LES FRNNES ET LES SCYTHES
les tribus Finnoises, Ostiaks, lénisséiens, Samoyèdes, Vogouls, Soiotes, Lapons, Tchouvaches, Ziriànes, Tchérémisses, Tchoudes, Finlandais, Caréliens, Tavantes, Mordves, Kamlschadales, même une partie des tribus des Bachkirs au sud de la Russie et des populations de la Courlande et de l'Esthoine, sur la Baltique. Ces tribus sont généralement divisées en cinq groupes : 1° le groupe des Lapps au nord de la Scandinavie et de la Russie, sur l'Océan glacial arctique; 2° le groupe des Finns, les Fenni de Tacite, dans la Finlande, la Baltique et les grands lacs de la Russie du nord ; 3° le groupe Permien , dans les gouvernements actuels de Vologda, de Perm,d'Oufa, de Viatka; 4° le groupe du Volga, dans les gouvernements de Nijni-Novgorod, Kazan , avec les Tchouvaches, les Tchérémisses, les Mordve<B; 5° le groupe de Sibérie, Ostiaks, lénisséiens, Samoyèdes, Vogouls, Kamlschadales.
Les Fennes sont la dernière race dont la partie conservée des de moribus Germanorum nous ait laissé le portrait. Mais ce portrait est des plus précieux : « Les Fennes sont à l'état sauvage « et d'une hideuse pauvreté : point d'armes, ni chevaux, ni « foyer. L'herbe pour nourriture, les peaux pour vêtements, la (( terre pour lit. Pour seules armes des flèches que faute de fer ils « affilent d'os pointus. Lâchasse nourrit également les hommes « et les femmes, car ceUes-ci accompagnent partout leurs maris « et réclament la moitié de la proie. Contre les bêtes féroces et « les pluies, les enfants n'ont d'autres abris que les branches « entrelacées des arbres où leurs mères les cachent; là se rallient 't les jeunes gens, là se retirent les vieillards. Ils se trouvent « cependant plus heureux que de se rompre au travail de la « terre, que de construire des maisons et que de passer leur « temps à espérer ou à craindre pour leurs richesses (1) ». Tacite, malgré l'exactitude et la source de ses renseignements, ne se doutait certainement pas de quelles masses d'hommes il nous
de l'EncucIopedia Briiannica; 3" Jardot, Révo\vU,ions de l'Asie moyenne, 1839; 4<>Klaproth, Tableaux de l'Asie depuis Cj/rus ; Reclus, L' Europe russe. — Cahun, Ibidem, p. 68, 104.
(1) Tacite, De moribus Germanorum, in fine. Dans le milieu m^made les peuples à chariots {Icankli) sont les peuples riches. — Cahun, p. 41.
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laissait ainsi un incomparable portrait. Tous ces Fennes étaient encore bien infe'rieursaux tribus arabes de Mahomet. La plupart des tribus sibériennes le sont encore.
Toutes les tribus ouralo-finnoises l'ont aujourd'hui partie de l'empire russe. La plupart vivent à l'état nomade. Les seules qui soient entre'es dans le mouvement de la civilisation appartiennent au second groupe, quelques-unes aux groupes trois et quatre; les Finlandais et les Eslhoniens seuls n'ont pas eu besoin de la domination russe pour atteindre à un degré élevé de culture. Sans cette domination, toutes les autres tribus reviendraient à l'état nomade pur, notamment dans toute la Russie boréale comprenant 200 millions d'hectares de bois et des marécages, et dans toute la Sibérie non colonisée par les Russes (1).
Sauf les Fennes, ces tribus ont été imparfaitement connues avant l'arrivée des Huns. Elles n'étaient comprises ni parmi les Sarmates qui n'étaient autres que les Slaves, ni parmi les Scythes. Du temps d'Hérodote on admettait que le territoire au delà des Neuves était inhabité (2). Les Neuves [3] devaient être les Sarmates. Quant aux Scythes on les considère comme des tribus turques provenant de l'Altaï, ayant les plus grands rapports avec les Kirghiz et les Kalmoulks des steppes de la mer Caspienne. Les renseignements que donne Hérodote sur les Scythes sont d'une grande importance. « Les Scythes sont des peuples « nomades d'Asie qui, chassés par les Massagètes du pays qu'ils u occupaient, vinrent passer le fleuve Araxe et se fixer dans la « Cimmérie ». Hérodote affirme qu'une lutte s'engagea entre les Cimmériens pour savoir s'il fallait résister aux Scythes ou leur céder la place. Dans le mouvement des migrations, combien de fois pareille lutte a-t-elle dû se présenter? Les rois et leurs partisans voulaient résister à raison de leurs intérêts plus immédiats dans la possession du sol, le parti populaire, demeuré plus nomade, préférait aller en avant. César a laissé un célèbre récit d'une circonstance analogue : nous aurons à y revenir. Le
(1) Economiste français, La Russie horéale, 2" vol., 1894, p. 697.
(2) Hérodote, Livre 4, 18, 21, 22, 31.
(3) Hérodote, Livre 4, XL
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parti populaire eut la victoire et les tribus se mirent en marche de nouveau vers l'Ouest. Selon Hérodote, ce mouvement des Cimmériens et des Scythes eut pour résultat une invasion de la Médie. Des invasions du même genre se sont renouvelées jusque dans les dernières années du xviii^ siècle et même pendant le xixe siècle. La Russie y a mis fin seulement depuis Toccupation du Turkestan et du Pamir. Hérodote fait un tableau très curieux (1) des Scythes de son temps. Ils les partage en Seythes laboureurs et agriculteurs et en Scythes nomades. Des Scythes laboureurs, les uns sèment le froment et diverses céréales pour les vendre, les autres pour les consommer. Quant aux Scythes nomades, ils ne labourent ni ne sèment. Hérodote ajoute « que les « Scythes n'ont ni villes, ni murailles; que leurs chariots sont « leurs seules habitations; qu'ils transportent leurs maisons par- « tout où il leur plait; qu'ils combattent tous à cheval avec l'arc; « qu'ils ne se nourrissent jamais des produits de la charrue, « mais seulement de leurs bestiaux; qu'ils tiennent tous ces avan- « tages de la nature de leur pays qui est extrêmement plat ». L'exactitude de ces détails est attestée par une autre observation d'Hérodote. Il affirme que les Saurnomates habitent, dans l'enfoncement des Palur-Méotodes, une contrée tout à fait dépourvue d'arbres, tandis que la région, occupée parles Budins, peuple également nomade, est couverte d'épaisses forêts; ce qui existe encore. Hérodote connaissait déjà le partage de la Russie (pour lui la Scythie) en deux zones, la forêt et le steppe (2).
Cinq siècles après Hérodote, Strabon a tracé un tableau des mêmes régions et des populations qui y habitaient. Les Scythes semblent avoir disparu. Gèles, Daces, Bastarnes, déjà menacés, eux-mêmes, les auraient remplacés (3); ils sont aussi nomades, galactophages, « vivent uniquement du produit de leurs « troupeaux, de lait et de fromage fait avec du lait de jument, ne
(1) Comparer notamment le grand tableau des peuples de l'armée de Darius. Hérodote, 1 et 61-80.
(2) Hérodote, L. 4, 20, 21. 108, 109.
(3) Strabon, traduction de M. Tardieu, 3'" vol., liv. VII, chap. 2, 18 ; chap. 3, 7, 10,12, 13, 17; chap. 4, 6.