DÉCADE.N'CE SOO'S LES TURCS
Egypte et que l'occupation de 640 avait abolis. Leur importance a toujours été, au surplus accessoire. En 1896, sur un total d'impôts de 7,275,000 L. E. (1) l'impùt foncier représentait seul les 2/3.
Les Ottomans aggravèrent beaucoup la situation, soit par la nature plus dure de leur gouvernement, soit par la nécessité d'envoyer, comme du temps des Romains, le montant des impôts à Constantinople, soit en proclamant le sultan propriétaire éminent des terres kharadjié et en ne reconnaissant aux propriétaires {Multezims) qu'un droit transmissible de possession, et aux Fellahs que les droits d'habitation et de culture, sans pouvoir ni abandonner, ni céder leurs droits, c'est-à-dire la condition des colons romains; Multezims, Fellahs répondaient solidairement du tribut et des impôts.
Les Fellahs durent payer au sultan le Miri ou tribut dont répondaient les Multezims et à ceux-ci le Faïz ou la rente. Les Multezims étaient tenus de porter ou envoyer le ^liri à Constantinople. Retour aux procédés romains (2).
Sous ce régime, l'Egypte reperdit tout ce qu'elle avait gagné avec les Arabes, les canaux furent négligés et la production diminua. La misère devint affreuse. Deux faits ont permis à l'Egypte de se relever plus tard : i" le respect des biens wakf ou wakoufs, chargés d'un impôt modique et immuable; les directeurs de ces biens avaient intérêt à entretenir les canaux; et 2° le paiement de l'impôt en nature (3).
Ainsi, sous les temps antérieurs à la conquête romaine, comme pendant l'occupation romaine, sous les Arabes, comme sous les
(1) La li\Te ég3T)tienne vaut 23 francs. L'Eg-ypte a rétalon d'or.
(2) Marcel, VEijypU moderve, collection de l'I'nirers; Kégnin; Agi-iculture des Égyptiens. Acail. des inscript., 1815, l" vol. Quelques écrivains ont cru reconnaître des flefs ilans les attributions de terres faites aux AfvJtezims ; mais ils se Hont entièrement mépris. Le Multezim est à la fois un propriétaire temporaire et un fermier d'impôts, ce que n'a jamais été le chevalier de haubert, ou le caballero.ou le Rlttermanner. MM. Sylvestre de Sacy et Worms ont dissipé cette erreur qui provient de fausses idées sur la féodalité.
(3) Nous donnerons de plus complets détails sur les changements opérés en Egj'pte par les Ottomans, dans le tableau des impôts de l'Empire ottoman en
520 l'impôt en NATUIîE et LKS RÉSEUVES TEIlUITOaiALES.
Turcs, l'Ég-ypte peut servir de type à certaines expérimentations fiscales. L'impôt en nature est une sauvegarde pour les populations pauvres ou asservies; l'exportalion de l'impôt est rendue moins onéreuse, quand l'impôt est prélevé' en nature. La constitution de terres sacrées, destinées au culte et à l'assistance, chez les peuples musulmans, de même que chez les peuples chrétiens, est un fait des plus remarquables, conforme à la tradition religieuse et territoriale de l'Egypte et d'Israël ; Israël avait dû emprunter sa législation à cet égard à l'Egypte. C'est à Israël que le Christianisme et le Mahométisme ont chacun emprunté la leur. Ces réserves, au point de vue de l'impôt, ont été fort utiles à l'Egypte, en diminuant, puisque les. terres sacrées étaient tenues à un tribut très inférieur aux terres kharadjié, les envois de denrées et d'argent à Constantinople. En Grèce, les temples, qui disposaient, de même que ceux d'Egypte et que celui de Jérusalem, de capitaux mobiliers très considérables, étaient entourés de réserves territoriales. Il n'en était pas de même à Rome qui n'a pas eu de temples, hors de son enceinte, du même ordre que ceux de la Grèce; mais dès les Rois, une réserve avait été formée. Plus tard, cette réserve devint immense avec les guerres et les conquêtes, mais elle resta domaniale, fut appropriée en très grande partie et finit par passer aux mains des Empereurs; elle n'eut jamais le même caractère sacré qu'en Egypte, en Israël, chez les Chrétiens et chez les Musulmans.
Quoique pendant le xviii« et le xix« siècle les réserves ecclésiastiques aient été, en grande partie, détruites, il en subsiste quelques débris en Angleterre, en Russie, dans la Turquie d'Europe; elles ont conservé lieaucoup d'importance chez les Musulmans et elles leur rendent de grands services.
En dehors des réserves territoriales de la Russie, de la Prusse et de l'Allemagne, on peut rapprocher des réserves musulmanes religieuses, la grande réserve territoriale destinée aux Etats- Unis à subvenir aux frais de l'instruction publique. Pendant l'époque féodale, ces réserves ont permis également à la plupart des gouvernements et aux grandes seigneuries de subsister.