‹ L'impôt dans les diverses civilisationsChapitre 76 sur 228 · EFFETS DESTRUCTIFS DE LA CONQUÊTE ROMAINE · texte numérisé non relu

EFFETS DESTRUCTIFS DE LA CONQUÊTE ROMAINE

celles des Gaules. L'Italie était une, mais pas les Gaules.

Pendant longtemps on a considéré que la conquête italienne avait été un bienfait pour les Gaules; on attribuait à l'élément italien, romain, latin, l'avance que la France avait prise dans la civilisation. On est plus réservé aujourd'hui; en présence des progrès de la civilisation en Angleterre, en Allemagne, en Russie, chez tous les peuples qui ont échappé à la servitude romaine, si accablante. La conquête de César fut effroyable (1). Son camp était rempli de marchands d'esclaves qui vendaient prisonniers, femmes, enfants, vieillards, et de banquiers qui s'emparaient des récolles, du bétail, des terres, des provisions. La conquête arabe devait être un bienfait comparé à celle des Romains. Les Huns et les Mongols ont été moins impitoyables; les Goths presque des libérateurs (2).

Les Celtes ont perdu tout ce que leur civilisation avait d'original, leur langue, leur littérature, leur religion. Comme ils avaient une culture supérieure à celle des Germains, des Scandinaves, des Slaves, et des peuples d'origine finnoise ou turque, leur destinée n'aurait pas été inférieure à celle des grandes nations du Nord. Ils auraient moins souffert; ils ne porteraient pas la livrée d'autrui; ils auraient été moins dociles pour payer l'impôt. Il leur est, en effet, arrivé, après avoir été conquis par les Romains, d'être de nouveau conquis par les Germains. Le régime féodal est issu de ces deux conquêtes. D'où le caractère essentiellement fiscal de la féodalité en France.

Les idées, encore en cours dans plusieurs milieux scientifiques et littéraires français, sur les bienfaits de la conquête romaine et les avantages de la civilisation latine, ne doivent être acceptées que sous bénéfice d'inventaire, même après des travaux

(1) « Quum in omnos fines partiura Ambrorigi aut legiones, aut auxilia dimisisset, atque omnia cedibus, iucendiis, rapinis vastasset, magno numcrum hominum interfecto aut capto )). Commentaires, Livre 8, XXV.

« César, dit Napoléon, fut clément dans la guerre civile contre les siens, mais « cruel et souvent féroce contre les Gaulois. »

(2) Tout n'est pas exagéré dans les attaques des docteurs chrétiens, notamment de Salvien, contre les Romains et leur empire, surtout au point de vue celtique non plus que dans les livres de Sismondi. — De Sismondi, Histoire de la chute de l'Emjnre romain, \" vol., chap. i.

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