TRAITÉS DE LA COLONISATION
qui ont tout renouvelé, se sont complètement me'pris sur le véritable caractère de l'époque féodale dans l'Europe occidentale. Les guerres privées, les Croisades, les tournois, les scènes de ▼iolence, la vie de château, leur ont fait perdre de vue la fonction rurale, agricole, sociale de la seigneurie, du seigneur, des fiefs, des tenures roturières et serviles, ils ont imaginé que forêts, marais, landes avaient été occupés, défrichés, exploités par les serfs ou parles moines seuls, et que les barons ne s'occupaient que de guerres ou de plaisirs. Malgré la masse de documents détruits par le temps ou par la Révolution, il nous est resté assez de chartes pour établir combien longue, pénible et coûteuse avait été l'œuvre de mettre le territoire des Gaules en valeur, La part principale dans cette oeuvre appartient à l'époque féodale, qui demeurera la véritable époque de la colonisation de notre territoire et de toute l'Europe occidentale, sauf l'Italie, et l'Espagne.
Nous avons mentionné plus haut les chartes ou traités de colonisation de la maison de Coucy, l'une des maisons féodales les plus anciennes de la France. Ces chartes s'espacent du xri® au xvii* siècle. Beaucoup de chartes ne sont que des traités de colonisation. D'autres étaient des traités de protection, contre espèces, même de l'or. Bien des feudistes ont vu dans ces chartes des actes d'oppression.
Les feudistes n'ont pas été mieux inspirés quant à l'interprétation des formes diverses des tenures, qui toutes, n'étaient que des modes variés de concessions de la propriété foncière se rattachant étroitement aux traités de colonisation. Baux à cens, champarts, bordelages, baux à rente foncière, locatairies perpétuelles correspondaient aux contrats divers auxquels, dans des parties différentes du territoire, donnaient lieu les concessions. Ils avaient tous l'avantage de reconnaître un droit réel aux concessionnaires ; ce sont ces droits qui n'ont que bien rarement été accordés ou maintenus aux tenanciers, kmets et autres dans l'Europe orientale. A cet égard, toute comparaison est impossible entre la situation que le régime féodal garantissait aux cultivateurs et celle qu'ils pouvaient obtenir ou conserver dans l'Europe orientale.