CARACTÈRE URBAIN DE LA CIVILISATION ITALIENNE
est-on insuffisamment renseigné sur les impôts qui se sont confondus longtemps avec les droits seigneuriaux et féodaux. Ils paraissent avoir principalement consisté dans : !<> la dîme, qui, avec de nombreux domaines, servait à entretenir l'Eglise, nulle part aussi puissante qu'en Italie, à cette époque; 2° les redevances en nature des seigneuries, représentant la moitié du produit brut des métairies, forme traditionnelle de l'exploitation rurale en Italie, appropriée au climat, au sol, à la population; 3° la rente et même le cens en argent (i) dans les domaines concédés à des tenanciers d'un rang plus élevé dits arimanii, allodiarii, masnadiani{2), les uns soumis au service personnel militaire, les autres exempts; 4» les tailles, du moins dans le Piémont et la Savoie; 5° certaines banalités, plus restreintes qu'en France; 6° certains droits dits Laudimia ou lods et ventes, dus pour transmission de diverses tenures , notamment l'emphytéose(3) ; 7° des Subsidia extraordinaires, sorte de tailles, qui étaient réclamés , de temps à autre, au Nord par les empereurs allemands et au Sud par les princes normands, en laissant de côté la période byzantine du Midi de l'Italie, durant laquelle les impôts byzantins durent être perçus (4); S» des taxes de consommation sur les marchés et dans les villes (5), taxes acquittées par tous les consommateurs. L'Église et les diverses parties de la noblesse étaient, en principe, exemptes d'impôts; mais, de bonne heure, les villes contraignirent les nobles à les payer, d'abord dans l'enceinte urbaine même, puis dans l'étendue du territoire politique. La tendance générale en Italie fut que toutes les classes sociales devaient l'impôt; plus tard à Florence cette tendance conduisit à l'impôt progressif.
Cette influence urbaine devint rapidement prépondérante par le fait même de l'ancienneté de la civilisation en Italie. Il n'en était pas de même dans une grande partie des Gaules, en Allemagne et en Angleterre. Aussi, pas plus au point de vue réel-
Ci) Garsonnet, riAdem, p. 46G.
(2) Garsonnet, Ibidem, p. 508.
(3) Donlol, La Révolution et Ta féodalité, p. 123, 127.
(4) Sclopis, Ibidem, p. 234, 235.
(5) Sclopis, Ibidem, p. 235.
468 LA FÉODALITÉ ET LES DROITS FÉODAUi EN ESPAGNE.
lement fiscal qu'au point de vue féodal il n'y a d'assimilation à faire. En Italie la propriété foncière était de date trop ancienne pour exercer le même pouvoir politique que dans le Nord de l'Europe. M. Secrétan incline à admettre que les propriétaires de seigneuries ou de fiefs ont eu quelques droits de justice, mais il reconnaît en même temps que cette justice n'a pas eu d'importance.
Au fond, la civilisation de l'Italie est essentiellement urbaine, urbaine avec Rome, encore urbaine aujourd'hui, et cependant jamais aussi urbaine qu'au moyen âge ; le mouvement féodal est, au contraire, essentiellement agricole, rural ; c'est dans les grandes cités républicaines que l'impôt a été réellement organisé aux xiv*^ et xv^ siècles, quant à l'Italie.
§ 5. De la féodalité et des droits féodaux en Espagne.
I. Notions générales. — Les conditions économiques et histoques de l'Espagne se rapprochent de celles de la France, sans être pourtant les mêmes entièrement; elles se différencient beaucoup de celles de l'Italie, de l'Angleterre; on peut les résumer par les traits suivants : i° l'Espagne est tout autrement un pays latin que les Gaules ; elle a été à peu près complètement romanisée; 2° à l'époque romaine, la mise en culture du sol, beaucoup moins riche et fertile que celui des Gaules, a eu plus d'étendue; la richesse y était plus grande, les villes plus nombreuses, la civilisation plus développée, plus générale ; 3" l'Espagne a subi deux invasions importantes, mais qui n'ont, ni l'une ni l'autre, arrêté ses progrès économiques, peut-être même les ont-elles favorisés, les Wisigoths et les Arabes; 4o les Wisigoths ont été christianisés; ils ont doté l'Espagne d'une législation nouvelle qui a exercé une grande influence sur les destinées de l'Espagne; 5» l'invasion arabe, renouvelée, à diverses reprises, a été suivie d'une longue occupation d'une notable partie de l'Espagne, pendant 700 ans ; elle a eu une très grande importance, à un double point de vue, d'abord en introduisant en Espagne une race, une rehgion et une civilisation étrangères et profondément antipathiques aux populations de l'Espagne — malgré la supério-