LES ARABES
nisation de la tribu plus parfaite que celle des tribus nomades des Mongols ou des Turcs. Les belles tribus du Maroc, de l'Algérie, de l'Arabie, de la Perse possèdent encore cette organisation qui représente une des formes sociales les plus curieuses de la vie de l'humanité.
On évalue la population actuelle de l'Arabie de huit à neuf millions environ d'habitants dont un cinquième ou un sixième seraient nomades (1) ; mais les Arabes ont eu, de tout temps, un périmètre bien plus étendu. Ils ont composé une notable partie des populations de la Chaldée, de l'Assyrie, de la Babylonie, de la Mésopotamie, de la Syrie tout entière, y compris la Palestine et la Phénicie (2). Ils sont l'élément dominant du groupe primordial de Sem et ils ont une part dans le groupe de Cham. L'universalité et la priorité de fait de l'Arabe, dans toutes les langues de l'Asie mineure et même centrale, l'atteste. Il faut tenir grand compte de ces faits pour expliquer la prodigieuse rapidité avec laquelle l'Islam s'est répandu et son appropriation complète aux populations de l'Asie mineure.
Au surplus, les Arabes avaient eu, bien avant l'Empire romain, les relations les plus suivies (3) soit avec les Pharaons d'Egypte, soit avec les empires de Chaldée, d'Assyrie et de Babylone. De temps immémorial, sédentaires ou nomades, ils vivaient de la même manière, divisés en tribus, plus ou moins considérables, les unes sédentaires, les autres nomades (4). Quant à ces derniers, la trajectoire de leurs migrations, réglée par les saisons et les pâturages, ne dépassait guère, en réalité, le grand coude de
rioritô. «. C'est la plus uoble des races de la terre •» affirme Palgrave, !"■ vol., page 174. — Sans aller aussi loin, la race arabe sédentaire a précédé Persans, Grecs, Romains et l'Europe entière dans la civilisation. — V. Le Bon, Civilisation des Arabes, et Lenormant, 3« vol., liv. TU, § 6.
(1) Encuclopeûia hritantiica, tome II, au mot Arabia, et Palgrave, l"^"" vol., p. 35.
(2) Reclus, Afrique du nord, tome XI. — Daumas, plus haut cité. — Mercier, Hist. de l'Afrique septentrionale, 2" vol. — Caussin de Perceval, Les Arahes avant Mahomet.
(3) Lenormant, Ilndnn, 3' vol., 242. Aps Amalica, tribus sédentaires, et 1rs Arainéens, tribus nomades ; — Dict ionnn ire l 'i vicn de Sa int-Martin, au mot Arabie.
(4) Palgrave indi(iuo les principales tribus sédentaires, 1" vol., p. 400. — Burckhardt les principales tribus nomades, 3' vol., p. 1-50.
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l'Euphrate au nord et la bordure de l'Hedjaz au sud. Les nomades arabes étaient, par suite, des nomades réguliers. « Tels « ils étaient au temps où ^lahomet arracha les Arabes à l'idolâ- « trie, tels exactement tous les renseignements nous les mon- « trent aussi haut que l'on puisse remonter dans leur histoire, « tels même ils sont encore aujourd'hui (1). »
§ 2. VIslam.
Les Arabes n'ont pas eu d'influence immédiate sur la première dislocation de l'Empire romain au v^ siècle, mais ils ont exercé un rôle de premier ordre au vii^ siècle, en fondant, avec une rapidité foudroyante, un immense empire, qui s'est étendu de Bactres et de Samarcande au levant et au Portugal et à l'Océan au couchant. Il est donc d'un haut intérêt de connaître comment, réfractaires à l'imput, et demeurés tels depuis la chute de leur empire, ils ont organisé l'impôt.
A cet égard, il y a lieu de tenir compte de deux observations fondamentales :
1° Les tribus, qui ont pris la part principale à la conquête, ont été les tribus sédentaires de l'Hedjaz et du Yemen, celles que Mahomet a converties ou subjuguées, celles qui étaient appelées à la guerre, par lui ou parles Khalifes, à tour de rôle, et auxquelles une part spéciale était réservée dans le butin (2). Les véritables tribus Arabes nomades n'ont jamais partagé le fanatisme religieux des tribus sédentaires et n'ont guère adopté, que pour la forme, les idées et les pratiques religieuses de l'Islam (3). Leur passion pour l'indépendance et leurs habitudes séculaires, leur organisation ne convenaient nullement à l'œuvre de propagande armée et de conquête religieuse de l'Islam. Mahomet put donc, dans le Coran même, préparer les tribus sédentaires à une première application de l'impôt, destiné sous le nom de tribut
(1) F. Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient, 3< voL, p. 311.
(2) Noël (les Vergers, L'Arabie, p. 237. Règlement du butin.
(3) Palgrave, l"^' vol., p. 16, 37.
498 DOUBLE CARACTÈHE.
sacré (i), à l'entretien des pauvres, des veuves, des orphelins, des malades et des établissements religieux. Ce tribut est le Zekkat ou Sadacat, la d'une aiunonière . L'impôt revêtit ainsi un caractère religieux et charitable. La force motrice de l'Islam, c'est un mouvement religieux, une rénovation des idées morales des Arabes, mouvement qui a été d'une puissance extraordinaire et qui dure encore. Jamais l'Islam, comme reHgion, n'a eu une plus grande consistance qu'à la fin du xix^ siècle. Les nomades ou Bédouins auraient été absolument impropres à être l'instrument de la pensée de Mahomet.
2o Mais l'impulsion religieuse (2) aurait-elle suffi pour lancer et surtout pour entretenir le mouvement? Mahomet eut donc recours à un second levier, la soif du gain, des jouissances les plus matérielles, de la conquête, du pillage. Cette double impulsion a produit le plus dangereux fanatisme, en oifrant aux mêmes hommes le bonheur matériel immédiat et le bonheur futur (3),
(1) Lavisse, Hixt. gcn., tome I, p. 461. — « Tous les croj-auts (raoslemine) étaient . astreints îi prélever sur leurs biens une dîme, le Zekkat, ou part de Dieu que le prophète et ses représentants appliquaient au soulagement des pauvres et aux besoins de l'État, — ibidem, p. 447. — L'acceptation du Zekkat par les Arabes sédentaires a été l'une des grandes difficultés de Maliomet et des premiers Khalifes. Mahomet désigna des agents pour percevoir les dîmes. D'abord demandées à titre volontaire, elles devinrent bientôt obligatoires.
(2) Sur Mahomet ou Mohammed et le caractère religieux de son œuvre, Ih-e sa biographie par Aboul-Féda, traduite par Noél des Vergers, 1837. Quant aux armées musulmanes, consulter L'Arabie, par JI. Noi?l des Vergers, p. 156, 183.
(3) Le prophète promit ù, ses fidèles (combat de Bedr) que tous ceux qui mourraient ce jour-là d'une blessure reçue en face h-aient droit en paradis. « Quoi, s'écria un Jeune homme <iui se tenait près de lui en mangeant des dattes, il ne faut pour entrer dans le paradis que se faire tuer par ces gens-là ! » Il jette ses dattes, tire son sabre, se jette dans la mêlée et succombe. A ce combat les musulmans ne perdirent quù 14 morts. Les Koraichites, leurs adversaires, en perdirent 70, plus 70 prisonniers. Lavisse, Hist. (jén., p. 448, !=•' vol. L'armée arabe était toujours précédée d'une multitude d'espions et de missionnaires secrets pour menacer et préparer les esprits. Ces missiounah'es ne reculaient devant rien, ni les supplices, ni la mort. Ce caractère fanatique subsiste encore parmi les musulmans. Mohammed ne savait ni lire ni écrire, mais U eut l'éloquence puissante qui va au cœur des peuples et qui entraîne les foules. Lavisse, Ibidem, p. 455.
<t Xe dites pas que ceux qui sont dans la voie de Dieu sont des morts. Non, ils sont vivants ; mais vous ne les comprenez pas ; ceux qui combattent dans le sentier de Dieu, qu'ils triomphent ou (lu'ils succombent, obtiendront la plus belle récompense.
■• Les fidèles forment unj société d'amis; ils font fleurir la justice, proscrivent