‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 52 sur 228 · PRÉDOMINANCE DU RAMEAU TURC · texte numérisé non relu

PRÉDOMINANCE DU RAMEAU TURC

leur importante vie historique et leurs institutions fiscales au chapitre ix ci-après.

De ces divers groupes ethniques ou sous races, le plus important et probablement le plus ancien a e'té celui des Turcs, descendant, de même que les Huns et les Mongols, des Hioung- Nou, désignation, à la fois spéciale et générale, appliquée par les Chinois à des peuples qui les avoisinaient. D'après M. Léon Cahun, les auteurs arméniens et byzantins appelaient Turcs non seulement les nomades de race touranienne:'!), mais encore ceux de race ouralo-altaïque, malgré les dilTérences certaines entre un Turc, un Mongol ou un Kirghiz. L'apparition des véritables Turcs, comme fait historique, a précédé celle des Mongols. Une lutte mémorable s'est engagée entr'eux. Les Turcs ont triomphé, parce qu'ils sont devenus plus tôt sédentaires. Mais, avant le triomphe des Mongols, les Turcs s'étaient substitués aux Arabes. C'est 'pendant que s'est opérée cette substitution qu'ils se sont définitivement transformés eux-mêmes, déployant des qualités miliiaires remarquables. Néanmoins, en dehors des principes d'ordre qu'ils ont apportés et su maintenir, au milieu de populations nomades ou mobiles, ils se sont montrés encore moins aptes que les Arabes au maniement des finances et des impôts.

« Les Tou-Kïoue, disent les Chinois [2], sont une tribu des « Hioiing-Nou, originaires du pays qui est au nord du Kobi, no- « mades, éleveurs de bétail et chasseurs; leurs tentes sont de « feutre; ils savant tanner le cuir et travailler la laine dont ils « font leurs vêtements; ils boutonnent leurs robes de droite à « gauche à l'inverse des Chinois qui les croisent de gauche à « droite; ils ne taillent pas leurs cheveux qu'ils portent flottants. « ils sont bonnes gens de cheval et raides archers... Rudes et « brutaux, ils ne font pas de cas des vieillards, n'estiment que « les hommes dans la force de l'âge. Leurs anciens contrats « étaient des entailles sur une planchette qu'ils scellaient en y « marquant l'empreinte d'un fer de lance. C'est de leurs plan-

Ci) Même ouvrage, p. 55.

(2) Léon Cahun, même ouvrage, tout le livre premier, Les orifjines.

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« cheltes entaillées qu'ils se servent quand ils font la levée des « gens de guerre et des chevaux et quand leurs rois font ac- « quitter l'impôt, qui se compose de bétail; ils délivrent l'acquit « par l'apposition d'un scel, marqué d'un fer de lance. Ils pro- <c clament leur roi en l'élevant par neuf fois sur un tapis de « feutre et lui font prêter serment. Ils n'ont ni loi écrite, ni pro- « cédure régulière et rendent la justice arbitrairement d'après la « coutume ». M. Léon Cahun (1) complète ces détails intéressants avec d'autres documents, d'après lesquels il établit que les coutumes turques indiquent une longue pratique de la migration à main armée, que la migration a lieu par bandes isolées, confédérées autour d'un chef et non par tribus; que les traditions et les mœurs sont militaires, avec le respect de l'ordre, bien que favorables aux aventures guerrières; que la guerre est une profession avec ses chevaliers errants et ses condottiers, que chaque groupe a ses nobles héréditaires et ses dames nobles avec armoiries; plusieurs de ces nobles sont dix fois séculaires (2).

L'impôt du bétail ne pouvait suffire à entretenir ces groupes, ces clans. D'où la loi de la guerre. Quand le chef des clans, le Kagan ne peut plus entretenir ses hommes, il les licencie; ceux-ci cherchent une autre tente, un autre drapeau. Ceci accuse des différences fondamentales avec la tribu arabe. Point de tendances religieuses, point de fanatisme. La fidélité au chef, au drapeau tant que durent les subsides ou les bénéfices du pillage. Groupes, clans, tribus se reconstituaient sans cesse et se dissolvaient; même incertitude pour la famille. Au décès du père, le plus jeune garde la terre, les aînés prennent les troupeaux qui ont plus de valeur.

L'état social est cependant nomade, mais dans des conditions bien différentes de la tribu arabe, sédentaire ou nomade ; c'est ainsi que Huns, Mongols, Turcs, auxquels ces institutions ont été à peu près communes, ont pu constituer des agglomérations militaires si redoutables, mais au fond instables , plus instables que la tribu arabe. Aussi M. Léon Cahun conclut-il que si la

(1) Même ou^Tage, p. 76-82.

(2) Ibidem, p. 05

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