MOUVEMENTS DES MIGRATIONS
Ces deux races, placées, à des distances très inégales des deux grands Océans Pacifique et Atlantique, ont forme', dans les intentions du Créateur, une énorme réserve, destinée incontestablement au peuplement du globe, car elles ont exercé et elles exercent encore une influence supérieure et d'ordre providentiel sur ce peuplement, non seulement au point de vue de l'accroissement des populations, mais au point de vue du renouvellement de celles atteintes par l'usure du temps. Elles ont, par suite, été toujours animées d'une force d'expansion particulière qui les a portées soit vers l'Océan Pacifique, qu'elles ont traversé pour aborder dans les deux Amériques et y former des centres de peuplement et de civilisation, soit vers l'Océan Atlantique, vers l'Ouest, the Far-ivest. Cette direction a naturellement été la principale, puisque toute la plaine du Nord n'offrait presque pas d'obstacles difficiles à surmonter, le long des monts Yablonoï, Sayansk et Thian-Chan.
Une cause physique a dominé l'intensité de ces migrations, l'assèchement progressif soit du plateau de la Mongolie, notamment du désert de Gobi, soit celui de la Caspienne et de l'Oxus. M. A. de Humboldt a donné de nombreux éclaircissements sur ces deux faits qui ont modifié les ressources en pâturages et l'habitat des nombreuses tribus nomades de l'Asie Centrale (1). Des lors, les tribus les moins puissantes ou les plus aventurières ont dû s'éloigner et peu à peu s'est institué, puis développé le plus grand mouvement qu'ilyait eu dans le peuplement du globe, vers l'Océan Atlantique, mouvement qui n'a été arrêté que par une véritable dépopulation de l'Asie Centrale. Dans la seconde partie du xviii» siècle, la Russie a dû repousser, par la force, les dernières vagues de ce mouvement(2). D'un autre côté, les changements, si considérables, accomplis, dans les conditions so-
avons rendu compte du voyage de M. Younghusband en Mandcliourie et à travers le Gobi.
(1) Asie centrale, 2« vol. Si/stèvies de montagnes du Kouen-lun et de l'Himalaya. — De Lapparent, Géographie physique, p. 488.
(2) Bonvalot, E71 Asie centrale, 1884, p. 37-39. — Capus, Le toit du monde, 1890. — Younghusband, A cross the Gobi désert (the heart of a continent), p. 154 et suiv.
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ciales et économiques de la Russie, ont déterminé des groupes de populations assez importants en Crimée, au Caucase, même dans les steppes de la Russie méridionale, à quitter le territoire russe pour venir se fixer dans l'empire ottoman.
Ce mouvement a eu diverses étapes et diverses périodes. Longtemps avant les migrations des tribus de la race de Touran, d'autres grandes migrations avaient eu lieu, notamment celles de la race d'Iran à laquelle se rattachent les Celtes, les Germains, les Goths, les Scandinaves et les Slaves. Ces migrations successives de la race d'Iran ont formé divers groupes de peuples, ayant chacun une part importante dans l'histoire de la civilisation et une place particulière dans celle de l'impôt. Nous allons les passer en revue, en commençant par les groupes qui ont eu le plus d'influence comme nomades.
§ 2. Migrations et nomadi^s de la race de Touran. — L'impôt du bétail.
Les nomades de la race de Touran, qui erraient dans le désert de Gobi, la Mongolie, la Mandchourie, se sont partagés, avant les nomades de la race ouralo-finnoise, en tribus sédentaires et tribus nomades. Ce partage doit être assez ancien. Il s'est opéré sous l'influence du climat et du sol très fertile des deux Turkestans où l'on trouve l'une des plus vieilles populations agricoles de l'Asie, les Sartes. D'ailleurs, il existe une étroite solidarité entre les tribus sédentaires et les tribus nomades des mêmes races, reliées par les tribus demi-nomades.
Les divers peuples de la race de Touran, après avoir occupé en partie les deux Turkestans, pénétrèrent, à une époque très reculée, soit par la Perse ou Iran, soit par le Caucase et l'Arménie (1) dans les deux vallées du Tigre et de l'Euphrate, ce
(1) « L'autre élément principal de la population originaire des rives du Bas- Tigre et du Bas-Euphrate appartenait ù la race touranienne. Il parlait une langue de la famille ouralo-finnoise, que nous trouvons emp'.oj'ée dans une partie des inscriptions les plus anciennes des monarques chaldéens. i> M. F. Lenormant développe l'importance de cette découverte qui remonte aux travaux de Grotefcnd. — HUt. ancienne de l'Orient, 2« vol., p. 8. — Maspero, Histoire ancientie. note î, 1886, p. 480, 511. — Rawlinson, Parthia, chap. n, dans Story of nations.