte terrible de 700 ans contre les Arabes et le Mahométisme. Les destinées de la Gaule du midi se confondent peu à peu avec celles des Gaules du centre et du nord.

VL L'Europe féodale ne comprend réellement que les Gaules et ses annexes ou dépendances, l'Allemagne occidentale, la Grande-Bretagne; l'Italie et l'Espagne du nord, n'y ont qu'une place secondaire. En Italie, l'élément germanique n'a eu qu'une influence politique; il a été éliminé peu à peu, il n'a pu changer les très anciennes traditions de la civilisation de l'Italie; de même en Espagne, la lutte entre les Arabes a tout dominé, l'élément celtibère a laissé peu de place à l'élément germain. Il n'en a pas été de même dans les Gaules. Là, de même que dans l'Allemagne occidentale, les deux éléments romain et germanique se sont rencontrés, tantôt juxtaposés, tantôt assimilés. Le régime féodal a été le résultat de leur rencontre. Les Gaules,

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