FORMES DE LA. RICHESSE CHEZ LES NOMADES
mais le sol, sur lequel la tribu ou le clan sont momentanément e'tablis, leur appartient; il est réparti entre les familles à des époques périodiques, possédé, cultivé, sous la surveillance commune, par tous les membres de la tribu; 9° d'ailleurs, le sol n'est pas l'élément principal de la richesse; cet élément(l), c'est le bétail, fait général pour toutes les tribus nomades et même les tribus sédentaires primitives, comme à Rome, fait attesté par toutes les lois des Barbares. « 11 n'est pas possible, dit M. Sum- « ner-Maine de parcourir le texte de la Brehon Laio, sans cons- « tater qu'à chaque page il n'est question que de vaches, de « taureaux, de porcs, de moutons, de chiens, d'abeilles, de che- « vaux (2) ». Même constatation dans les lois'salique, ripuaire, bavaroise, burgunde, lombarde. C'est que l'élément de la richesse n'est pas la terre, inculte, sauvage, illimitée, mais le bétail qui se reproduit chaque année; 10" la propriété privée se manifeste donc par le bétail et non par le sol ; il en est de même de la richesse. Le cheptel a tout autrement d'importance que le bail à ferme, inconnu. La rente c'est le prix du cheptel du bétail, chaque tribu, en emportant son bétail, emporte sa richesse. Elle trouvera de la terre partout; llo de même, les instruments de culture ont plus de valeur que la terre. La tribu les transporte avec elle. Il en est ainsi aujourd'hui dans les États du Far-West américain ; bien souvent le squatter, nomade moderne, abandonne son lot, son homestead et, poussant son bétail devant lui, plaçant ses instruments de culture et ses provisions sur ses chariots, part à l'aventure. Aussi César ne donne pas de renseignements sur la propriété du sol chez les Gaulois. Ceux qu'il a transmis, relativement aux successions et aux dots des femmes, sont conformes aux pratiques des tribus celtiques de l'Irlande. La propriété mobilière n'a rien de contradictoire avec la vie, les mœurs, les besoins, les institutions des tribus nomades ; 12» l'existence dans les tribus et, par suite, dans les Confédérations celtiques, de familles plus anciennes, plus riches, formant une véritable aristocratie, dans lesquelles les chefs sont choisis ou se succèdent à
(1) Sumner- Maine, Early, history of institutions, lectures III, IV, V, VI.
(2) Ibidem, lecture VI, du plus haut intérêt.
FORMES DE LA RICHESSE DANS LES GAULES CELTIQUES. 5Go
titre héréditaire est conforme à l'organisation générale et traditionnelle des tribus nomades. Comme l'a fort bien remarqué Sumner-Maine (1), le régime féodal est issu en partie du changement qui s'est opéré, dans l'Europe occidentale, dans la condition économique et sociale des tribus nomades qui sont devenues sédentaires; c'est un résultat de l'influence romaine. Chez les peuples de l'Europe orientale, qui sont demeurés étrangers à cette influence, la vie nomade a persisté bien plus longtemps et des institutions spéciales, telles que le Mir et la Zaduga, ont rempli la fonction des institutions féodales, mais d'une manière très inférieure. Les chefs des tribus sont devenus les grands propriétaires, puis les seigneurs, puis les barons. Nous sommes ainsi ramenés à la société féodale (2). Sa grande importance se manifeste de nouveau; c'est la forme sociale qui a présidé à la fixation définitive des populations qui deviennent tout à fait sédentaires; et même, comme l'observe Sumner-Maine , l'état social actuel de l'Europe occidentale provient de la décomposition de la société féodale (3); 13° les Celtes habitaient le long des cours d'eau ou au milieu des forêts, dans des cabanes de forme circulaire, faites de planches et d'osier, couvertes en chaume, habituellement sans murailles ni fortifications, à peu près i'akol ou le yourt des pasteurs des Pamirs. On pouvait donc les quitter et les incendier comme firent les Helvètes; 14° ils avaient cependant quelques lieux fortifiés, appelés par César oppida, où les populations, en temps de guerre, pouvaient se retirer avec leurs troupeaux; lb° l'élevage du bétail était la principale occupation des tribus , surtout les porcs , les chevaux, les moutons; 16" le lait, le fromage, la viande de porc formaient la principale nourriture; peu de fruits, notamment pas de pommes; la vigne n'était cultivée que dans la Narbon-
(1) Xous renvoyons aux lectures cinquième et sixième tle Sumner-Maino dans les<iuelles les origines lointaines du régime féodal se trouvent Imlifjuées; mais pour que le régime féodal survienne il faut l'inHuence du fisc romain. Voir surtout, p. 156-158.
(2) Sumner-Maine, Ibidem, \). 86, 130, 153, 173. Sur Toriginc d'une partie des droits féodaux, droits d'une nature mixte, tels que les rentes payées par les Fuidhirs, voir p. 173.
(3) Sumner-Maine, Ibidem, p. 86.