‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 69 sur 228 · CONDITION NOMADE DES CELTES · texte numérisé non relu

CONDITION NOMADE DES CELTES

sédentaires? A ce sujet il s'est maintenu longtemps dans la science, un courant d'opinion dont M. de Gobineau a été l'un des derniers et des plus autorisés représentants (1). « Les na- « tions gailiques étaient parvenues, de très bonne heure, à un « état social assez relevé, dont les mérites, comme les défauts, « représentaient bien la souche noble d'où ces nations liraient « leur origine... nous y retrouvons cette organisation sévèrement « féodale et ce pouvoir incomplet d'un chef primitif ». M. de Gobineau insiste ensuite sur les armes des Gaulois, la composition de leurs troupes, leur vie sédentaire, les villages et les grandes villes qu'ils avaient établis, leurs habitations en pierres, leurs meubles, leur marine, leurs forteresses, leurs bijoux, les routes régulières et les ponts, la population des campagnes, les sépultures, les monnaies d'or, d'argent, de cuivre, l'alphabet qui leur était propre, le développement de l'agriculture, du commerce, de l'industrie, leur culte.

Mais de nouveaux travaux ont créé un courant différent, bien plus d'accord, à notre avis, avec les faits et les documents. Ainsi M. de Gobineau cite le paragraphe des Commentaires dans lequel César parle des tablettes trouvées dans le camp des Helvètes comme un argument favorable à la culture des Celtes — mais il ne tient pas compte du caractère général du document, l'un des plus importants dans l'histoire de la civilisation. Ce document précise, en effet, les faits relatifs aux mouvements des peuples encore nomades et à l'occupation du globe. Comment vivent les tribus, comment elles se constituent en confédérations, comment elles changent de territoire, quelles difficultés elles rencontrent, quelles luttes elles soutiennent; le récit de César en donne, quoique sur une échelle restreinte, un résumé complet. D'après ce document, on peut se faire une idée assez exacte de l'état économique et social des Gaules à l'époque de la conquête romaine.

Dans l'Aquitaine et dans ce qu'on appelait la Province, c'està-dire toute la Gaule méridionale, il devait exister un ensemble de conditions meilleures. Et, en effet, jusqu'en 1789, et surtout

(1) Essai sur l'inér/aliU des races humaines, Z' vol., llv. V, chap. m, p. 101. L'allusion faite par M. de Gobineau au régime fOodal des Galls Indique qu'il n'avait pas de notions exactes sur la féodalité.

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jusqu'à la croisade Albigeoise, le midi de la France a élé en possession d'une plus ancienne et plus complète civilisation. Les Ligures et les Ibères avaient cessé d'être nomades ; aussi, de même que les Italiens, ont-ils réussi à éliminer tous les éléments nomades qui se sont introduits parmi eux.

Quant à la Celtique, ses conditions ne devaient guère être préférables à celles des Helvètes, puisque pour se procurer un territoire plus étendu, les Helvètes voulaient se transporter dans le pays des Santons, dépendance de la Celtique.

Le territoire des Bolgs et des Kymris, c'est-à-dire la Gaule du nord, couvert de vastes marécages et d'immenses forêts qui ont, en partie, échappé à la domination des Romains, devait être inférieur à celui occupé par les Helvètes (1).

Aussi les travaux les plus récents (2), notamment ceux de Sumner-Maine, de M. de Courson, de M. d'Arbois de Jubainville, de M. Duruy, de M. E. Desjardins (3), ont-ils sérieusement modifié les idées représentées par M. de Gobineau. Il résulte de ces travaux que, au moment de la conquête de César : 1° les diverses tribus des Celtes et des Kymris n'étaient pas encore devenues définitivement sédentaires; elles étaient, quant à la Celtique surtout, en voie de transformation ; 2" elles avaient constitué diverses confédérations (Arvernes, Séquanes, Éduéns, Rèmes, Helvètes, Bellovaques, Nerviens, etc.), entre lesquelles l'accord n'existait pas; 3o ces confédérations étaient loin de former un corps de peuple ou de nation et de posséder les idées, les traditions, les institutions indispensables à la vie d'une nation (4), état de choses qui s'est prolongé jusqu'au xv" siècle ; 4° on comptait dans les Gaules 3 ou 400 civitates ou confédérations que M.

(1) M. Henri Martin, ffîsi. de France, V vol., et M. Roger de Belloguet, Ethnogénie Gauloise, Z' vol., ont été plus réservés que M. de Gobineau.

(2) Les confédérations ont été étudiées avec soin par M. de Belloguet, 3« vol., p. 423-435, mais sans que la portée du fait ait été mise en relief.

(3) Citons aussi un article sur les Celtes dans la Grande Encyclopédie de M. Will,

(4) M. Will (article cité) admet qu'à la suite de l'abolition de la royauté (fait des plus douteux) l'unité celtique a été compromise et brisée; il prend les confédérations pour des démembrements, lorsqu'elles correspondent à des consolidations de tribus. M. de Belloguet, après avoir presque adhéré à cette opinion, reconnaît que les Gaulois étaient à peu près nomades.

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