‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 42 sur 228 · REVENU DU KHALIFAT DE BAGDAD · texte numérisé non relu

REVENU DU KHALIFAT DE BAGDAD

bleau est intitulé le livre de l'impôt et l'art du commis-rédacteur, Kitah el Kharadj, mélange singulier de toute sorte de renseignements comme beaucoup de livres arabes (1). Les sections 6 et 8 contiennent une description géographique des diverses provinces de l'Empire avec une statistique détaillée de leurs revenus. Les principales étaient, d'après l'ordre de leur importance : El Séouad (Tigre supérieur), J 00,000,000 dirhems; Khorassan, 37 millions; Alexandrie, 37 millions; Palestine 31 millions; Fars, 24 millions; Yémen, 9 millions; Mossoul, 6 millions; Damas, 2,4 millions; Oman, 4,5 millions; Aderbaidjan, 6,5 millions; Arménie, 4 millions ; Kerman, l million (2).

Dans la section sept se trouvent indiqués les divers revenus; 10 cinquième du butin de guerre; 2° capitation des pays conquis; 3° dîme de terres; 4° dîme auraonière d'après les troupeaux; 5" produits des terres vagues, mises en culture ; 6° mines, épaves, trésors, objets perdus; 7° droits de parcours ou de péages des marchandises avec l'indication des bureaux; 8° produits des concessions perpétuelles des bénéfices militaires. On y trouve également le mode d'affectation de la dîme aumônière ou sadacat et le mode d'assiette des impôts.

Les revenus d'Haroun-al-Raschid, contemporain de Charlemagne, étaient évalués, année moyenne, à 272,306,800 dirhems d'argent et à 4,420,000 dinars d'or; l'ensemble représentait plus de 220 millions de francs, sans compter les prestations en nature (3). A l'époque où Godama vivait le Khalifat était en décadence et ses revenus avaient déjà commencé à décroître.

Ces chiffres indiquent néanmoins combien la richesse était, au x'' siècle, plus grande en Asie qu'en Europe et combien la civilisation y était plus avancée. C'est à peine, si au x"^ siècle, l'Europe féodale émergeait de l'effondrement de l'empire romain et des invasions des nomades du Nord. Les peuples musulmans

(1) Journal asiatique, 1862, p. 155.

(2) Pour Le Séouad, le livre indique la proportion des impôts en argent et des redevances en nature (blé et orge) ; total, 114,457,658 Dirhems dont 8,095,800 Dirhems seulement étaient payés en argent.

(3) M. de Slane, qui a traduit le mémoii-e de Godama, évalue ce môme revenu à 1 milliard de francs ; ce qui semble tout à fait invraisemblable.

LE liÉGIME FISCAL ARAUE. 511

semblaient alors en possession de l'avenir. En tout cas, ils avaient des institutions fiscales tout à fait supérieures à celles de tous les peuples européens sans aucune exception. Ils jouissaient, dans l'Islam, d'une plus grande sécurité et d'une tout autre prospérité.

Nous avons démontré ailleurs(l) que jusqu'au xV^ siècle, l'Orient est demeuré le centre de la richesse dans le périmètre des peuples qui ont fait partie de l'empire des Romains ou de leur influence. Les systèmes d'impôts, dans leur organisation et leur rendement, sont nécessairement en rapport direct avec la richesse puisqu'ils en sont le résultat.

C'est la prédominance des Nomades du Nord dans la sphère d'action des peuples d'Orient qui a été le signal de la décadence non seulement de l'empire des Arabes, mais de tous les peuples de l'Asie-Mineure de l'Arabie et de l'Asie centrale. On a longtemps contesté le caractère religieux et civilisateur de l'Islam et la part des Arabes dans la civilisation. On est devenu plus équitable depuis les travaux de ces derniers temps. Les Arabes ont apporté aux peuples exploités par les Perses, les Grecs, les Romains, les Grecs byzantins un régime plus approprié à leurs traditions, moins excessif et qu'ils ont pu préférer dans les premiers temps. Mais ce régime n'a pas été assez puissant pour résister, comme l'ont fait les peuples européens et très péniblement, aux dernières et formidables vagues de nomades du Nord. Turcs de toute sorte , Mongols et Tartares.

On ne peut, d'ailleurs, méconnaître des rapports directs entre les impôts provenant des réformes de Dioclétien et de Constantin, maintenus dans l'Empire byzantin par Justinien et ses successeurs, et les principaux impôts arabes. Le Djizijé rappelle singulièrement la capitatio hiimana, et le Kharadj la capitatio terrena, malgré les différences dans les applications. Au surplus, Constantin et Dioclétien, tout en faisant disparaître le caractère tributaire de ces taxations et en les étendant à toutes les parties de l'Empire romain, les avaient, en partie, empruntées aux peuples d'Orient. Les Arabes rendirent à ces impôts leur carac-

(1) A travers l'Allemagne , t. II, p. 510.

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