L'BLE IMPULSION
celui-ci par un renouvellement moral très remarquable, celui-là par la guerre. Ainsi s'expliquent ces physionomies surprenantes des premiers Khalifes et de leurs premiers chefs militaires, un désintéressement absolu, une simplicité plus austère que celle de Socrate, un dévouement illimité, un courage indomptable fondé sur le mépris complet de la mort pour soi et pour les autres, en même temps qu'une soif inextinguible de conquête, de pillage, de destruction et de massacre. Néanmoins conquête, pillage, destruction et massacre des Arabes musulmans, n'ont jamais été aussi foudroyants que ceux des nomades du Xord, Huns, Hongrois, Mongols et Turcs. De même que le Coran a préparé les Arabes sédentaires au tribut sacré, il a prévu les conséquences de la conquête en posant, d'une manière générale, le principe pour les peuples vaincus du tribut perpétuel pour échapper à la mort (1). Ce tribut était double; il était dû à la fois par les biens, les terres et par les personnes. A l'origine, les terres des non-musulmans payaient seules le tribut KharadJ, mais toutes les terres, sauf certaines exceptions ci-après indiquées, furent plus tard reconnues sujettes à l'impôt, comme ayant toutes été conquises, qu'elles fussent possédées par des musulmans ou des non-musulmans (2).
l'iniquitL', sont assidus à la prière, paiont le tribut sacré, et obéissent à Dieu et à son apôtre. Ils obtiendront la miséricorde du Seigneur. Il leur destine des jardins arrosés par des fleuves; admis au sein des délices de l'Eden, ils jouiront éteraellement des grâces du Seigneur et de la suprême volupté. — Lavisse, ibidem, page 462. — Gibbon, t. x, chap. 50. — C'antu, Hist. luiii:, 8* vol., livre IX. Ce livre est l'un des meilleurs de ce grand ouvrage. — Islam, par Stobbart, et le Coran par Sir Muir, dans la collection ; Society for promotinfj Christian knoicledje.
(1) Voir dans Carette, L'Alf/érie {Univers pittores(iue), le règlement d'impôts fait par Benaurem pour la Tunisie, vers 700.
(2) Faites la guerre à ceux fnii ne croient pas eu Dieu, ([ui ne croient pas comme défendu ce que Dieu et son apôtre ont défendu, et ii ceux d'entre les hommes des Écritures qui ne professent pas la croyance de la vérité. Faites-leur la guerre jusqu'à ce qu'ils paient le tribut, tous sans e.\ceptioii et qu'ils soient humiliés. Lorsque vous rencontrez des infidèles, tuez-les, faites-en un grand carnage. — Le Coran Sura, IX, 1, 5, 29, 35.
Comparée à l'Evangile (Sermon sur la montagne), cette prescription étjiit un bien grand recul, mais en elle-même elle contenait néanmoins un certain adoucissement aux coutumes militaires des Grecs et des Romains. Mahomet était plus humain (lue César et que Moïse même. Le tribut valait mieu.x que le massacre ou «lue l'esclavage.
500 PRÉPARATION A l'iMPÔT,
C'est ainsi que le Coran et la conquête ont étendu la notion et la pratique de l'impôt chez les Arabes sédentaires, au double point de vue religieux et politique.
Au premier aspect, on est porté à considérer comme frappées, par un malheur effrayant, les populations, en partie christianisées, qui se sont trouvées tout à coup, en Syrie, en Egypte, en Afrique, en présence de l'Islam (1). Il y a certainement eu des scènes de pillages, de violences et de massacres atroces. Néanmoins, le caractère général de la conquête a été modéré. Les vaincus conservaient leurs biens, leur foi, leurs lois, leurs institutions particulières, sauf à payer la capitation, comme les Romains l'exigeaient, et le Kharadj, impôt foncier, c'est-à-dire les deux grands impôts établis par Dioclétien et Constantin en Orient et existant au moment de la conquête. Tous les autres impôts, à l'exception de quelques taxes domaniales, se trouvèrent abolies par le fait même de la disparition du fisc romain. Il y eut là un certain soulagement, énorme en Egypte. Ce soulagement explique la promptitude de la soumission des populations et la résignation des empereurs de Constantinople. La question religieuse mise à part, les populations de Syrie, d'Egypte et d'Afrique, étrangères par leur race et leurs véritables traditions aux civilisations grecque et romaine, se plièrent facilement à leurs nouveaux maîtres, qui se montraient moins exigeants que les agents du fisc byzantin. Le principe de l'immutabilité de l'impôt (2), étranger aux traditions grecques et romaines, prévalut, de bonne heure, chez les Arabes. Ce fut une sérieuse amélioration fiscale. Soixante-dix ans après la mort de Mahomet (632), cette organisation fiscale, était introduite chez tous les peuples compris dans l'empire Arabe. Elle ne modifia pas cependant les conditions sociales des Arabes. Ils de-
(1) Sprenger a fait toucher du doigt la vraie cause du succès de l'Islamisme. A l'époque où parut Mahomet, l'empire byzantin et celui des Perses s'effondraient d'eux-mêmes. Les Syriens chrétiens, opi)rimés par les Grecs, ne songèrent qu'à s'en affranchir (article de M. Guyard, JCncycl. ilrs scirnces rdii/ieuses, tome IX, p. 511).
(2) Môme i)our les luftilMes, les vaincus, l'impi'it ne peut être augmenté. — B'Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, tome V, p. 18. — Volney, 2'= vol., p. 375.