IMPÔTS ET MONNAIES DES PEUPLES NOMADES
lent même la soie. Employe'es souvent par les Empereurs de la Chine comme mercenaires, elles recevaient des soies, des soieries en paiement de la solde (1).
Ces tribus et confédérations conservèrent dans leur nouvel habitat, les mœurs et les institutions qu'elles avaient apportées des bords du désert de Gobi. Nomades de tout temps, elles restèrent nomades, féroces, guerrières, instables. Elles frappèrent de stupeur par leur sauvagerie les Romains de l'empire. « Des « racines de plantes sauvages, de la viande mortifiée entre leurs « cuisses et le dos de leurs chevaux, voilà leur nourriture (2). « Jamais ils (les Huns) ne manient la charrue. Ils n'habitent ni « maisons , ni cabanes. Toujours errants par les montagnes et « les forêts, changeant perpétuellement de demeures, rompus dès <( leur enfance à tous les maux, au froid, à la faim, à la soif. « Leurs troupeaux les suivent dans leurs migrations, traînant les « chariots où leur famille est enfouie. C'est à cheval qu'ils pas- « sent leur vie : ils y tiennent leurs assemblées (3), ils yachètent (c et ils y vendent, ils y boivent et ils y mangent ». Telle a été pendant des siècles la condition de ces tribus et confédérations sur les nouveaux territoires qu'elles occupèrent le long de l'Oural et du Volga. Elles s'y trouvèrent en face d'autres tribus et confédérations dont les mœurs et les traditions étaient à peu près les mêmes.
Sur ces territoires les mêmes événements se produisirent que dans les steppes du Gobi, les mêmes disputes des pùturages, les mêmes luttes pour l'existence sous l'influence de famines périodiques , les mêmes changements de résidence, les mêmes chocs, les mêmes migrations, la naissance et la destruction également rapide d'immensesempires.Ces empires se soutenaient au moyen : 1° des contributions en nature prélevées sur les troupeaux, comme cela a encore Ueu aujourd'hui dans le Gobi, et 2° du tribut traditionnel exigé de la même manière, par les confédérations plus fortes des confédérations plus faibles. Nous verrons
(1) Léon Cahun, JbUlcm, p. 95, 107.
(2) Ammien Marcellin, XXXI, 2. — Sur lc3 peuiilcs l'i chariots voir plus bas.
(3) Les Polonais tenaient encore ii cheval au xvn" siècle leurs assemblées de de llberum-veto.
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combien longtemps ces tributs se sont prolongés; ils ont même cessé d'être payables en troupeaux, en peaux, en fourrures pour devenir exigibles en argent ou en or. Tel a été le cas de la Russie pendant 200 ans. C'est dans ces conditions et avec ces ressources, augmentées de ce que donnaient le pillage et le butin, qu'ont subsisté l'empire des Huns, l'empire des Avars, l'empire des Bulgares et d'autres empires temporaires, fondés par d'autres races, tels que l'empire des Goths (1).
§ b. Migrations et Nomades de la race Ouralo -Finnoise.
Dès leur arrivée sur les pentes de l'Oural et les rives du Volga, les diverses tribus et confédérations hunniques, en prenant l'expression hunnique dans sa plus vaste acception, se trouvèrent en présence d'autres tribus et d'autres confédérations appartenant à une race différente ou tout au moins à un rameau fort ancien de la grande race turque nomade. On a donné à cette race ou à ce rameau le nom d'ouralo-altaïque, en supposant avec Castren, qu'il provenait originairement des pentes de l'Altaï (2). Nous conserverons le nom d'ouralo-finnoise comme mieux approprié, sinon à la réalité des faits, du moins aux faits actuellement connus. Sous le nom de race ouralo-finnoise se rangent un nombre considérable d'autres tribus humaines, qui, pour la plupart, se sont montrées, jusqu'à présent, incapables de former de grandes confédérations, d'exercer une action historique, de se donner des institutions politiques leur permettant de s'élever à la pratique et à la notion de l'impôt.
Ces tribus occupent, depuis un temps immémorial, le nord de l'Europe, la Scandinavie d'abord, puis la Russie, où elles descendent jusqu'aux grands lacs, c'est-à-dire jusqu'au niveau de Saint-Pétersbourg, même jusqu'au Volga et à la Kama, le long de l'Oural et à peu prés toute la Sibérie (3). Elles comprennent
(1) Colonel Prjévalskj-, La Mongolie et le pays des TawjouMes, chap. II. Nous donnons les textes dans le chap. ix.
(2) Revue germanique, 1858, t. IV, p. 215, Les peuples de l'Altaï.
(3) Consulter : 1" la Berne germaniejue , 1858, t. IV; Ethnologie touraniennt et les peuples de l'Altaï; 2» les articles Russia, Sibéria, Finland, Turcs