LA PUOPRIÉTÉ FONCIÈRE EN EGYPTE
Elles devinrent réle'ment militaire des dynasties arabes et leur substituèrent les dynasties seldjoucides. Ce mouvement fut secondé par l'appauvrissement et la diminution, dans tout le Nord de l'Afrique, des populations chrétiennes, à partir du xii" siècle. Il fut accompagné d'un changement notable dans la propriété foncière.
Chez aucune nation civilisée, la propriété de la terre n'a eu plus d'importance et n'a subi autant de changements qu'en ligypte. L'importance tient à l'extrême fertilité du sol que le Nil renouvelle chaque année, les changements à la situation géographique de l'Egypte, qui relie l'Asie à l'Afrique, ainsi que l'Asie et l'Afrique à l'Europe par la Méditerranée.
En Egypte, l'impôt repose essentiellement sur la terre puisque cette terre est inépuisable, mais cette fertilité même rend la propriété précaire. L'Egypte a toujours le même sol, il est toujours aussi fertile, mais à qui appartient-il, à qui a-t-il appartenu? L'histoire de l'impôt en Egypte est indissolublement liée à l'histoire de la terre, c'est-à-dire des aftlux de races diverses qui s'y sont succédées. Sous nos yeux, malgré l'Europe, malgré nous, les Anglais n'essaient-ils pas de se substituer aux derniers propriétaires, les Ottomans?
Les documents égyptiens, découverts dans ces derniers temps, ne laissent aucun doute sur le fait que, sous les Pharaons, le droit de propriété individuel a été entièrement reconnu et exercé. Mais à côté des propriétés privées, jouissant de garanties complètes et soumises aux droits de mutation entre-vifs et par décès, se trouvaient les propriétés consistant dans les terres du domaine royal et les terres sacrées des temples. Ces propriétés représentaient les 2/3 des terres cultivées. Dans quelles conditions étaient-elles possédées et exploitées, soit dans les derniers temps de la civilisation égyptienne, soit sous l'occupation grecque et romaine? Il est assez difficile de le déterminer, mais il n'y a rien de conjectural à admettre qu'une notable partie, surtout dans le domaine royal, ne furent pas définitivement aliénées et que même elles ne pouvaient l'être, eu égard à leur origine sacrée. C'est ce qui exphque, comment de tout temps, il y a eu, de même qu'aujourd'hui, en Egypte, deux sortes de propriétés foncières,
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soumises à des taxes différentes. Les propriétés particulières devaient la véritable dîme du dixième, les autres acquittaient la dîme du cinquième , parce que , dans cette quotité, se trouvait compris le prix d'affermage, ou plutôt la rente de la terre.
Sous ce régime qui s'est maintenu au moins 4,000 ans, les cultivateurs du sol, les Fellahs actuels, n'étaient point esclaves; leur condition se rapprochait de celle des Clarotes de Crète, de celle des Périèques du Péloponèse ou des colons romains. Ils étaient astreints à la culture du sol et à la surveillance des digues, dans l'intérêt commun ; par compensation, ils possédaient le droit, réunis en villages ou en petites communautés, d'habiter et de cultiver les terres sur lesquelles ils vivaient, moyennant des redevances en nature, variables selon la fertilité des terres, la crue du Nil et l'oppression des temps.
Les Romains ne changèrent pas en réalité cet état de choses, tout en chargeant les propriétaires d'impôts et de redevances considérables, consommés hors de l'Egypte. Ces impôts et ces redevances appauvrirent l'Egypte. Ils provoquèrent une résistance qui n'a jamais désarmé.
Tant que l'Egypte demeura rattachée au KhaUfat de Damas ou à celui de Bagdad et tant que prévalut l'influence arabe, cette situation paraît s'être maintenue. Les propriétaires, devenus les Cheiks, et les Fellahs avaient à payer l'impôt du Kharadj, conformément aux arrangements, plus le prix de location de la terre, ou la rente, le Takhit, plus tard le Faiz, entre les mains du receveur (cashel). Cette rente était fixée d'après un cadastre régulier, tenu par le notaire {Schadeh) et l'arpenteur {Khottieh) de chaque village. Sous ce régime, l'iîlgypte traversa l'une de ses époques les plus prospères. Dans la première partie du moyen âge, l'Egypte a été un foyer réel de richesse, de progrès et de civilisation; c'est la belle époque des Arabes. Le Caire compta rapidement 400 mosquées et devint le centre des sciences, des lettres et des arts.
Mais avec la dynastie des Fatimites et surtout avec celle des Ayoubites, des changements considérables eurent lieu, changements aggravés, au xvi« siècle, par les Ottomans. Ces dynas-