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LE RÉGIME SOCIAL MUSULMAN

meurèrent partagés en Arabes sédentaires et en Arabes nomades, ceux-ci vivant toujours en tribus, ceux-là formés aussi par tribus quand ils n'habitaient pas les villes. Les tribus sédentaires continuèrent à exercer une influence prépondérante, comme l'indiquent les mouvements des puissantes tribus des HilalienSj des Almoravides, des Almohadcs, des Mérinides, qui ont, pendant plus de trois siècles, essayé de maintenir les Arabes en Espagne. Toute l'Afrique du nord est encore, du Maroc au Nil, occupée par de nombreux Arabes, sédentaires ou nomades, ainsi que l'Arabie, la Syrie et la Mésopotamie. L'empire arabe a disparu, l'Islam disparaîtrait lui-même, que la tribu durerait encore, comme la forme organique de la vie sociale et politique des Arabes.

Il y a même, dans le Mahométisme, à côté du fatalisme religieux et de l'absolutisme imposé par Mahomet en faveur du prophète et de l'apôtre de Dieu, de l'oppression des vaincus et de l'extension de l'esclavage, une part incontestable d'utopie qui n'est pas étrangère à l'infériorité économique des peuples musulmans et aux épreuves qui les menacent. Mahomet a restreint le cercle de l'activité humaine, il ne s'est pas montré favorable au travail. Certains Suras du Coran sont restrictifs de l'emploi de la monnaie, en vue de maintenir l'égalité au moins entre les musulmans (1).

D'autre part, l'amélioration certaine, quoiqu'insuffisante dans la condition de la femme et dans le traitement de l'esclave, le respect de la tolérance religieuse, qui est demeuré si longtemps inconnu aux chrétiens, l'interdiction du jeu et de l'usure, la prescription formelle de l'aumône, l'organisation sérieuse et durable de l'assistance sociale au moyen de la dîme aumônière, obligatoire pour les musulmans seuls, garantie par des réserves immobilières importantes et par un impôt spécial, la responsabilité de la tribu qui couvre tous les membres d'une protection efficace et qui leur assure un abri, tout cela obtenu dès le vin"*

(1) Seignette, Code Kltalil, page xxxi; Le Bon, Civilisation des Arabes, liv. II, chap. III. — G. Sale, Introduction à la traduction du Coran, sect. V-VI — (Panthéon littéraire), l'un des meilleurs livroe sur le Mahométisme.

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siècle et persistant encore, me'rite d'être pris en consicle'ration(l). Sans être absent du milieu musulman, le paupérisme ne s'y montre jamais avec un caractère aussi général et aussi hideux que dans les grands centres manufacturiers de l'Europe occidentale; jamais l'individu n'y tombe dans un dénùment et surtout un abandon aussi complet; l'inégalité y est, en réalité, moins radicale que dans les milieux protestants chrétiens.

§ 3. L'Empire des Arabes.

La plus grande preuve de la vitalité de l'empire grec d'Orient est d'avoir résisté au terrible mouvement des Arabes. Les Arabes parvinrent rapidement à s'emparer, en Asie, de toutes les parties du vaste empire de Darius, fils d'Hystaspès, sauf l'Asie Mineure, et de toute l'Afrique romaine, même de la Sicile; ils conquirent la plus grande partie de l'Espagne, débordèrent jusque dans la Gaule méridionale, ravagèrent l'Italie, menacèrent Rome ; mais tous leurs efforts vinrent se briser devant Constantinople. Il fallut pour détruire l'empire des Grecs, deux nouvelles invasions formidables des races du nord de l'Asie, les Mongols et les Turcs Ottomans, précédés eux-naêmes par les Français des Croisades.

Bien qu'il se soit démembré, disloqué de très bonne heure, après une extension d'une rapidité prodigieuse, l'empire des Arabes a eu une longue existence. Les Arabes sont toujours les maîtres du Maroc. Ils exercent une grande influence dans toute l'Afrique du Nord, au Soudan, dans l'Afrique orientale; l'Arabie leur appartient de fait. Ils sont restés en Espagne pendant 700

(1) Seignette, Coda Khalil, introduction , page xxxi ; D'Ohsson, Tableau de l'Empire ottoman, liv. III.

Sir Muir. dans le chap. III, The teacTdng of the Coran, dans le Coran (Society, for promotlng Christian knoicledje), noim paraît avoir apprécié , avec impartialité et autorité, les résultats du Mahométisme. Le plus grand vice du Mahométisme a sa source dans l'idée, propagée par le Coran, que le musulman a le droit de vie et de mort sur l'infidèle, en vertu de l'ordre de Dieu, ordre transmis par le prophète. Delà l'insurmontable barrière qui sépare le musulman des individus surtout chrétiens et juifs, qui n'ont pas sa foi. Delà le fanatisme spécial, qui caractérise encore les musulmans (.Sir Muir, page 64) et l'habitude des maseacres (page 57), même en 1896.

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ans. Et si toute la Mésopotamie obéit au sultan des Ottomans, elle est tout autrement arabe que turque. Quelque grande que l'on fasse la part à l'action de la puissante religion, encore aujourd'hui, très vivace, de Mahomet, cette action ne suffit pas, à elle seule, pour expliquer les incroyables succès des Arabes; il faut encore attribuer ces succès, continués par les Mongols, par les Tartares, par les Turcs Seldjoucides et Ottomans, à une énergique et persistante re'action des races soit du Midi, soit du Nord de l'Asie contre les conquêtes des races européennes, les Grecs d'Agésilas , de Xénophon, d'Alexandre, des Séleucides, des Lagides et surtout des Romains. Le fond des populations d'Orient ou d'Afrique n'appartenait pas aux mêmes races que les Grecs ou les Romains. De là leur soumission immédiate aux Arabes et leur conversion au Mahométisme. Les Arabes se rendirent parfaitement compte de cet état des esprits. Aussi accordaient-ils, notamment dans l'application des impôts , une situation bien meilleure aux populations qui se convertissaient, sans combattre, qu'à celles qui résistaient. Ils trouvèrent partout des éléments d'assimilation.

§ 4. L'impôt dans l'Empire des Arabes.

Dès 033, un an après la mort de Mahomet, Damas était prise et devenait le siège de la famille des Ommiades; en 633 Bassorah, tout près du confluent du Tigre et de l'Euphrate, était fondée; les Arabes entraient en Perse en 636, s'emparaient de Séleucie et de Ctésiphon; ils pénétraient en 643 en Bactriane. Devenus maîtres de tout l'empire Arabe, de Cordoue à Balk, les Abassides fondaient en 762 Bagdad et y établissaient le centre de leur empire.

Nous sommes ainsi ramenés par les mouvements des races, des religions et des civilisations sur le globe, au point d'où nous sommes partis. C'est dans les vallées de l'Euphrate et du Tigre que nous avons trouvé les premières civilisations, antérieures même à celles de l'Egypte et de la Chine, et que nous avons pu recueillir quelques détails sur les institutions fiscales primitives de l'humanité. Ces institutions se résumaient dans : 1" la dîme

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en nature, plus lard seulement partie en argent et partie en nature des produits agricoles, avec quelques contributions particulières aux agglomérations urbaines; 2" le tribut qui était exigé des populations vaincues ou soumises, occupant une situation inférieure au milieu des empires de Chaldée, de Ninive , de Babylone, plus tard des Mèdes et des Perses; 3° le don volontaire, auquel nous avons reconnu le titre de forme primordiale de rimpùt; 4° quelques droits de douanes, soit sur les frontières, soit entre les diverses provinces; 5*' division en vastes provinces dites satrapies dont les chefs traitent à forfait, avec le gouvernement central, pour le rendement de l'impôt.

Malgré les nombreuses vicissitudes de ces empires, les mêmes formes de l'impôt se sont perpétuées en Orient; elles ont résisté à la conquête hellénique, à la conquête romaine, et même, Dioclétien et Constantin se sont certainement inspirés, de cette perpétuité, dans les institutions fiscales qu'ils adoptèrent pour l'empire romain, au moment où s'accomplissait la transformation qui allait permettre à l'empire grec d'Orient de prolonger, de dix siècles, sa durée.

La raison de cette perpétuité des formes de l'impôt en Asie n'est autre que l'adaptation aux conditions de la production d'une part, au caractère et aux traditions des populations d'autre part. Les Arabes ne manquèrent pas d'en tenir compte dans les institutions fiscales qu'ils approprièrent à leur empire.

Malgré la grande unité de l'empire des Arabes, due principalement à la race qui l'a fondée et au mouvement religieux dont il est sorti, mouvement unitaire représenté par un seul livre, le Coran, cet empire était trop vaste; il comprenait des territoires, des populations trop différents pour qu'il n'ait pas été nécessaire d'apporter des modifications dans le système d'impôt qui a caraclérisé l'empire des Arabes. Ces modiBcations sont provenues soit de l'ancienneté et de la nature de la civilisation des Etats conquis, soit des conditions de la propriété foncière, soit des arrangements faits au moment de la conquête. Ainsi, quant à l'Egypte, la conquête a été le résultat d'un véritable traité et, par suite, plutôt une occupation, une annexion, que le fait

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