LA CIVILISATION ESPAGNOLE AU MOYEN AGE
rite économique et intellectuelle que les Arabes ont longtemps conservée — ensuite, en provoquant une lutte implacable qui a duré jusqu'à l'expulsion totale des Arabes et des juifs qui les avaient accompagnés; 6° cette lutte a eu deux résultats : constitution dans les parties montagneuses de l'Espagne, au delà de l'Ebre, de plusieurs foyers de résistance (Galice, Léon, Navarre, Aragon, Catalogne, Castille) où des dynasties locales représentent les intérêts nationaux et religieux, et division des populations en diverses catégories ou classes distinctes, probablement déjà établies sous les Romains et les Wisigoths, savoir : les propriétaires du sol, tous militaires, qui le défendent sous la direction de chaque dynastie locale, et les cultivateurs, tous serfs de la glèbe qui, par des redevances diverses, en nature ou en argent, entretiennent la classe militaire; plus le clergé, intimement uni à la classe militaire et ne faisant qu'un avec elle. A ces divers éléments politiques et sociaux il faut joindre les cités romaines qui se maintiennent et dans lesquelles se conservent fort longtemps, de même que dans le Midi de la France, les vestiges des institutions municipales romaines. La civilisation espagnole, comme toute la civilisation latine, est plus urbaine que rurale; elle l'est encore aujourd'hui, de même que celle de l'Italie.
IL Conditions des personnes et des terres. — De ces divers éléments est sorti un état de choses qui présentait de réelles analogies avec la société féodale française, mais qui en différait cependant à plusieurs égards. D'une manière générale, le système féodal a été bien moins complet en Espagne qu'en France, les droits politiques qui le caractérisent y ont eu moins d'extension. M. Secrétan a pu dire à propos de ces différences : «La féodalité commence là où la propriété foncière exerce les droits de l'État — elle finit là où elle ne les exerce plus (1). » — Le Code de las siete Partidas{2}, publié en 1236, par Alphonse X de Castille,est la plus grande preuve de l'importance de ces différences.
(1) Revue Historiqxie de droit français et étranger, 1862, p. G67.
(2) On trouve dans le 4« vol. de l'IJistoire d'Espagne de Roscw Saint-flilaire, une analyse suffisante du code si curieux d'Alphonse X.